Alors que le gouvernement défend son projet de loi renseignement par la nécessité de renforcer la lutte contre le terrorisme, l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT) s'inquiète du projet de loi, qui ne garanti pas assez "le respect des fondamentaux démocratiques".

Voilà qui ne va pas aider le gouvernement. Alors que Manuel Valls avait axé tout son discours à l'Assemblée nationale sur les attentats de janvier 2015 et que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve le relaie régulièrement pour dire ô combien les redoutables boîtes noires sont essentielles pour traquer les futurs terroristes en puissance, voici que l'Association française des victimes de terrorisme s'ajoute à la longue liste des opposants au projet de loi Renseignement.

"Notre Association en appelle au législateur sur la nécessité de la mise en place d’instances de contrôle indépendantes visant à prévenir toute instrumentalisation de l’outil du renseignement et toute dérive pouvant fragiliser notre pacte républicain", écrit l'AFVT dans un communiqué. "Aussi nécessaire soit-elle", la lutte contre le terrorisme "doit néanmoins garantir le respect des fondamentaux démocratiques : la présomption d’innocence, la protection de la vie privée, la protection des sources et la confidentialité pour les professions concernées, notamment celles de magistrat, d’avocat, de médecin et de journaliste, pour ne citer qu’elles".

L'association se dit inquiète par certaines dispositions du projet de loi, et demande "davantage de garde-fous législatifs", notamment concernant le "fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes", qui prévoit de conserver pendant 20 ans les identités et coordonnées de toute personne condamnée en première instance pour une affaire de terrorisme (y compris si la condamnation est ensuite annulée ou réformée), ou même de toute personne qui serait simplement mise en examen dans une telle affaire, si le juge d'instruction l'ordonne. 

"La lutte contre le terrorisme exige une vigilance républicaine spécifique", conclut l'AFVT.

L'association a été fondée pour prendre la suite de SOS Attentats par Guillaume Denoix de Saint-Marc, dont le père est mort dans l'attentat du DC-10 d'UTA, en 1989, lors de l'explosion en vol de l'avion qui reliait Brazzaville à Paris. "J’avais en tête le modèle d’une structure pérenne, efficace et en prise directe avec la société, pour porter assistance aux victimes et contribuer à l’abolition du terrorisme, dans le respect des droits de l’Homme et du droit international", écrit-il dans un édito. Or justement, les droits de l'homme et le droit international ne sont pas respectés par le projet de loi Renseignement.

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