Après avoir complètement détruit son image de marque auprès de la génération Napster qu'elle a traité comme les pires des terroristes, l'industrie du disque tente de se racheter par la pédagogie. Associée aux Incollables, le lobby français du disque explique aux jeunes générations les enjeux de la profession... et fait comme si la riposte graduée était déjà en vigueur en France. Erreur, ou propagande ?

Le collectif ProMusicFrance a pour mission de réaliser des opérations « pédagogiques » pour expliquer et valoriser les métiers de la musique, d’une façon qui incite les nouvelles générations à davantage respecter les droits d’auteurs et comprendre l’intérêt de payer pour la musique qu’elles écouteront. Il rassemble notamment la Sacem, le SNEP, et les producteurs de musique indépendants. Dans le cadre de cette mission, ProMusicFrance s’est rapprochée de Play Bac, l’éditeur de la célèbre collections des « Incollables », pour réaliser un numéro de la collection Les Docs des Incollables dédié à « La Musique et ses Métiers ». L’ouvrage, réalisé l’an dernier, vient d’être adapté sous la forme d’une animation Flash qui sera présentée à de jeunes publics, de 8 à 14 ans.

Globalement, la réalisation évite les écueils de feu Captain Copyright, en présentant une vision relativement équilibrée de l’industrie musicale et de son économie, sans faire l’impasse sur la copie privée, même si elle est interprétée de la façon la plus restrictive (ce qui, pour être tout à fait honnête, est malheureusement une interprétation exacte dans l’état actuel de la loi et de la jurisprudence). Mais en se penchant sur le peer-to-peer, les Incollables influencés par le lobby du disque commettent une erreur grave. Le texte présenté dans la rubrique « Ma Musique / Echanger, Partager » fait comme si la riposte graduée, qui n’est encore qu’à l’état d’un projet de loi déjà condamné par le Parlement européen comme étant contraire aux droits de l’Homme, était passé et faisait déjà force de loi :

« Sur Internet, on peut échanger la musique qu’on a créée soi-même. S’il s’agit de la musique des autres, c’est illégal. Les artistes, les créateurs, les producteurs n’ont pas donné d’autorisation pour que la musique circule sur Internet, ils ne reçoivent donc aucune rémunération pour leur travail si on télécharge leur œuvre. Puisque c’est illégal, celui qui le fait risque une suspension de son abonnement à Internet.« 

C’est ce qui s’appelle mettre la charrue avant les boeufs. Même si le SNEP fait comme si, ça n’est pas encore lui qui décide de la loi. Ca ne serait pas grave si ça n’était pas une fausse information véhiculée pour intimider les plus jeunes et donc les plus influençables.

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