Donner l'accès à internet aux insurgés n'a rien de virtuel

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 25 Août 2011 à 11h22 - posté dans Société 2.0

Ils ne se battent pas avec des armes sur le terrain, mais ne sont pas moins profondément investis dans la révolte des peuples insurgés, pour les aider à communiquer entre eux et avec le reste du monde. Un des activistes de Telecomix raconte comment la pression qu'il s'est lui-même infligé pour aider les peuples arabes l'a poussé dans une profonde dépression suicidaire.

Stephan Urbach Pour beaucoup (et nous nous y incluons), défendre l'accès à internet des populations arabes réprimées par les régimes autoritaires lors de leurs révoltes se cantonne à une action confortable, sans danger ni véritable engagement personnel. On y défend de grands principes, à commencer par la défense de la liberté d'expression et de communication, sans prendre le moindre risque pour soi-même. Sans s'engager autrement que par le poids des mots.

Pour d'autres, en revanche, la bataille pour le net est une véritable bataille quotidienne qui peut prendre aux tripes, comme le raconte Stephan Urbach dans un témoignage poignant.

L'homme est un activiste allemand de 31 ans, membre du Parti Pirate, et membre du mouvement Telecomix qui se bat pour redonner l'accès à un internet non censuré dans les pays où l'accès est coupé ou bridé (voir à ce sujet l'excellent article de Geek Politics). Leur action est essentielle, non seulement pour permettre aux insurgés de se coordonner, mais aussi et surtout pour leur permettre d'utiliser Internet comme média pour gagner le soutien international. 

Sur son blog, Urbach a décrit l'extrême pression qu'il a ressenti ces derniers mois, et qui a failli le pousser au suicide. Nous avons traduit son témoignage :

Le jour où j'ai voulu mourir - une confession personnelle ou : pourquoi la fermeture d'un groupe fait vivre les gens

Je dois faire un aveu. Un très personnel. J'ai voulu mourir.

J'avais tout prévu. J'ai prévu comment le faire. J'ai organisé les outils pour le faire. J'ai écrit la façon d'accéder à mon compte e-mail, mon serveur, mes sessions IRC et qui devait en être informé. J'étais dans une profonde dépression. Je n'ai vu aucun autre moyen pour sortir de ce sentiment que de me suicider.

La pression était trop forte pour moi. Je travaillais depuis janvier sur différents projets avec  Telecomix et d'autres. Nous aidions les Egyptiens à regagner leur connexion à l'Internet, aidions en Syrie, en Libye et dans de nombreux autres pays pour donner aux opprimés une possibilité de s'exprimer. Nous avons rendu possible que leurs voix soient entendues. Littéralement, je me suis battu pour cela. J'ai lutté contre mon cycle de sommeil, mes habitudes alimentaires et mon besoin de loisirs. Certains jours, il devenait normal de rester éveillé pendant 30 heures ou plus.

J'ai vu et lu des choses que je n'aurais jamais pensé possibles. Dans les derniers mois, nous avons aidé de nombreuses personnes à se connecter à Internet, à parler et à montrer au monde ce qui se passait. Certaines ont été perdues. Je ne les ai jamais revues et je ne sais pas si elles ont juste déménagé loin de nous, ou si elles ont été arrêtées ou tuées. J'en ai pas la moindre foutue idée et je ne le saurai jamais.

Chaque jour dans les médias nous voyons tant de mauvaises nouvelles en provenance du monde entier - des nouvelles qui sont mauvaises mais qui ne nous touchent pas directement. Les nouvelles sur ces personnes (ou l'absence de nouvelles) qui parlaient avec moi m'ont touchées profondément. La pression a monté pour les aider, pour aider ces gens qui luttent durement pour leur droit à s'exprimer librement. Plus nous aidions ces gens, plus la responsabilité que je ressentais grimpait à un nouveau degré.

Je ne pouvais plus dormir. J'ai beaucoup trop bu. J'ai fumé bien plus que ce qui était bon pour moi. Je ne voyais plus d'autre sens à ma vie que d'aider d'autres gens. Par dessus ça, j'en ai oublié ce que j'avais besoin pour moi-même. Du sommeil, des loisirs, le cinéma, la musique. Traîner avec mes amis et ne pas penser aux gens sur le terrain et ce qu'il faudra faire ensuite.

Un jour j'ai réalisé que j'étais perdu. Perdu dans cette vie qui n'était pas la mienne. Perdu dans une vie où je ne servais que les autres, des gens qui me considéraient comme un héros. Personne n'a vu que j'étais juste un petit garçon qui voulait jouer avec la technologie et rédiger des études sur l'avenir de la communication.

Pour la faire courte : Il fallait que tout ça s'arrête pour moi. Je n'ai pas vu d'autre moyen que de m'en aller. Partir. Ne plus être un héros. J'avais prévu de me suicider un jour après le CCC Camp. Tout était préparé. Mais là c'est arrivé. Nous avons fermé le groupe d'activistes avec qui j'étais. J'ai rencontré beaucoup de gens formidables pour la première fois en vrai, et beaucoup d'entre eux avaient le même problème. Mes amis étaient là et m'ont montré que la vie valait la peine d'être vécue.

Avec le redémarrage du groupe je me vais me redémarrer moi-même. Je commence à refaire des plans pour ma vie. Je ne suis plus perdu. J'ai ma place dans la scène du hacking et de l'activisme et j'ai mes amis partout dans le monde. Je ne suis pas seul et les faits que j'ai considéré comme un fardeau ne sont plus un fardeau, mais m'ont ouvert les yeux sur ce qui était le plus important dans la vie : communiquer ce que vous ressentez. Et si la communication de mes sentiments aide les autres à faire de même, ça valait le coup.

Alors, je m'arrête pour un redémarrage. Il est temps. reboot-h now

Publié par Guillaume Champeau, le 25 Août 2011 à 11h22
 
 
12
Commentaires à propos de «Donner l'accès à internet aux insurgés n'a rien de virtuel»
 
"Certains jours, il devenait normal de rester éveillé pendant 30 heures ou plus."

Comment fait il ???!!!
Je ne comprends pas bien pourquoi cet article sur un activiste qui a voulu se suicider en étant confronté à ses limites, qui sont son manque de loisir, de sommeil, trop fumer, trop boire.

Il faut qu'on le plaigne, c'est ça ?

Non parce que sinon, je me doutais bien qu'un peu partout des gens sont enlevés, torturés, enfermés, condamnés à l'oubli, juste pour avoir tenté de s'exprimer.

Et il me paraissait aussi évident que lorsque l'on connait des gens qui sont enlevés, torturés, enfermés et condamnés à l'oubli, ça a plus d'impact sur soi que les simples news qu'on lit sur une édition en ligne.

Il me semble que par contre les Arabes qui se frittent à leurs régimes en ce moment ils veulent vivre eux.
C'est quoi au juste l'intérêt de cet article ?
Incitez les activistes à cesser leur soutien aux peuples opprimés ? Ne plus travailler pour le partage ? Arrêter la lutte commencé pour faciliter l'accès des autres à un moyen de communication ? *Laissez les autres mourir tranquillement? par milliers ou dizaines de milliers?
En gros, si on veut aider les autres, on s'oublie nous mêmes et risque par conséquent le suicide ?

Pffffffffffffff ! De l'anecdotisme simpliste afin de Standardiser l'exception: NON MERCI !!!!!!!!
Peut être pour rappeler à certains que s'engager c'est pas juste poster "tous pourris" sur un forum numérique entre 5 et 7 a pendant qu'on attend l'heure de quitter le boulot.
modagoose, le 25/08/2011 - 15:54
Je ne comprends pas bien pourquoi cet article sur un activiste qui a voulu se suicider en étant confronté à ses limites, qui sont son manque de loisir, de sommeil, trop fumer, trop boire.

Il faut qu'on le plaigne, c'est ça ?

Non parce que sinon, je me doutais bien qu'un peu partout des gens sont enlevés, torturés, enfermés, condamnés à l'oubli, juste pour avoir tenté de s'exprimer.

Et il me paraissait aussi évident que lorsque l'on connait des gens qui sont enlevés, torturés, enfermés et condamnés à l'oubli, ça a plus d'impact sur soi que les simples news qu'on lit sur une édition en ligne.

Il me semble que par contre les Arabes qui se frittent à leurs régimes en ce moment ils veulent vivre eux.

Non.
C'est juste pour faire comprendre à ceux qui sont dans sa situation qu'il ne doivent pas tout prendre sur eux et que communiquer avec les autre au lieu de tout garder sur soit, permet de se libérer d'un très lourd fardeau et évite de mal finir.

Je lui souhaite un bon rétablissement.
Et de penser à soit ce n'est pas égoïste mais nécessaire à la vie de toute personne.
arab4democraty, le 25/08/2011 - 16:52
C'est quoi au juste l'intérêt de cet article ?
Incitez les activistes à cesser leur soutien aux peuples opprimés ? Ne plus travailler pour le partage ? Arrêter la lutte commencé pour faciliter l'accès des autres à un moyen de communication ? *Laissez les autres mourir tranquillement? par milliers ou dizaines de milliers?
En gros, si on veut aider les autres, on s'oublie nous mêmes et risque par conséquent le suicide ?

Pffffffffffffff ! De l'anecdotisme simpliste afin de Standardiser l'exception: NON MERCI !!!!!!!!


C'est facile de dire ça.
Et toi tu fait quoi?

Pour ma part je trouve que c'est un témoignage qui rends très bien compte de l'engagement et du travail pour simplement aider au droit d'expression, c'est aussi un bel exemple de cheminement personnel. Apprendre à vivre n'est pas simple : gérer son temps, ses vocations, ses aspirations.. tout en sachant que rien en ce monde n'est immortel et que nous aussi sommes juste de passage. Le temps nous est compté quoiqu'on fasse. Je souhaite à ce gars de trouver un équilibre entre le stress et le détachement, de concilier engagement et épanouissement.
Maintenant qu'ils ont bien pourris et vérolé l'internet, ça les gène plus de l'offrir aux insurgés, au contraire s'ils peuvent leur refiler cette merde.
JaHimself, le 26/08/2011 - 12:03
Maintenant qu'ils ont bien pourris et vérolé l'internet, ça les gène plus de l'offrir aux insurgés, au contraire s'ils peuvent leur refiler cette merde.
Je te conseille de vite jeter a la poubelle tout ce qui se rapproche de près ou de loin de l'utilisation d'internet et de ne plus jamais t'en approcher si tu veux rester pur.
J'espère qu'un jour un film sortira sur ce genre de personnes car ce qui c'est passe sur la scène underground mérite vraiment d'être raconte au public.
ça relève plus de la pathologie qu'autre chose son truc, devrait allait voir un psy le gars.
parce que là ça atterri sur numérama parce que c'est dans le contexte, mais ça peut être étendu à n'importe quel bénévole d'un ong et bien d'autres encore....
modagoose, le 25/08/2011 - 15:54
Je ne comprends pas bien pourquoi cet article sur un activiste qui a voulu se suicider en étant confronté à ses limites, qui sont son manque de loisir, de sommeil, trop fumer, trop boire.

Il faut qu'on le plaigne, c'est ça ?

Non parce que sinon, je me doutais bien qu'un peu partout des gens sont enlevés, torturés, enfermés, condamnés à l'oubli, juste pour avoir tenté de s'exprimer.

Et il me paraissait aussi évident que lorsque l'on connait des gens qui sont enlevés, torturés, enfermés et condamnés à l'oubli, ça a plus d'impact sur soi que les simples news qu'on lit sur une édition en ligne.

Il me semble que par contre les Arabes qui se frittent à leurs régimes en ce moment ils veulent vivre eux.

Non.
C'est juste pour faire comprendre à ceux qui sont dans sa situation qu'il ne doivent pas tout prendre sur eux et que communiquer avec les autre au lieu de tout garder sur soit, permet de se libérer d'un très lourd fardeau et évite de mal finir.

Je lui souhaite un bon rétablissement.
Et de penser à soit ce n'est pas égoïste mais nécessaire à la vie de toute personne.

Communiquer avec les autres?!? Les autres? Il n'y a pas des autres, c'est pour cela qu'on peut se pousser jusqu'à ce point, puisqu'on intéresse à personne.
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