Les créateurs de la série télévisée The Wire, basée sur le jeu du chat et de la souris livrés entre vendeurs de drogues et policiers, avaient choisi de ne pas divulguer des outils technologiques accessibles au grand public qui permettaient d'échapper à la surveillance policière.

Quelle est la responsabilité morale d'un créateur de série TV policière qui raconte aux spectateurs comment meurtriers ou trafiquants de drogue arrivent à déjouer les enquêtes menées contre eux ? Plébiscitée pour son réalisme, l'excellente série The Wire (ou "Sur écoute" dans sa version française) diffusée entre 2002 et 2008 sur HBO avait toutefois préféré taire certaines techniques qui permettaient aux petits gangsters de banlieue de déjouer les mises sous surveillance.

Interrogé dans le Baltimore Sun (via The Verge), le showrunner de la série David Simon raconte que les créateurs de The Wire avaient été contactés par la police pour ne pas dévoiler certaines techniques d'investigation, ou pour ne pas évoquer des outils qui échappaient à toute mise sur écoute.

Les scénaristes ont ainsi renoncé à confier à leurs personnages des téléphones qui utilisaient la technologie Nextel Direct Connect rachetée par l'opérateur américain Sprint. Comme un talkie-walkie, le service dit de "Push-to-talk" permet d'appuyer sur un bouton pour parler immédiatement à d'autres utilisateurs du réseau Nextel, gratuitement tant que c'est dans une zone géographique limitée. Les utilisateurs peuvent créer des groupes jusqu'à 100 clients, qui peuvent tous parler en même temps, en utilisant un réseau propriétaire basé sur le réseau Integrated Digital Enhanced Network (iDEN) de Motorola. Or les policiers, au moins jusqu'à l'arrêt de la série, n'auraient pas eu les moyens d'intercepter les communications émises à travers ce réseau spécifique — notez que depuis, Sprint bascule progressivement tous les utilisateurs de la fonction Push-to-talk vers des applications qui utilisent le réseau cellulaire classique, susceptible de mises sur écoute.

Le co-créateur de The Wire, Ed Burns, aurait alors décidé de ne pas évoquer cette faille dans la série, car "mettre en avant cette vulnérabilité dans notre série aurait conduit de façon irresponsable les communications de toute bande criminelle vers un trou impénétrable".

Et désormais, on ne compte plus le nombre de séries TV qui vous montrent ou vont font croire que plus rien n'est à l'abri de la surveillance policière, comme Person Of Interest (hélas de plus en plus proche de la réalité) ou Criminal Minds.

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