Le débat sur le droit d'auteur était vu par certains comme un débat technique. Il est rapidement devenu mercredi le terrain d'une lutte sociale, avant de devenir jeudi soir un combat d'appareils politiques. Alors que l'UMP est parvenue à parler d'une voix unique, les quelques députés socialistes présents ont eu bien du mal à préserver la vitalité de leur discours.

Toute la rhétorique du socialiste Patrick Bloche n’a pas suffit à contrer le rouleau-compresseur merveilleusement orchestré par le groupe UMP alors que minuit sonnait à peine l’arrivée de la fin des débats, après le vote d’une poignée d’amendements. Tour à tour Laurent Wauquiez, le plus jeune député de l’Assemblée, Françoise de Panafieu, la Secrétaire Nationale de l’UMP chargée de la culture, Thierry Mariani et d’autres, se succèdent au micro pour implorer le ministre de la culture de tout faire pour que l’amendement 21 qui légalise le téléchargement, voté la veille par l’Assemblée, soit rapidement déclaré mort-né. Et de citer alors, nez sur les feuilles fraîchement imprimées, toutes les déclarations dictées en force par l’industrie culturelle, et signées de certaines des plus grandes stars françaises telles que Johnny Hallyday, Pascal Obispo, Roberto Alagna ou encore Francis Cabrel. Tout cela, dans un élan théatral, sous l’oeil satisfait et le sourire entendu du président du groupe UMP, M. Bernard Accoyer.

Une véritable rebellion contre l’idée de la licence globale s’installe en dernière minute, et certains de prédire la mort de la création si l’amendement devenait loi, exactement comme le faisaient certains de leurs collègues quelques vingt ans plus tôt à propos de la licence légale pour la radio, ou encore de l’enregistrement de cassettes vidéo. Les rangs de l’UMP se sont ressérés et l’on applaudit ses collègues comme un mercredi après-midi pendant les séances de questions au gouvernement. M. Suguenot et Mme Boutin, grands apôtres de la licence globale à l’UMP, auront brillé… par leur absence des rangs de l’Assemblée, conquis par des députés de la majorité jusque là absents des débats.

« Mais ils sont où, mais ils sont où les socialistes ? » (chanson protégée par le droit d’auteur)
L’UDF de M. Bayrou, qui avait pourtant laissé entendre qu’elle était ouverte à l’idée d’une licence globale obligatoire (et non optionnelle telle que proposée à gauche), affirme avec force sa conviction. « Nous sommes contre la licence globale et pour les plateformes de musique commerciales« , déclare très nettement M. Dionis du Séjour, qui dénonce une « supercherie » dans la proposition commune du PS, des Verts et des Communistes.

Et les rangs de gauche, face à cette armée unie, n’ont guère trouvé la force de défendre leur vision, malgré tout le talent d’un Patrick Bloche remonté. Ils ont d’autant moins pu le faire que Madame Anne Hidalgo, chargée de la culture au Parti Socialiste, a fait le tour des médias dans la journée de jeudi pour dénoncer ce que ses propres amis avait voté la veille, au nom pourtant de l’ensemble du groupe socialiste. La conviction et la passion des quelques députés de gauche présents dans l’hémicycle jeudi soir n’aura pas eu raison du bloc majoritaire.

Si la gauche souhaite que l’accès à la culture l’emporte et que la légalisation du P2P soit confirmée, il faudra au groupe socialiste trouver les ressources pour faire montre de bien plus de discipline et de participation. C’est la mission que devra accomplir le président du groupe socialiste, M. Jean-Marc Ayrault, avant que les débats ne reprennent (au plus tôt) à partir du 18 janvier prochain.

Ce jeudi 22 décembre devait marquer la fin des débats. Elle n’en signe que les prémices.

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