En déplacement dans l'Essonne, le président de la République a défendu l'action de la Hadopi et le principe de la réponse graduée pour combattre le piratage. Décrit comme un "pillage", Nicolas Sarkozy a mis en garde contre une politique laxiste sur ce sujet. Quitte à confondre la copie d'un fichier numérique avec le vol.

°tait-ce l’occasion d’adresser un message clair aux plus jeunes d’entre nous, souvent considérés comme les plus actifs dans le piratage des œuvres protégées par le droit d’auteur ? Toujours est-il que le président de la République, lors d’un déplacement au lycée Jean-Baptiste Corot (Savigny-sur-Orge en Essonne) pour donner le coup d’envoi de l‘opération Ciné-Lycée, est revenu sur l’importance qu’il accorde à la « réponse graduée« , un sujet qu’il sait « moins consensuel« .

Accompagné notamment du ministre de la culture, de la secrétaire d’Etat à l’économie numérique et de la présidente de la Hadopi, Nicolas Sarkozy a de nouveau défendu la nécessité impérieuse de lutter contre le piratage, qu’il considère comme un véritable « pillage » de la création. Sinon, « il n’y aura plus de cinéma, il n’y aura plus de musique, il n’y aura plus de livres, il n’y aura plus de création. Il n’y en aura plus. Parce que les projets ne se feront plus » a-t-il averti.

Pour illustrer ses propos, le chef de l’Etat a évoqué le cas du disque en France, en avançant une « chute absolument considérable » des ventes. S’il pense aux ventes de disques physiques, le président de la République a sans doute raison : elles reculent. Mais est-ce définitif d’une part et imputable uniquement au téléchargement illicite d’autre part ?

En début d’année, des sources évoquées par Electron Libre indiquaient une embellie des ventes physiques au deuxième semestre 2009. Le directeur général du SNEP a même jugé le quatrième trimestre de « très bon« . « Sur l’ensemble de l’année, le recul du marché physique ne serait que très légèrement négatif » avait noté nos confrères. Ensuite, l’autre phénomène qui impacte les ventes physiques est la progression des contenus dématérialisés vendus légalement. Rares sont les Français à utiliser encore assidûment leur discman ou leur chaîne stéréo à l’heure où les baladeurs MP3 et autres smartphones permettent aussi d’écouter de la musique.

À nouveau, le président de la République a voulu faire savoir que la France avait inventé les droits d’auteur. Si cette assertion est sujette à débat, elle reste néanmoins plus exacte qu’une saillie précédente de Nicolas Sarkozy sur ce sujet. « Il n’y a aucune raison qu’Internet soit une zone de non-droit. La France a inventé le copyright » avait-il déclaré en juin 2008. Cette sortie avait d’ailleurs inquiété, car elle semblait manifester le désir d’une dérive du droit d’auteur vers une protection à l’américaine.

« Quand un créateur crée une chanson, une musique, un film, un livre, il est protégé, ça lui appartient. Il doit être respecté, et on ne le vole pas. Comme quand on va au supermarché, on ne vole pas. Il y a des règles » a poursuivi Nicolas Sarkozy. Sans doute a-t-il manqué la vidéo copier n’est pas voler produite par QuestionCopyright.org.

Le téléchargement n’est pas du vol, dans la mesure où il n’y a pas de soustraction. C’est en revanche un enrichissement, puisqu’il y a une duplication. Ça entraîne certainement de nouvelles problématiques au niveau du modèle économique et de nouveaux défis pour les artistes et les industries culturelles à l’heure du numérique, mais c’est en aucun cas un acte de vol.

°voquant la situation des jeunes artistes qui ont toutes les difficultés à signer auprès d’une maison de disques ou d’une quelconque industrie du divertissement, Nicolas Sarkozy a estimé que le processus de la création sera détruit si le vol est autorisé. Or, son rôle – et celui du ministre de la culture – est de la défendre. « Sa liberté, bien sûr, mais aussi son équilibre économique« .

« Je sais parfaitement qu’internet c’est la liberté, mais la liberté sans règles, c’est une oppression. C’est la règle qui protège la liberté. C’est l’absence de règles qui détruit la liberté » a-t-il ajouté. Une phrase qui a d’ailleurs été remarquée par la présidente de la Hadopi, puisqu’elle salué les propos du président de la République lors de la conférence de presse, hier.

« Je ne laisserai pas détruire les droits d’auteur, la protection des artistes, la protection de la création. Je ne laisserai pas détruire le livre, je ne laisserai pas détruire le disque, je ne laisserai pas détruire le cinéma. C’est trop important pour notre pays » a-t-il averti, laissant entendre que l’action de la Hadopi s’inscrira dans la durée.

( illustration : Elysée.fr )

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