Agacée par la tribune de Jacques Attali, qui vient renforcer un climat de grande défiance à l'égard de sa campagne de communication, l'Hadopi a répondu à l'économiste. Mais sur des détails, et pas sur ce qui fonde l'essentiel de sa critique.

Lundi, dans une tribune publiée à la fois sur Slate.fr et dans L’Express, l’économiste Jacques Attali mitraillait la campagne de communication de l’Hadopi. Il poursuivait là une série d’attaques sévères contre la riposte graduée, entamée dès 2007. Habituée aux critiques, qu’elle préfère ignorer la plupart du temps, l’Hadopi a cette fois jugé utile de réagir dans un droit de réponse publié par L’Express.

La Haute Autorité y précise qu’elle est bien juridiquement compétente « au delà des œuvres musicales, pour toutes les œuvres dont bien entendu la littérature« , alors que Jacques Attali prétendait le contraire. Par ailleurs, « soucieuse du respect de la liberté d’expression, elle laisse la responsabilité à l’auteur des approximations contenues dans l’article, comme l’affirmation que « jamais les musiciens n’ont tant gagné d’argent par leurs concerts »« , écrit l’Hadopi. « Elle souligne que, à aucun moment, la campagne évoquée ne tente de faire croire que « le libre accès à internet interdira de publier des romans » et réaffirme son engagement sans faille en faveur d’un internet libre et responsable« .

Enfin, l’Hadopi « s’élève avec force contre l’utilisation du terme « indécence » pour désigner la défense du droit d’auteur » et « affirme au contraire que les artistes, ce qu’ils créent et ceux qu’ils ont désigné pour les représenter méritent le respect, quelle que soit l’appréciation personnelle que l’on porte sur leur travail« .

Mais elle ne répond pas au fond de la critique. Alors qu’elle reproche à Jacques Attali, et à juste titre, de ne pas avoir bien compris la loi Hadopi lorsqu’il parle de la littérature, l’Hadopi commet elle aussi une erreur d’interprétation des propos de l’économiste. Elle lui fait dire ce qu’il ne disait pas.

A aucun moment dans sa tribune Jacques Attali ne critiquait la qualité des œuvres fictives de la campagne Hadopi. Il critiquait le message selon lequel la création sans l’Hadopi ne pourrait pas avoir lieu. « C’est insulter tous les artistes que de soutenir que l’argent est le moteur de la création« , écrivait Attali. « L’économie de l’art doit évidemment permettre aux artistes de vivre dignement de leurs créations, mais elle ne se confond pas avec l’économie de la distraction« .

En somme, même en imaginant que le piratage exclut toute « consommation légale » de l’offre culturelle, Jaques Attali estime que la création continuerait malgré tout à exister, car elle n’est pas d’abord mue par une volonté économique, mais par une volonté créatrice. Et c’est bien là l’essentiel du propos, et l’essentiel du débat. L’industrie musicale et cinématographique n’ont pas encore 200 ans d’existence. Même leur mort, hautement improbable, ne signerait pas la mort de la création, mais simplement la mort d’une certaine forme de création, et probablement l’apparition de nouvelles tout autant passionnantes et respectables.

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