Selon le quotidien allemand Bild, des écoutes réalisées par la NSA auraient convaincu l'Allemagne d'intensifier sa surveillance des lignes de train à grande vitesse et les gares, pour faire face à une menace d'attentats par Al-Qaïda. Menace réelle, ou manipulation médiatique ?

Depuis bientôt trois mois, le scandale des écoutes réalisées par la NSA et les services de renseignement du monde entier ne semble pas vouloir s'atténuer. Il ne se passe pas une semaine depuis la révélation du programme PRISM par Edward Snowden sans que de nouvelles révélations ou accusations viennent relancer la cabale contre les abus de la surveillance généralisée de la population, réalisée par les puissances du monde entier. Jamais depuis les attentats du 11 septembre 2001 le débat démocratique n'avait été aussi vif sur l'équilibre à trouver entre la sécurité des citoyens, et leur droit au respect de la vie privée et à la protection de leurs libertés.

La NSA et ses partenaires, qui ne veulent surtout pas risquer de voir Edward Snowden imité par d'autres lanceurs d'alertes potentiels, n'hésitent pas à user d'intimidations pour décourager les vocations, et protéger l'ampleur de leurs systèmes de renseignement électroniques. Accusée d'avoir violé à répétition les lois de protection des données personnelles, d'avoir caché ses activités à la population qu'elle est censée protéger, la NSA peine à défendre sa légitimité.

Or quoi de mieux, pour affirmer son utilité, que de faire savoir haut et fort les menaces d'attentats, réelles ou inventées, que l'on a interceptées ?

Déjà au début du mois, nous avions trouvé suspecte la façon dont les USA avaient décidé, de façon aussi spectaculaire qu'inédite, de fermer préventivement une vingtaine d'ambassades suites à des menaces d'attentats qu'aurait révélé l'écoute de chefs d'Al Quaida. Il avait été expliqué aux médias que c'est l'interception par les services de renseignement d'un volume inhabituel de communications qui avait justifié une telle mesure de précaution. Aux Etats-Unis, les responsables politiques avaient été nombreux à applaudir les services, au moment où ils sont le plus critiqués.

Que la menace ne se traduise pas en faits, et l'on dira que la mesure de précaution permise par les écoutes de la NSA a déjoué les plans avec succès. Que la menace se vérifie par une bombe effectivement plantée, ce qui était très peu probable, et l'on dira au pire que la NSA l'avait bien prédit et qu'il faut continuer dans cette voie. Dans la bataille médiatique qu'ils livrent, les services de renseignement ont tout à gagner à faire savoir le fruit de leur travail, même s'il s'agit là d'une violation claire de leur principe de discrétion, seul véritable gage d'efficacité.

Or voilà que dans la même vaine, le quotidien allemand Bild affirme que selon des sources proches des services secrets, Al-Qaïda projetterait en Europe des sabotages de trains, au moment-même où la France et l'Espagne sont endeuillés par deux catastrophes ferroviaires successives. "D'après Bild, l'information sur ces projets d'attentats provient de l'Agence nationale de la sécurité américaine (NSA), qui a capté une conversation téléphonique il y a quelques semaines entre de hauts responsables d'Al-Qaida", raconte Le Monde.

Là encore, la ficelle paraît grosse. Mais c'est bien parce qu'il est impossible de savoir s'il s'agit d'une menace réelle ou d'une simple manipulation médiatique que le débat public est d'une inextricable complexité. A quel point les citoyens sont-ils prêts à risquer une perte de sécurité, pour gagner en liberté et en vie privée ? Il s'agit d'un pari sur la vie, non pas simplement sur la sienne propre, mais aussi et surtout sur celle des autres.

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