Un acteur de l'écosystème tech quasi-milliardaire se cache derrière le groupe le plus actif dans ses campagnes sur les réseaux sociaux contre Hillary Clinton. Qui est-il ?

Mise à jour  : Palmer Luckey a pris la plume numérique sur Facebook pour s’expliquer sur son investissement dans Nimble America. Le créateur de l’Oculus Rift affirme qu’il estimait que l’association pro-Trump innovait dans la communication politique pour faire aller voter les jeunes. Il regrette que ces informations aient pu nuire à l’image d’Oculus et de ses partenaires et, en tant que libertarien, affirme qu’il votera pour Gary Johnson cette année, candidat du Parti Libertarien américain.

Luckey finit par nier qu’il était derrière le compte NimbleRichMan. Les publications de ce compte ont été supprimées du groupe pendant l’enquête du DailyBeast.

Article original : Réponse : Palmer Luckey, le jeune créateur de 24 ans de l’Oculus Rift, devenu riche après le rachat et la commercialisation de sa technologie par Facebook. Si tout cela vous paraît complètement absurde et que vous ne voyez pas le lien entre un brillant ingénieur, la haine raciale de l’extrême droite américaine et le candidat des Républicains à la présidentielle, c’est normal. Et pourtant, il y a un lien.

Car voyez-vous, Luckey a beaucoup d’argent et assume ne pas trop savoir quoi en faire. Ainsi a-t-il eu l’idée de financer un groupe non lucratif, qui se décrit comme faisant des œuvres sociales, et dont l’activité principale se résume à soutenir Donald Trump. Ce groupe, nommé Nimble America, n’est pas un groupe de soutien traditionnel : il s’organise sur la plateforme communautaire Reddit et a pour ambition de prouver que « le shitposting », soit l’art d’insulter systématiquement quelqu’un pour aucune raison valable sur les réseaux sociaux, a du pouvoir et que la « magie des memes » est réelle.

En pratique, le groupe agit comme une sorte d’armée de trolls anti-Clinton, avec tout ce qu’il faut de racisme et de misogynie pour traîner dans la boue la candidate démocrate, ses idées et ses électeurs. C’est, d’après le DailyBeast qui est à l’origine de l’information, le groupe de « réflexion » d’où proviennent la quasi-totalité des blagues dégradantes qui circulent dans la trumposphère. Loin d’être des amateurs, ces utilisateurs du web social sont au contraire des experts de la communication qui maîtrisent les rouages de la culture web pour rendre un concept viral, notamment par l’humour, aussi gras et déplacé soit-il.

Palmer Luckey est leur mécène : « J’ai beaucoup d’argent. L’argent n’est pas un problème. J’ai pensé que je m’amuserais bien en finançant tout cela  », a-t-il affirmé. Mais alors quel est le rapport direct avec l’extrême droite américaine ? Eh bien dans cette joyeuse compagnie se cache un autre homme : Milo Yiannopoulos, le responsable tech du site d’extrême droite Breitbart connu entre autre pour être à l’origine des mouvements sexistes du gamergate et du lynchage public de l’actrice Leslie Jones, sous prétexte qu’elle était une femme et — pire pour lui –, une femme noire.

Yiannopoulos a joué les entremetteurs entre Luckey et la Trumposphère américaine

Yiannopoulos a joué les entremetteurs entre Luckey et la Trumposphère américaine, qui, comme tout groupuscule extrémiste, a tendance à se méfier. C’est lui qui a introduit Luckey à Nimble America. Luckey, de son côté, a toujours publié dans le groupe, fermé et privé, sous un pseudo : NimbleRichMan.

C’est samedi dernier que les choses ont pris une autre tournure : Nimble America a organisé une levée de fonds pour soutenir son effort, affirmant que Luckey mettrait autant d’argent que ce pourraient récolter le groupe avec du crowdfunding. Cela a créé un petit séisme dans les rangs de Nimble America : des utilisateurs se sont demandés si le rich man était légitime et si ce n’était pas contre-productif de financer un groupe de militant qui n’est pas le groupe officiel derrière la campagne de Trump. Et c’est à ce moment que Luckey a choisi de remettre sa casquette de money man, sans considération pour les résultats que pourraient avoir ses actions : « Je ne vais pas continuer à leur envoyer de l’argent si je n’obtiens pas de résultat ».

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Quoi qu’il advienne de cette histoire et de l’impact du groupe sur la présidentielle américaine, on retiendra qu’après Peter Thiel, un deuxième homme de l’écosystème tech actuel soutient financièrement racisme, sexisme, conspirationnisme et climato-scepticisme. Malheureusement, Luckey n’est pas employé de Facebook : l’entreprise qui doit communiquer sur ses résultats le 2 novembre n’aura pas à répondre de ses agissements. Il sera néanmoins intéressant de suivre l’impact de cet engagement sur la popularité de l’Oculus Rift : il sera probablement bien difficile pour des technophiles enthousiastes de cautionner les investissements politiques de Luckey en soutenant son produit.

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