A l'exacte opposé des poursuites juridiciaires entamées contre les consommateurs par des lobbys du droit d'auteur, les licence Creative Commons ont pris une place considérable dans le paysage numérique. Elles viennent pourtant seulement de fêter leur cinquième anniversaire, qui augure un avenir prometteur pour le partage des oeuvres.

Déjà 5 ans ! Samedi soir, à Los Angeles et dans 9 autres villes du monde (mais malheureusement pas en France), la Fondation Creative Commons fêtait son cinquième anniversaire. La soirée californienne était animée par les chansons de Gilberto Gil, l’ancien ministre brésilien de la Culture et fervant défenseur des Creative Commons, ainsi que par Lawrence Lessig, l’inventeur des licences. Ce professeur de droit de Harvard a eu il y a cinq ans l’idée d’exploiter le droit d’auteur à revers en démocratisant l’utilisation de licences qui autoriseraient d’office un certain nombre d’usages normalement prohibés par la loi (à commencer par le partage des œuvres sur les réseaux P2P ou leur reproduction sur des blogs). L’idée était simple : matérialiser les différents droits par des logos façon étiquettes pour machine à laver.



En cinq ans, les Creative Commons ont pris une importance considérable. Sans que l’on ne puisse savoir précisemment combien de contenus ont été diffusés sous une telle licence libre, des recherches universitaires ont évalué à plus de 60 millions le nombre d’œuvres sous licence Creative Commons actuellement disponibles sur Internet. Dont au moins 3 millions en France, mais sans aucun doute beaucoup plus.

De façon intéressante, ces mêmes recherches montrent les Français semblent encore très accrochés à une idée propriétaire du droit d’auteur, très restrictive – un héritage du droit d’auteur à la française, sans doute. Alors que la Fondation Creative Commons propose différentes licences avec différents degrés de libertés accordées aux utilisateurs, la licence la plus restrictive (by-nc-nd) est largement majoritaire chez les Creative Commons France, avec 50,18 % d’utilisation contre 4,39 % pour la licence « by », qui n’oblige qu’à citer l’auteur. L’Université de Singapour a placé la France au 29ème rang sur 35 dans les libertés artistiques laissées aux utilisateurs (autorisation de modifier l’œuvre) et au 30ème rang pour la liberté d’utiliser les œuvres à titre commercial. Au classement général, la Suède de The Pirate Bay se classe en tête des juridictions où les licences Creative Commons choisies sont les plus libertaires. Ca n’est probablement pas qu’une coïncidence.

Les licences Creative Commons créent une fracture entre deux rapports à la création, exactement comme les logiciels libres ont créé une rupture avec les logiciels propriétaires. Etant donné d’un côté l’importance prise par les Creative Commons en seulement cinq années, et de l’autre la crise considérable des industries du droit d’auteur depuis ces mêmes cinq années, on peut avoir une vague idée du côté vers lequel penche l’avenir.

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