Taxe pour la copie privée : les propositions des industriels
Guillaume Champeau - publié le Jeudi 17 Avril 2008 à 12h47 - posté dans Société 2.0
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Eric Besson n'a pas traîné pour prendre en charge le douloureux dossier de la rémunération pour copie privée, qui déchire les industriels, les professionnels de la culture et les consommateurs. Chargé de faire des propositions pour améliorer les modalités de fixation de la taxe, le secrétaire d'Etat au développement de l'économie numérique a reçu lundi les industriels qui avaient quitté la table des négociations. Ils ont formulé leurs propositions.

Notre confrère Zdnet.fr révèle que le cabinet du secrétaire d'Etat Eric Besson a reçu lundi 14 avril des représentants des industriels qui ont décidé, en début d'année, de claquer la porte de la Commission d'Albis chargée de fixer l'assiette et les montants de rémunération de la copie privée. Le premier ministre François Fillon a en effet chargé son secrétaire d'Etat de faire d'ici l'automne des propositions pour améliorer la transparence et l'objectivité de la taxe pour copie privée qui s'applique notamment sur les CD, DVD, baladeurs et certains smartphones multimédia.

Le Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques (Simavelec) a ainsi proposé à Eric Besson des voies d'amélioration pour rendre le fonctionnement de la Commission copie privée plus juste. En particulier, le Simavelec propose que les votes soient répartis en trois tiers, avec 1/3 pour les ayants droit, 1/3 pour les consommateurs, et 1/3 pour les industriels. Actuellement, les bénéficiaires de la taxe disposent de 12 des 24 voix de la Commission, ce qui leur assure de faire passer absolument toutes les décisions qu'ils souhaitent, d'autant qu'au moins une des voix "adverses", celle de l'UNAF, se fait complaisante avec les ayants droit. Avec la proposition du Simavelec, les représentants des artistes et des majors de l'industrie du disque et du cinéma seraient cette fois minoritaires, et il deviendrait très difficile voire impossible d'étendre le montant ou l'assiette de la taxe, ou même de résister à sa réduction.

Conscient sans doute que l'équilibre parfait n'est pas possible et que le système est pervers quelle que soit la répartition des voix, le Simavelec demande que la Commission n'ait plus qu'un rôle consultatif et non décisionnel, et que le Parlement décide du montant des taxes sur proposition de la Commission. Elle gagnerait ainsi en légitimité, et les excès des uns ou des autres pourraient être contrebalancés par les députés.

Par ailleurs, le Simavelec demande une modification de la loi Lang de 1985 qui instaure le principe de la rémunération pour copie privée. Edictée au moment où les supports d'enregistrements étaient encore analogiques, la loi de 1985 "n'est plus adaptée" à l'environnement numérique, constate le Simavelec. La loi Lang attache en effet le montant de la taxe à la durée d'enregistrement des supports. Or sur un même support de 1 Go, en fonction de la qualité d'encodage numérique et du type de contenu stocké, la durée enregistrée varie énormément.

Enfin, outre la réduction du montant global de la rémunération, qui atteint un record en Europe, le Simavelec demande au gouvernement français qu'il s'inspire de la solution italienne, en fixant le coût de la taxe par pourcentage sur le prix de vente de l'objet taxé plutôt que par une somme fixe. "Ce qui évite d'avoir un montant de redevance plus élevé que celui du produit initial, comme cela peut arriver sur certains supports", explique le Syndicat.

Si ce n'est la répartition des voix au sein de la Commission, qui renverserait l'injustice, le reste des propositions semble frappé au coin du bon sens. Mais il manque l'essentiel : rétablir la légitimité de la taxe en rétablissant les droits de copie privée que la taxe est censée compenser. Si la gronde monte, c'est aussi et surtout que les consommateurs ont le sentiment de payer chère une taxe qui ne leur donne en retour aucun droit, puisque le téléchargement n'est pas considéré comme une copie privée, que le partage de fichiers est condamné, et que le contournement des mesures techniques de protection qui figurent notamment sur les DVD est pénalement réprimé.

Il est absurde de vouloir modifier le fonctionnement de la Commission pour copie privée sans s'intéresser en premier lieu à la justification sociale de la taxe. Etant donné que la France souhaite dépénaliser le téléchargement et que la riposte graduée est jugée contraire aux Droits de l'Homme par le Parlement Européen, il ne reste qu'une seule voie explorable pour concilier la liberté des consommateurs et la rémunération des ayant droits : la licence de diffusion culturelle.

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Copie privée, Simavelec
 
 
10 commentaire(s)
 
tomy13
Le 17 Avril 2008 à 13h54
Il faut rester lucide que jusqu’ici le gouvernement a toujours fait à son idée par rapport a ce qu’il écoute. OGM, pouvoir d’achat, retraite, Proposition Atali, etc.… donc affaire a suivre et pas d’optimisme précipité. Éric Besson s’entoure d’anciens de canal+, reste à connaitre leur subjectivité dans tout cela ?
godvicien
Le 17 Avril 2008 à 14h01

Sauf que, si je ne me trompe, la licence de diffusion culturelle ne concerne que la musique.

Or le fondement même de Copie Privée est applicable à tous les médias : sons, images, vidéos, textes...

Ce qu'il faudrait c'est remettre en cause la répartition de cette "taxe" : Qui doit la toucher et dans quelles proportions ?

Je pense qu'il n'est pas possible de modifier cette loi à moins de tout remettre en cause.

Ce qu'il faudrait c'est une loi qui autorise n'importe quel éditeur à diffuser des oeuvres sans autorisation des ayants droits, MAIS en contrepartie du versement d'un certain pourcentage du chiffre d'affaires de l'éditeur.

Ce serait une forme de légalisation du téléchargement puisque chaque internaute aurait le droit de diffuser, y compris sur les réseaux P2P, en échange du paiement du % des ventes qu'il réalise. Comme le P2P n'est pas commercial, il n'y a pas de vente, donc pas de chiffre d'affaires donc rien a payer. Donc le P2P devient légal.

Et avec ce procédé il n'y aurait plus de procès contre YouTube ou DailyMotion : ceux ci reverseraient une part de leur CA en échange de diffuser ce qu'ils veulent, que toucherait indirectement M. Lafesse.

Ce procédé, importé du fonctionnement des radios, devrait être généralisé à tous les éditeurs pour tous les médias.
Chaque média aurait sa caisse de redistribution.

Pour la répartition des fonds prélevés il suffirait de demander à chaque éditeur les statistiques de ses consultations des contenus.
Le tout amalgamé dans un modèle statistique de redistribution en fonction de l'audience de chaque auteur.

Voilà la solution.
tomy13
Le 17 Avril 2008 à 14h24
@ Godvicien
Jamais les ayant-droits, qui semblent avoir un très gros pouvoir sur le législateur, ne vont être tentés par l’aventure, car ils n’accepteront jamais que le p2p échappe à la rétribution de leurs œuvres. Ce marché étant, à leurs yeux, trop important en termes de possible rapport, sauf que justement il n’y a aucune étude sur le comportement éventuel des « p2péistes » dans le cas d’une rétribution.


ps:Oui, je provoque , je sais bien qu’il ne voient dans le p2p que des pertes et pas de profits éventuels.
godvicien
Le 17 Avril 2008 à 14h58



C'est pourtant la solution qui a été trouvée à l'époque où les radios libres posaient le même problème qu'internet aujourd'hui.

En tant qu'économiste je rappellerais que la valeur intrinsèque de toute chose (donc tout média) est basé sur sa "valeur ajoutée".
Or la théorie dit que la valeur ajoutée, d'une chose que tout le monde peut faire, devient nulle (je résume). C'est la cas du P2P et de la distribution des médias.
Le P2P étant une activité totalement non-commerciale, il n'y a aucune raison pour le taxer.

Mais les sociétés privées peuvent apportée de la valeur ajoutée à des médias dit "brutes". Ils peuvent organiser ces médias.
Par exemple je télécharge très peu de musique "brute" par P2P (trop de travail). Par contre si le web proposait des Web-Radios, j'écouterais surement celles qui rentrent dans mes goûts, car la valeur ajoutée est la justesse avec mes goûts. Celles-ci, financées par la publicité, reverseraient une part de leur CA aux artistes. Donc tous le monde est content.

Donc les artistes doivent toucher une commission sur tout ce qui est fait commercialement avec leurs oeuvres, mais pas sur le P2P qui n'a pas de valeur ajoutée.

Natasha
Le 17 Avril 2008 à 15h26


Là c'est un point effectivement très important, qui semble une fois encore écarté du débat ... Mais nous y sommes habitués ces gens ne voulant jamais aborder le sujet sensible de la "copie dite illégale" et surtout ne pas légaliser ce type de copies sous le prétexte que la taxe puisse êtes considérée comme de nature à couvrir les pertes éventuelles subies par les ayant-droits.

Bref, en éliminant la justification de cette taxe pour copie privée, pour compenser les pertes subies par le téléchargement illégal sur l'internet, et celles dues aux copies non autorisées de certains CD et de la quasi totalité des DVD, car protègés par des DRM.

Il ne reste pas grand chose pour la justifier auprès des consommateurs français qui la subissent.



[Edit orthographe]
jajaX
Le 17 Avril 2008 à 23h02
bonsoir,



ah bon ! j'ai raté un épisode ?
djjeffo...
Le 17 Avril 2008 à 23h04


Des anciens de Canal ? donc de Vivendi ? donc d'univers sale ?
Seri
Le 18 Avril 2008 à 05h01
 

C'est le principal argument pour la mise en place de la riposte graduée. Mais comme il me semble que rien n'est prévu dans le texte pour empêcher les ayant droits de porter plainte pour contrefaçon en plus de faire appliquer la riposte graduée...
muscardin
Le 21 Avril 2008 à 16h33


AMEN

Tu fais du P2P tranquilou : rien à payer, hormis la taxe pour la copie privée sur tes supports matériels.
Tu montes un site pour référencer tes liens --> poum, valeur ajoutée, redevance sur ton CA.

Ca paraît simple comme ça. Sauf que lors de DADVSI, les majors (de merde) ont déja refusé d'étendre la licence des radios aux web-radios. Alors c'est pas gagné pour l'étendre à l'ensemble des diffuseurs.
godvicien
Le 22 Avril 2008 à 16h24
Exact !

Et elles se sont tirées une sacrée balle dans le pied à ce moment là...

Elles n'ont pas voulue suivre le sens de l'histoire. C'était pourtant la meilleur solution pour eux.

La stratégie de la longue traine :
Donner le même pouvoir aux web-radios qu'aux radios-FM aurait créer une multitude de petites web-radios exploitant la longue traine et reversant une part de leur CA aux SACEM et consorts. Une vraie manne financière à coté de laquelle ils sont passés !

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