Le gouvernement australien cherche à faire voter une loi qui permettrait de forcer encore plus la main des entreprises technologiques dans la lutte contre le terrorisme. Comme en Europe et en Amérique, des portes dérobées (backdoors) intéressent Canberra.

Il n’y a pas qu’en France ou au Royaume-Uni que se pose la question de la pertinence d’introduire une porte dérobée (ou backdoor) dans un système de chiffrement de bout en bout afin de lire, notamment au nom de la lutte anti-terroriste, des messages censés être privés. En Australie aussi, le gouvernement dirigé par Malcolm Turnbull se penche sur cette problématique.

En août, les parlementaires auront à se pencher sur un texte de loi qui doit imposer aux entreprises de technologie — que ce soit des fabricants d’appareils ou des compagnies développant des logiciels — d’aider les autorités à intercepter et lire les messages envoyés par des suspects, rapporte Fortune. Le texte pourrait être adopté en l’espace de quelques mois et ouvrir la voie aux portées dérobées dans les logiciels.

Le Sydney Morning Herald rapporte toutefois que des sociétés comme Facebook et Apple ont fait savoir qu’elles contesteront autant que possible les orientations de Canberra sur le déchiffrement des messages, considérant qu’elles fournissent déjà autant d’aide qu’il est possible d’en apporter. L’affaiblissement de la cryptographie n’est pas une solution d’avenir, à leurs yeux.

Notant une résistance de la part des grandes entreprises technologiques, l’Australie doit rencontrer des représentants d’Apple cette semaine pour discuter de ces problématiques, indique Skynews. Mais il semble que la décision de légiférer est irrévocable, à en croire des propos du procureur-général George Brandis qui ont été rapportés pas la presse australienne.

Messenger propose du chiffrement.

Les firmes comme Facebook et Apple doivent « faire face à leurs responsabilités » a déclaré le premier ministre Malcolm Turnbull. « Ce que nous cherchons à faire, c’est obtenir leur aide », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse à Sydney. « Elles ne peuvent pas seulement s’en laver les mains et dire que cela n’a rien à voir avec elles », a-t-il poursuivi, tout en reconnaissant que ce sujet a son lot de difficultés.

Ces propos ne sont guère différents de ceux que l’on peut entendre parfois sous nos latitudes, que ce soit par le gouvernement actuel ou par le précédent. Reste à savoir si la volonté politique qu’affiche l’Australie tiendra dans la durée. Même les États-Unis, qui ont un temps envisagé d’imposer le déchiffrement par la loi, ont fini par reculer. Et Apple avait bataillé en justice contre le FBI pour défendre la sécurité de ses produits.

Les lois des mathématiques sont très louables, mais…

Quant à savoir si les lois mathématiques sur lesquelles repose la cryptographie vont s’accommoder de cette future législation, le premier ministre n’en a cure, considérant sans doute que l’intendance suivra : « les lois de l’Australie prévalent en Australie, je peux vous l’assurer. Les lois des mathématiques sont très louables, mais la seule loi applicable en Australie est la loi australienne ».

Et tant pis si l’introduction d’une porte dérobée dans le système d’exploitation iOS ou dans les logiciels de communication de la firme de Cupertino affaiblit la sécurité de l’ensemble des clients de l’entreprise, même ceux qui n’ont rien à voir avec l’Australie. Et qu’elle risque aussi d’être trouvée par des personnes malveillantes. Car une porte dérobée reste une faille : elle ne contrôle pas qui s’en sert.

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