Le Roskomnadzor, chien de garde des télécommunications russes, a partagé ses statistiques de contenu censuré. En tout, depuis la loi qui l'autorise à bloquer des pages, l'agence gouvernementale a ciblé plus de 200 000 pages, soit quasiment 150 par jour.

Il y a cinq ans, Vladimir Poutine donnait de nouvelles prérogatives à son Roskomnadzor, chien de garde national des télécommunications, grâce à une loi fédérale lui permettant de bloquer, auprès des FAI, certaines pages considérées comme illicites sur le web.

Depuis, l’agence gouvernementale n’a pas chômé : elle annonce, ce 28 juillet, auprès de l’agence de presse russe Tass, qu’elle a déjà bloqué plus de 275 000 pages web.

275 000 URL bloquées en Russie depuis cinq ans

La plus importante part des pages bloquées — 97 000 — est le fruit d’une décision de justice. Il s’agit de la part la plus représentée en nombre d’URL bloquées, comprenant LinkedIn et Dailymotion par exemple.

Soit des sites qui n’ont pas attrait à la cyber criminalité ou ne présentant pas de danger, mais dont les lois russes ont permis le blocage.

En seconde position, on trouve les trafics de drogue en ligne avec pas moins de 70 000 URL bloquées. Ensuite, on trouve 43 000 URL bloquées pour les jeux en ligne illégaux, 38 000 pour la pornographie illégale — selon le Roskomnadzor, il s’agirait de pédopornographie. Et, enfin, 25 000 pages pour des contenus liés aux suicides.

Source : TASS Légende : Rouge, pornographie ; Jaune, jeux ; Bleu clair, contenus « suicidaires » ; mauve, trafic de drogues ; bleu, contenus supprimés sur décision judiciaire.

Le graphique fourni par l’agence presse souligne également l’exceptionnelle croissance du nombre de sites bloqués ces deux dernières années. Alors que progressivement, les lois se durcissaient et les outils de surveillance se multipliaient, le nombre de blocages a considérablement augmenté, jusqu’à une explosion en 2017.

Dans la même période, le Roskomnadzor débloquait les sites s’étant mis au pli des nouvelles lois. Sur le graphique ci-dessous, la courbe verte correspond aux URL débloquées et la rouge aux bloquées.

Enfin, c’est également sur les réseaux sociaux que s’est opérée une grande partie des blocages russes. En 2016, la collaboration entre ces derniers et le Roskomnadzor a permis une croissance des blocages particulièrement visible.

La majorité des contenus supprimés viennent de Vkontakte « VK », sorte de Facebook russe et d’Odnoklassniki, « OK », littéralement « copains d’avant ». Les deux réseaux de nationalité russe ont été les plus à l’avant garde de la collaboration avec le Roskomnadzor ; toutefois, dès 2015, Twitter rejoint le bal, puis Facebook et surtout Instagram qui occupe désormais une place à part avec de très nombreuses URL bloquées.

Le Roskomnadzor communique beaucoup sur les groupes de la mort qui voient le jour en Russie. Ces derniers seraient des groupes d’utilisateurs adolescents sur Vkontakte qui s’organisent pour s’entre-pousser au suicide. L’opinion publique est de fait très sensible sur cette question. L’angle du terrorisme donne également l’occasion de justifier les multiples blocages du chien de garde.

Source : Roskomsvoboda

Les chiffres officiels sont toutefois à prendre avec des pincettes : pour nuancer les résultats du chien de garde, des Russes entretiennent le Roskomsvoboda, un collectif de surveillance des blocages du Roskomnadzor.

On retrouve l’actualité du groupe et ses propres statistiques en ligne, ainsi qu’une liste des URL bloquées qui dévoilent des critères de suppression beaucoup plus flous que ne l’expriment les graphiques gouvernementaux.

En outre, le collectif tente d’évaluer la validité des suppressions. Pour le Roskomnadzor, les activistes comptent 91 % de suppressions arbitraires.

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