Ce ne sera sans doute pas suffisant pour donner la victoire à un Internet Party encore très loin dans les sondages, mais c'est un coup dur pour le premier ministre John Key, à une semaine des élections. En Nouvelle-Zélande, les lanceurs d'alertes Edward Snowden et Julian Assange se sont réunis autour de Kim Dotcom pour dénoncer les mensonges de John Key sur la réalité des programmes de surveillance massifs mis en oeuvre dans le pays.

Ce lundi 15 septembre, l'ancien agent de la NSA Edward Snowden, le fondateur de Wikileaks Julian Assange, le journaliste et activiste Glenn Greewald et le fondateur de MegaUpload Kim Dotcom étaient tous réunis en Nouvelle-Zélande (physiquement et en visioconférence) pour tenir une conférence de presse intitulée "le moment de vérité", et tenter d'influencer ensemble sur les résultats de l'élection du samedi 20 septembre prochain.

Samedi auront en effet lieu en Nouvelle-Zélande les élections législatives, qui détermineront la nouvelle composition de la Chambre des représentants, par un mode de scrutin uninominal à un tour qui donne sa chance aux partis de moindre importance (celui qui recueille le plus de voix au premier tour a gagné). A cette occasion, les lanceurs d'alertes qui ont fait connaître les programmes de surveillance massive de la NSA et la collaboration active de plusieurs pays sont venus ensemble dénoncer ce qu'ils assurent être les mensonges du premier ministre sortant, John Key. Implicitement, ils sont venus soutenir le parti politique créé par Kim Dotcom pour défendre les libertés numériques, l'Internet Party. Une première qui pourrait en appeler d'autres, et qui donne une véritable incarnation politique aux scandales à répétition sur les programmes de surveillance massifs.

Tout a commencé samedi, lorsque Glenn Greewald, le journaliste qui a relayé dans le monde la plupart des révélations d'Edward Snowden, s'est déplacé en personne en Nouvelle-Zélande. Devant les caméras de télévision, il a affirmé que le Government Communications Security Bureau (GCSB), le service de renseignements néo-zélandais, était bien impliqué dans un programme de surveillance massive de la population locale, contrairement à ce que le gouvernement affirmait depuis un an :

"Ce que je peux vous dire, c'est que la déclaration faite par le GCSG aux citoyens de Nouvelle-Zélande l'an dernier — "nous ne sommes pas impliqué dans la collecte massive de Néo-zélandais" — n'est pas sincère", a lâché Greenwald, qui publie une tribune d'Edward Snowden sur son site The Intercept pour appuyer ses accusations.

L'ancien agent de la NSA affirme que les services de renseignement de Nouvelle-Zélande nourrissent les bases de données de l'agence américaine avec les communications de millions de citoyens néo-zélandais, notamment grâce à une station de surveillance installée à Waihopai. "Le premier ministre le sait personnellement", écrit-il. Or le GCSG utiliserait le programme XKeyScore développé par la NSA pour rechercher dans toutes les données collectées (des métadonnées, et même des contenus, stockés en cache pendant plusieurs jours), et aurait même développé des algorithmes spécifiques pour ses propres besoins.

"Ils ont la possibilité de voir tous les sites web que vous visitez, tous les messages textes que vous envoyez, tous les appels que vous passez, tous les billets que vous achetez, tous les dons que vous faites, et tous les livres que vous achetez en ligne".

Pour Kim Dotcom, qui avait été lui-même illégalement espionné (ce qui a lui valu les excuses de John Key) et qui dénonce sans cesse les corruptions financières et idéologiques des dirigeants politiques, c'est un triomphe. Le coup de pouce apporté par les deux célébrités à la campagne de l'Internet Party arrive au meilleur moment de la campagne, et au pire possible pour John Key.

Le premier ministre néo-zélandais a amorcé une défense très maladroite en réaffirmant qu'il n'y avait pas de surveillance massive de la part de ses services de renseignement, et en parlant de Glenn Greenwald comme d'un simple "petit acolyte de Dotcom", qui aurait été payé par l'Internet Party pour effectuer ses déclarations (en réalité, il a juste été remboursé de ses frais) :

Ce week-end, John Key s'est dit prêt à dévoiler des documents qui démontreraient que les accusations sont fausses. Mais lundi, en conférence de presse, Edward Snowden en a remis une couche. "Les premières révélations datent d'il y a un an. Pourquoi avait-il jugé qu'il n'était pas nécessaire d'apporter des documents lorsque c'est l'intérêt du public qui était en jeu en un an, et pourquoi juge-t-il aujourd'hui nécessaire d'apporter ces documents, lorsque c'est sa propre réputation qui est en jeu", à une semaine des élections, a demandé Snowden sous les vifs applaudissements de la foule.

"Dans XkeyScore, il existe une case à cocher pour ne pas obtenir les données collectées en Nouvelle-Zélande. Il suffit de décocher la case pour obtenir toutes ces données. Je ne suis pas là pour soutenir un parti pendant les élections. Les citoyens peuvent juger qu'il souhaitable d'abandonner de leurs libertés au profit de leur sécurité. Mais les élections doivent permettre aux citoyens de choisir eux-mêmes s'ils veulent que la case puisse être décochée".

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