Un Shazam open-source menacé de poursuites avant-même sa sortie

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 09 Juillet 2010 à 10h53 - posté dans High-Tech

Le logiciel de reconnaissance des morceaux de musique Shazam ne peut pas avoir de concurrence. La société qui gère les brevets des technologies de Shazam veille à protéger le monopole, en allant jusqu'à menacer de poursuites un développeur qui propose une méthode alternative pour réaliser le même type de service en Java.

Il y a un peu plus d'une semaine, un développeur néerlandais a publié une méthode décrivant le moyen de créer en Java un système d'analyse et de reconnaissance des morceaux de musique à la manière de Shazam, qui permet de trouver le titre d'une chanson avec un téléphone mobile ou un microphone branché sur un ordinateur. Il suffit de jouer quelques secondes du morceau, et le programme compare ce qu'il entend avec une base de données de chansons pour trouver la référence.

Mais alors qu'il l'avait prévu, Roy van Rijn ne publiera pas le logiciel compilé ni son code source. Il a reçu un courrier d'une société baptisée Landmark Digital Services, qui lui intime de supprimer les quelques bouts de code présents dans son billet et de renoncer à toute publication future de codes sources permettant de réaliser son projet. "Bien qu'il n'est pas dans l'intention de Landmark d'alinéner ceux qui font partie de la communauté Open Source et de la Récupération d'Information Musicale, Landmark doit vous demander de ne pas délivrer, déployer ou poster le code présenté dans votre message", indiquait ainsi la missive envoyée par le responsable technologique de la société.

Landmark Digital Services est une société créée en 2005 par la BMI (Broadcast Music Incorporated), l'une des deux Sacem américaines, lorsqu'elle a racheté la technologie BlueArrow de Shazam Entertainment. En contrepartie de la cession de sa technologie à la société de gestion collective, la BMI avait accordé à Shazam une licence exclusive pour la reconnaissance musicale sur les mobiles. Ce qui oblige désormais Landmark Digital Services à faire respecter l'exclusivité de la licence, en partant à la chasse de toute concurrence, y compris open-source et non commerciale.

Mis en demeure, Roy van Rijn a d'abord tenté de se défendre en demandant si les brevets logiciels sur lesquels prétend s'appuyer Landmark sont effectivement valides en Europe, et particulièrement aux Pays-Bas. La société se base explicitement sur les brevets 6,990,453 (déposé en 2001) et 7,627,477 (déposé en 2004), accordés aux Etats-Unis. Mais "notez qu'il y a d'autres brevets octroyés et des demandes de brevets en cours aux Etats-Unis et en Europe qui couvrent également ces concepts", a prévenu de manière vague Landmark Digital Services.

Finalement, après quelques échanges, la société a fini par concéder que les brevets avaient simplement été déposés mais pas encore octroyés aux Pays-Bas. Mais que de toute façon, "votre billet de blog peut être vu de manière internationale", et donc "vous pourriez contribuer à ce que quelqu'un viole nos brevets dans n'importe quelle partie du monde", ce qui rendrait le développeur complice de contrefaçon.

C'est le même type de raisonnement internationaliste que celui de Gallimard, lorsqu'il demande à un site québecois de retirer des oeuvres francophones qui sont libres de droit au Canada, parce qu'elles sont toujours proposées en France. Du fait de la nature internationale d'Internet, le droit le plus restrictif d'un Etat s'applique à tous les internautes des autres Etats du monde.

N'ayant pas les moyens financiers de se battre et de contester la validité des brevets, ou leur application à tous systèmes de reconnaissance musicaux, van Rijn a abandonné la bagarre. Même s'il est convaincu que sa méthode ne viole pas les brevets de Landmark. Ce qui ravive l'intérêt de la création d'une autorité administrative telle que la CNIL, responsable de protéger ceux dont la liberté d'expression et de communication est bafouée, notamment par l'abus des droits de propriété intellectuelle.


(Août 2005, la BMI et Shazam Entertainment signent le transfert de la technologie BlueArrow au bénéfice de la société nouvellement créée, Landmark Digital Services)

Publié par Guillaume Champeau, le 9 Juillet 2010 à 10h53
 
 
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Commentaires à propos de «Un Shazam open-source menacé de poursuites avant-même sa sortie»
 

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Haha, le simple fait de faire des réponses vagues et menaçantes est une quasi preuve que l'accusation ne tient pas le coup.
Oui mais en même temps il faut avoir les reins solide pour se battre contre une grosse société. L'intimidation fonctionne et ce n'est que le début...
bon bah, suffit de balancer les sources sur thepiratebay et puis voila :p
"non non, c'est pas moi, celui qui a envoyé les sources est passé par un VPN" :D
Ou freenet ou n'importe... c'est pas les moyens qui manque !
Mais je me met à sa place... Devoir "publiquement" faire semblant de lâcher l'affaire pour tout reposter de façon anonyme, c'est quand même ultra frustrant.
existe t'il un brevet internationnal pour se gratter les couilles quand ça démange ?
Du fait de la nature internationale d'Internet, le droit le plus restrictif d'un Etat s'applique à tous les internautes des autres Etats du monde.

*ricane en pensant à la campagne anti-tibétaine sur les internets par la Chine*
Finalement, après quelques échanges, la société a fini par concéder que les brevets avaient simplement été déposés mais pas encore octroyés aux Pays-Bas. Mais que de toute façon, "votre billet de blog peut être vu de manière internationale", et donc "vous pourriez contribuer à ce que quelqu'un viole nos brevets dans n'importe quelle partie du monde"[b], ce qui rendrait le développeur complice de contrefaçon.

C'est le même type de raisonnement internationaliste que celui de Gallimard, lorsqu'il demande à un site québecois de retirer des oeuvres francophones qui sont libres de droit au Canada, parce qu'elles sont toujours proposées en France. [b]Du fait de la nature internationale d'Internet, le droit le plus restrictif d'un Etat s'applique à tous les internautes des autres Etats du monde.
Ca, ça fait peur...
Ma mise en gras aussi elle fait peur :)
Qu'il n'ai pas les moyens n'est pas une raison de baisser les bras !
Numérama ne veux pas l'aider à lancer un appel a dons pour qu'il ai les moyens de se défendre ?
Tulipe, le 09/07/2010 - 11:18
Oui mais en même temps il faut avoir les reins solide pour se battre contre une grosse société. L'intimidation fonctionne et ce n'est que le début...
Oui, ou il faut biaiser...
En l'occurrence puisque la BMI a accordé une "licence" exclusive pour la reconnaissance musicale sur les mobiles, cette "licence" ne peut porter que sur les auteurs dont la BMI a la charge. Aussi il suffirait peut-être que le développeur précise que son logiciel se destine aux musiques libres, pour être mis à l'abri des poursuites.
Croux : oui bien sur tu n'as pas tord mais il faut quand même une grosse motivation pour défier les grosses industries. Et aussi pas mal de blés.
j'ai lu la page web correspondant, il n'y a rien qui casse des briques, le système proposé est super naïf, ce n'est pas attaquable en justice..
Croux > non la BMI est propriétaire de la technologie brevetée, peu importe qu'elle l'applique à son catalogue ou autre chose.
bonob0, le 09/07/2010 - 11:38
Qu'il n'ai pas les moyens n'est pas une raison de baisser les bras !
Numérama ne veux pas l'aider à lancer un appel a dons pour qu'il ai les moyens de se défendre ?

Il subit peut-être une injustice, mais il n'a pas forcément envie de se lancer dans une bataille juridique pour autant.
Je comprends pas en quoi si le mec recode la reconnaissance audio sans regarder le code de shazam il y a risque de violer un brevet ?
Il ont quand même pas le monopole du traitement de données audio Oo
quelle bande d ..... , et tunatic , il va se faire attaquer ? et les sites tels watzatsong et trouve ta chanson faut les fermer ,?? bande de peine à jouir
Je croyais que les brevets logiciels n'avaient pas cours dans nos contrés ?
A quand les brevets sur la boucle for ? Sur les propriétés mathématiques ?
Mais que fait la FSF ?

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