Même s'il représente une part importante de la bande passante utilisée, le P2P reste une technologie rentable pour les fournisseurs d'accès à Internet. Une étude menée pendant 2 ans sur 500 000 abonnés à travers le monde conclut en effet que les échanges sur BitTorrent restent essentiellement locaux, et quittent rarement la partie du réseau sur lesquels les échanges de données sont gratuites pour l'opérateur de l'abonné.

C’est davantage une confirmation qu’une révélation. Mais elle montre à quel point la loi Hadopi qui s’attaque uniquement au P2P pourrait être très préjudiciable pour les fournisseurs d’accès, s’ils ne réussissent pas à réorienter leurs abonnés vers leurs propres offres de contenus payants. Une étude menée pendant deux ans, dont les conclusions sont rapportées par Torrentfreak, démontre en effet que le trafic lié à BitTorrent est dans sa grande majorité local, gratuit pour les opérateurs, et donc rentable, contrairement au téléchargement direct ou au streaming.

L’explication est simple, et rejoint ce que nous avions dit en début d’année pour expliquer que le P2P est le meilleur garant de la neutralité du net. Contrairement à ce que l’on peut croire instinctivement, les échanges de données sur le réseau BitTorrent ne sont pas anarchiques et internationaux, mais gérés de manière à rester localisés sur un même réseau, ou sur un ensemble de réseaux sur lesquels figurent des accords de peering. Ces accords s’assurent que les échanges de données entre deux opérateurs soient gratuits, dès lors qu’ils représentent à peu près les mêmes volumes en montée et en descente. Les FAI payent lorsqu’ils doivent envoyer ou recevoir des données à l’extérieur, en achetant du trafic aux fournisseurs de « Tier 1 », mais pas lorsque le trafic reste concentré sur leur propre réseau, ou par échange de bons procédés avec d’autres fournisseurs de « Tier 2 ».

Or selon l’étude menée par l’Université de Northwestern et par Telefónica Research, 32 % du trafic BitTorrent ne quitte jamais le pays d’origine, et 41 % supplémentaires ne traverse qu’un seul pays. La majorité du trafic reste au sein du même réseau. De plus en plus, les protocoles P2P privilégient les liens locaux, pour des raisons évidentes de rapidité, qui avantagent aussi les fournisseurs d’accès. En 2009, le fournisseur d’accès israélien Bezeq International avait même poussé le vice jusqu’à éditer les .torrent à la volée pour inciter les logiciels de téléchargement à utiliser ses propres trackers, plus rentables.

L’étude a été menée sur un échantillon de 500 000 internautes, répartis dans 169 pays. Elle démontre également que le volume global d’échanges sur BitTorrent a augmenté de 12 % entre 2009 et 2010, et que le volume horaire moyen de téléchargement est passé de 110 Mo/h à 139 Mo/h.

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