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Pourquoi la loi sur les "livres indisponibles" devrait indigner les auteurs
Guillaume Champeau -
publié le Mardi 15 Novembre 2011 à 16h38 -
posté dans Société 2.0
Présenté à la fois à l'Assemblée Nationale et au Sénat, avec un poids politique véritable qui devrait faciliter son adoption, la proposition de loi sur l'exploitation numérique des livres du 20ème siècle devenus "indisponibles" paraît avoir tous les soucis... sauf celui de l'intérêt des auteurs et de l'intérêt collectif. A la fin du mois dernier, nous analysions la proposition de loi déposée au Sénat "relative à l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle", en expliquant que derrière sa grande complexité se cachait un texte susceptible de léser en premier lieu les auteurs. Il prévoit en effet d'imposer une gestion collective (façon Sacem) pour l'exploitation numérique des livres publiés avant le 31 décembre 2000 qui sont devenus introuvables dans le commerce, à charge pour les auteurs de faire obstacle à cette gestion collective dans les courts délais impartis. A défaut, l'éditeur qui n'avait plus de contrat avec l'auteur pourra retrouver la gestion exclusive des droits sur le livre. La semaine dernière, le texte est aussi apparu à l'Assemblée Nationale, preuve qu'il y a une véritable intention politique de le faire adopter. Ce que nous confirme une source proche du dossier, qui pointe du doigt la méthode. "Tout cela a été conçu dans le secret, au point que même les membres du Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique (CSPLA), missionnés pour travailler sur la proposition de directive européenne sur les œuvres orphelines, n'ont pas eu communication de ces travaux préparatoires ... à l'exception bien sûr de ceux qui en étaient partie prenante, comme la SGDL (auteurs) et le SNE (editeurs), ainsi que probablement la SOFIA et quelques autres", nous confie-t-elle.
"Des garanties plus faibles qu'elles ne l'étaient dans le Règlement Google"
Dans un communiqué, l'Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres (AFUL) affirme également que "ce projet a été préparé de longue date" et dans le secret "par le ministère de la Culture" avec quelques organisations d'ayants droit. Or, "ces organisations n'avaient pas de mots assez durs pour fustiger l'accord Google, qui " n'[était] pas conforme au droit de la propriété littéraire et artistique " mais qui le devient subitement quand les mêmes acteurs font du Google sans Google, en empiétant encore plus sur les droits exclusifs des auteurs". Ce parallèle avec l'accord Google - que Frédéric Mitterrnad avait fustigé, est également transversal dans une longue critique acerbe et très pertinente publiée par Lionel Maurel, conserveur des bibliothèques à la Bibliothèque Nationale de France. "Je trouve assez croustillant qu'un système rejeté par la justice américaine car trop attentatoire à l'esprit du droit d'auteur soit implanté par la loi au pays de Beaumarchais, nonobstant le fait qu'il provoque un renversement complet du principe de l'autorisation préalable", écrit-il. "Les garanties apportées quant aux respect des droits des auteurs sont plus faibles dans le dispositif français qu'elles ne l'étaient dans le Règlement Google". Lionel Maurel (aka @Calimaq) reproche notamment au texte de viser sans le dire les "Å“uvres orphelines" (celles dont on ne sait pas contacter les ayants droit pour les rémunérer) alors que "par définition pour ces Å“uvres orphelines, les titulaires de droits ne peuvent se manifester pour réclamer le retrait de leurs Å“uvres du système". Elles représenteraient plus de la moitié des 500 000 livres indisponibles concernés par la proposition de loi. Or cette confusion entretenue sur les "livres indisponibles" qui cachent les Å“uvres orphelines n'est pas innocente. En effet, "un projet de directive européenne est en préparation, qui entendait donner aux bibliothèques et autres institutions culturelles la possibilité de numériser et de diffuser des Å“uvres orphelines, dans des conditions relativement ouvertes". En substance, la directrive permettrait aux établissements de mettre à disposition des copies des Å“uvres orphelines sans avoir à payer de droits, pour des motifs d'intérêt général culturel. Mais si elle est adoptée, la proposition de loi fera qu'il n'y aura plus concrètement d'Å“uvres orphelines dont l'exploitation pourra être réalisée gratuitement par les bibliothèques, puisqu'elles seront toutes gérées par une société de gestion collective ; ce qui paralyse tout l'intérêt de la directive en France. Pour Lionel Maurel, "il n''est pas abusif de dire que la proposition de loi française constitue une véritable manÅ“uvre de contournement au niveau national d'un dispositif européen". Par ailleurs, prévient l'AFUL, "présumer que les auteurs des Å“uvres indisponibles, donc ayant un faible succès commercial, souhaitent être diffusés numériquement de façon lucrative plutôt que gratuitement est manifestement abusif". à lire aussi
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Commentaires à propos de «Pourquoi la loi sur les "livres indisponibles" devrait indigner les auteurs»
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lildadou
le 15/11/2011 à 16:51
Où est-il prévu de faire passer l'argent de l'exploitation de ces oeuvres?
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L'AFUL qui présume que les auteurs des oeuvres indisponibles souhaitent ne pas être rémunérés sur la commercialisation de leurs écrits. Quelle affirmation lumineuse ! C'est l'évidence même. Quelle bonne idée que l'on devrait étendre à tous salariés. Cela règlerait tous nos problèmes de dettes et de triple A hypothétique. Il suffisait d'y penser. Pas de doute les auteurs ont de quoi s'indigner qu'on cherche un moyen de les payer. Je leur suggère d'occuper en masse et pacifiquement les restaurants du coeur afin de faire valoir le renoncement à leurs droits fondamentaux. Merci à M. Guillaume Champeau qui au moins pense à leur bien.
![]() M4khno, le 15/11/2011 - 17:18 Ils n'ont jamais dit ça. Ils disent simplement que dire que "par défaut" ils veulent que l'oeuvre soient commercialisée plutôt que distribuée gratuitement est abusif. Le problème étant que, puisque les oeuvres sont orphelines, les revenus reviendront à l'organisme de gestion, non à l'auteur. honnêtement qu'un pays soit disant éclairé comme la France puisse vouloir pondre ce genre de loi, ça donne juste envie de pleurer
![]() M4khno, le 15/11/2011 - 17:18 Jamais décevant, Makhno. C'est bien, c'est comme ça qu'on fidélise son public. Calimaq a fait une critique excellente de cette loi qui fait du Google Books sans Google, mais toujours au profit d'éditeurs, pas des auteurs ou du public. Guillaume, en forme en ce moment, reprend cette dénonciation. On cherche avant tout un moyen de fournir aux ayant-droits une rémunération supplémenaire, pas à rémunérer les auteurs, argument fallacieux du niveau de ceux invoqués au soutien d'Hadopi, au hasard. Mais t'a raison : s'en remettre uniquement aux intérêts financiers de l'industrie, c'est une politique saine, qui bénéficie au plus grand nombre, entretient des équilibres délicats, et garantit une propagation optimale de la culture au bénéfice de tous, tout en assurant aux artistes des lingots d'or comme s'il en pleuvait... ![]() Et après ça le ministère de la culture continue de prétendre qu'il ne fait que défendre les auteurs et les artistes avec leurs lois à la con.
Ici on a une belle preuve que son seul intérêt est d'enrichir grassement ses petits copains de la SACEM et compagnie. [message édité par june le 15/11/2011 à 21:07
]
![]() M4khno, le 15/11/2011 - 17:18T'es un vrai champion toi. Du bon gros troll de campagne qui cherche à alimenter un débat par sa stupidité. La loi présume que les auteurs veulent être payés. Peut être que certains le souhaitent, peut être que certains veulent que leur livre soit libre. Pourquoi une loi tente de leur retirer ce choix ? Je vois de nombreux artistes qui se produisent sur la toile de manière gratuite ou qui diffusent leur livre gratuitement. L'art n'a pas forcement à avoir une valeur pécuniaire. ![]() Il ne faut pas en vouloir à M4khno... il se donne beaucoup de mal pour tenter de justifier ce genre de privilèges qui permettent à des gens comme les boss de sociétés de "gestion collective" et de "répartition" de toucher 600000 euros à la place des auteurs.
Ben moi, je pense que *sur le principe* cette loi part d'une bonne idée:
Eviter qu'une oeuvre se retrouve non éditée/non publiée, y compris numériquement, juste pour des questions juridique ou parce que l'auteur est introuvable ou s'en tape. Ca en revient au principe que dire que NON, l'auteur n'a PAS tout pouvoir sur ses propres créations une fois qu'il a décidé de les publier. Bon, après évidemment dans l'implémentation de la loi on retrouve bien entendu la "patte" des société d'ayant-droit, certainement bien conseillé par des fonctionnaires de la rue Valois, qui organise une expropriation pure et simple à leur unique bénéfice. Mais sur le fond, je trouve l'idée excellente, sur le plan de la conservation et de la diffusion des oeuvres. Ca coûterait quoi de créer et maintenir un serveur web qui contiendrait toutes les oeuvres "orphelines" et les mettrait gratuitement (ou pour le prix d'un abonnement minimum, genre 1 euro par an) à disposition du public ?
Je pense que ça doit être largement finançable en retirant 1000 euros par mois du salaire de nos chers députés/sénateurs/ministres et autres "gros" fonctionnaires. [message édité par PixelsFlight le 16/11/2011 à 12:25
]
![]() obcd, le 16/11/2011 - 10:45Soit, mais alors faisons la même chose dans tous les domaines des arts, musique, film, peinture, sculpture, architecture, on ne le trouve plus en dispo, alors on le sort quand même, même si l'auteur est contre, mort, en voyage autour du monde à bicyclette, ... Et ce, au bout de 10 ans. Il est curieux de voir l'extension de la durée des droits d'auteur et des droits voisins et en même temps de pondre des lois comme ça, qui vont à l'opposé. Il serait plus simple pour tout le monde que les droits voisins passent à 10 ans et les droits d'auteur à 20 comme les brevets, mais du coup les majors et les Sacems ne pourront plus se mettre autant de pognon dans les fouilles sous prétexte de protéger les artistes. Article très bien documenté et pertinent. Nous faisons suivre.
Tous mes textes qui ont été publiés avant le 1er janvier 2001 et qui ne sont plus au catalogue d'une maison d'édition†ne m'appartiennent plus. Du vol, du vol légalisé certes, mais du vol caractérisé. Pourquoi ? 1 Parce qu'il n'y aura tout bonnement plus besoin du moindre document contractuel pour republier un livre, l'avis de l'auteur à cette nouvelle publication (fut-elle numérique) ne lui sera pas même demandée. Je n'aurai donc plus aucune possibilité par exemple de voir mon ouvrage réédité sous forme papier, quel serait l'éditeur assez fou pour le faire ? 2 Parce que je n'ai pas la moindre idée des contreparties qui me seront accordées par une société de répartition dont je ne sais absolument rien ! J'ai cependant quelque raison de m'en inquiéter en entendant Bruno Racine, directeur de la BNF, expliquer sur France Inter que les ?uvres choisies seraient commercialisées " à des prix très compétitifs, parce qu'ils seront uniquement vendus en numérique ". 3 Parce que je sais aussi que le dispositif sera si lourd qu'il deviendra vite obsolète (qu'on examine comment la SOFIA qui gère pour partie les droits de prêts en bibliothèque... 2010 ne sera payé qu'en 2014!) s'en tire et on aura une idée de la mission impossible. 4 Parce que cette société au profil indistinct (j'ai écrit profil†pas profit!) va également à l'article L. 134-3 autoriser gratuitement les bibliothèques accessibles au public à reproduire et à diffuser sous forme numérique à leurs abonnés les livres indisponibles conservés dans leurs fonds dont aucun titulaire du droit de reproduction sous une forme imprimée n'a pu être trouvé dans un délai de dix ans à compter de la première autorisation d'exploitation. Et quand tout cela se baladera dans la nature.... Eh oui, enterré le délai de 50 ans ! Le délai est des droits d'auteur pour un livre est de 70 ans, en rajoutant les années de guerre, le domaine public aujourd'hui en 2013, commence aux années antérieures à 1937. (à noter que le registre des livres indisponibles a enregistré plus d'un millier de titres publiés antérieurement à 1937 et pour lesquels les éditeurs sont libres.
L'article numéro 1 de cette loi définit le livre indisponible, en le reliant à son éditeur mais jamais à son auteur, c'est une omission majeure qui empêchera tout recours. On n'est plus possesseur de son texte, on ne peut négocier aucun contrat, et s'il prend la fantaisie à un éventuel éditeur de le caviarder ou d'en publier un version raccourcie (façon prédigérée), l'auteur n'aura plus aucun recours. L'édition repose sur un accord entre parties : l'auteur, d'un côté, l'éditeur de l'autre, le contrat relie ces deux personnes, que dire d'un contrat qui ne comporte qu'un signataire et un organisme moral qui n'est tenu à aucune obligation. Tous les champs doivent être remplis. Tous les champs doivent être remplis. Tous les champs doivent être remplis. |
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