Le ministre des relations avec le Parlement estime que les sites qui permettent de voir l'activité des parlementaires nuit à la qualité du travail des députés et sénateurs. Un point de vue qui demanderait à être beaucoup mieux étayé...

Mise à jour : le cabinet de M. Vidalies nous a précisé que l'intention du ministre n'est pas d'interdire la diffusion des données précises concernant l'activité des députés, mais plutôt de travailler avec Regards Citoyens pour améliorer les critères pris en compte pour, par exemple, juger qu'un député a réalisé une "intervention" en séance. Actuellement, il suffit de dire 20 mots sur un amendement pour être crédité d'une intervention, et remonter dans les classements. Le ministère souhaiterait lutter contre l'exploitation de la transparence à des fins exclusives de communication, dans les limites de la séparation des pouvoirs. Une grande partie de la responsabilité en revient cependant au règlement intérieur de l'Assemblée Nationale, qui est souveraine.

Le cabinet du ministre des relations avec le Parlement nous a par ailleurs expliqué qu'avec les élections législatives et le renouvellement des députés, les élus ont amené avec eux une nouvelle génération d'assistants parlementaires, beaucoup plus jeunes, qui sont très soucieux de l'image de l'élu sur les réseaux sociaux. D'où l'instrumentalisation croissante de NosDéputés et de ses chiffres, qui amène les représentants à intervenir beaucoup plus qu'avant en séance, sans rien apporter de constructif aux débats.

Le ministère et Regards Citoyens devraient prendre rendez-vous cette semaine pour en discuter de vive voix.

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Lors de l'Université d'été du Parti Socialiste à La Rochelle, le ministre des relations avec le Parlement Alain Vidalies a sèchement critiqué, sans le nommer, le site NosDéputés.fr qui permet aux internautes de suivre les travaux parlementaires et l'activité des représentants élus. "La fonction parlementaire n’a pas échappé à l’émergence des réseaux sociaux. Ceux-ci, et plus précisément les réseaux qui scrutent l’activité parlementaire, ont des effets dangereux voire pernicieux sur le travail parlementaire [et cela] dans des proportions qui sont considérables", a ainsi déclaré le ministre, dont les propos sont rapportés par Europe 1.

"Aujourd’hui, en commission, on voit jusqu’à 30 députés qui interviennent les uns après les autres pour défendre exactement la même chose, uniquement pour alimenter leur compteur de présence !", a précisé M. Vidalies, en référence au tableau de synthèse publié par NosDéputés. Son directeur de cabinet assure que le phénomène se serait accentué cet été, lors de la session parlementaire extraordinaire. Selon la radio, le ministre serait prêt à "tout mettre en oeuvre pour lutter contre ces effets négatifs".

Interrogé par Numerama, le co-fondateur du site Tangui Morlier ne comprend pas la critique. Il nous assure que les données ne montrent "pas de changement de comportement des parlementaires en commission entre les deux législatures". La seule chose qui a changé, c'est la majorité qui a changé de camp. Et avec elle, peut-être la gêne sur l'observation des députés godillots. De plus, contrairement à ce qu'affirme M. Vidalies, "il n'y a pas besoin de parler en commission pour apparaître comme étant présent sur notre site".

Sur le fond, le collectif Regards Citoyens qui édite NosDeputés.fr se défend de ne proposer qu'une évaluation quantitative du travail des députés. "La grande innovation qu'a apporté NosDeputes n'est pas ses indicateurs (il en existe depuis les année 70) mais le nuage de mots clés qui permet de connaitre l'expertise de chaque député et donc pouvoir ainsi plus facilement rentrer de l'analyse de son travail de fond", explique Tangui Morlier.

Il note en outre qu'il reste des réformes importantes à entreprendre pour améliorer encore la transparence des travaux parlementaires. Par exemple, "alors que la constitution dit explicitement que le parlement est chargé du vote des lois, l'accès à la présence des parlementaires durant les votes et à ce qu'ils ont voté n'est pas publié ou que de manière très partielle". De quoi freiner toute analyse sérieuse sur la cohérence politique ou l'esprit critique d'un député.

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