La loi DADVSI toujours incomplète quatre ans après sa promulgation

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 07 Juillet 2010 à 16h34 - posté dans Société 2.0

Alors que tout le monde a les yeux fixés sur la loi Hadopi et la mise en oeuvre prochaine de la riposte graduée, jetons un oeil au rétroviseur. La loi DADVSI, votée en 2006 sous l'ère de Renaud Donnedieu de Vabres pour enrayer déjà le piratage sur Internet, n'est pas encore complète. Il lui manque plusieurs décrets d'application, dont celui qui doit encadrer le respect de la copie privée dans les offres de contenus sous DRM.

Dans un mois, la loi DADVSI soufflera sa quatrième bougie. On sait déjà que depuis 2006, les dispositions pénales de la loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information n'ont jamais été appliquées par les tribunaux. En particulier celles qui visent à interdire la possession ou l'usage de moyens techniques permettant de contourner les DRM pour réaliser des copies des oeuvres, ou simplement pour les lire. Mais la loi n'est même pas encore complète.

Ainsi à l'occasion de l'examen par le Sénat du projet de contrat d'objectif et de moyens passé entre l'Institut national de l'audiovisuel (INA) et l'Etat pour la période 2010-2014, la commission des affaires culturelles a appelé le gouvernement à "faire paraître, dans les plus brefs délais, le décret relatif au dépôt légal de l'Internet". Pour favoriser la préservation d'un patrimoine numérique, le gouvernement avait en effet prévu d'obliger tous ceux qui "éditent ou produisent en vue de la communication au public par voie électronique (...) des signes, signaux, écrits, images, sons ou messages de toute nature" à déposer ces documents à la Bibliothèque Nationale de France et à l'INA. Cette dernière expliquait sur son site Internet qu'elle allait commencer en janvier 2009 "l'archive du web français en relation avec le secteur de la communication audiovisuelle", grâce à des "robots de collecte spécifiques développés à l'INA", qui devaient aspirer quotidiennement les sites sélectionnés.

Mais le décret qui doit fixer "les conditions de sélection et de consultation des informations collectées", pris après avis de la CNIL, n'a toujours pas été publié. L'archivage n'a donc pas pu commencer.

Le texte sur le dépôt légal n'est toutefois pas la seule mesure réglementaire dont la non publication bloque toujours l'application d'une partie de la loi DADVSI. On peut ainsi constater, entre autres, les absences de publication des :

  • Décret d'application de l'article L331-37 du code de la propriété intellectuelle, sur les conditions d'application des dispositions relatives à la mission de "régulation et de veille" sur les DRM, qui doit permettre notamment à l'Hadopi (qui hérite à cet égard des fonctions de l'ARMT) de fixer "le nombre minimal de copies autorisées dans le cadre de l'exception pour copie privée" lorsque les oeuvres sont protégées par DRM. Le texte doit aussi prévoir "les modalités d'information des utilisateurs d'une oeuvre" relative aux "conditions d'accès à la lecture". L'absence du décret est bien opportune, puisqu'elle permet aux ayants droit de ne même pas autoriser une seule copie, et de s'en tenir à une information minimale des clients.
  • Décrets d'applications de l'article 15 de la loi DADVSI, qui a créé une obligation de déclaration préalable et de fourniture du code source auprès des services de sécurité de l'Etat des "logiciels susceptibles de traiter des oeuvres protégées et intégrant des mesures techniques permettant le contrôle à distance direct ou indirect d'une ou plusieurs fonctionnalités ou l'accès à des données personnelles". Deux décrets sont attendus. Celui qui fixe "les conditions dans lesquelles sont souscrites ces déclarations et transmises les informations techniques", et celui qui détermine les conditions d'application de l'article, "ainsi que la nature des systèmes de traitement automatisé de données auxquels elles s'appliquent". Le gouvernement était contre cet article, mais il avait été adopté. Il n'a donc pas publié les décrets, qui auraient obligé les fournisseurs de DRM à dévoiler leur code source à l'Etat.
  • Décret d'application de l'article L131-3-3 du code de la propriété intellectuelle, sur les conditions d'exploitation des droits des auteurs lorsqu'ils sont agents de la fonction publique. Dès qu'il s'agit de fixer les conditions de rémunération de ses agents, l'Etat est beaucoup moins pressé de déterminer les règles....

On notera aussi que la loi DADVSI avait créé un article L336-2 du code de la propriété intellectuelle qui faisait obligation aux fournisseurs d'accès à Internet d'adresser "à leurs frais, aux utilisateurs de cet accès des messages de sensibilisation aux dangers du téléchargement et de la mise à disposition illicites pour la création artistique". Un décret devait déterminer la modalités de diffusion du message. Mais le texte réglementaire n'est jamais paru, et ne paraîtra jamais, puisqu'il a été écrasé avec la loi Hadopi. Il n'est plus question d'envoyer des messages de sensibilisation à tous les abonnés, mais uniquement des messages d'avertissement aux abonnés suspectés.

Enfin, la loi DADVSI demandait au gouvernement dans son article 52 la remise d'un rapport du gouvernement au Parlement sur la mise en oeuvre de la loi, et la mise en place d'une "plate-forme publique de téléchargement permettant à tout créateur vivant, qui se trouve absent de l'offre commerciale en ligne, de mettre ses oeuvres ou ses interprétations à la disposition du public et d'en obtenir une juste rémunération". Ni ladite plate-forme ni le rapport n'ont vu le jour.

Publié par Guillaume Champeau, le 7 Juillet 2010 à 16h34
 
 
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Commentaires à propos de «La loi DADVSI toujours incomplète quatre ans après sa promulgation»
 

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zabre, le 07/07/2010 - 18:22
HADIPO a 10 million par an (pour le moment et ce n'est qu'un debut) et quand meme pas mal... (sans compter le remboursement des frais d'identification...)

C'est que dalle au niveau du budget d'un Etat. Ca n'apparaît que dans les dernières décimales. C'est 0,3% de ce que coûte la baisse de la TVA sur la restauration.
Supprimer la baisse de la TVA dans la restauration pendant 1 an, cela permettrait de financer Hadopi pendant 300 ans.

Bats-toi contre Hadopi sur le plan des symboles, sur le plan des principes, mais laisse tomber l'aspect budgétaire : ce n'est pas Hadopi qui met la France sur la paille.

Mon petit Zabre = Enter :


Ben voyons, au point où on en est dans le gâchis des finances publiques !

Un peu plus, un peu moins, au profit des sociétés de l'industrie culturelle, pourquoi pas ... ???


Au fait, où en est la carte musicale jeune, que tu soutiens bec et ongles ???



:france:
zabre, le 07/07/2010 - 18:22
C'est que dalle au niveau du budget d'un Etat.

Les 12000 euros de cigares tout autant. C'est pour autant que les contribuables doivent accepter sans rien dire de voir des dépenses d'argent public non rentables, inutiles, immorales ou illégales s'accumuler. C'est *leur* argent, ils ont donc toute légitimité à choisir ce que *eux* considèrent comme non rentable, inutile ou immoral. Le caractère illégal, lui, est dans les mains de la Justice, logiquement.

C'est pas une négociation genre on passe sur les cigares, l'avion privé, les enveloppes de Liliane si en échange vous annulez la baisse de la TVA parce que c'est un plus gros montant !

Une dépense non rentable, c'est une dépense non rentable.
Point barre.

Pour ma part, c'est donc la baisse de la TVA *et* le budget d'HADOPI, *et* le bouclier fiscal *et* tant d'autres dépenses non rentable pour l'intérêt commun des français. Et en aucun cas j'accepte de négocier un montant non rentable contre un autre non rentable.

On est endetté jusqu'au coup. *Toutes* les dépenses non rentables sont de trop, par définition. Le débat porte sur comment évaluer la rentabilité réelle de chaque dépense, mais dès lors que telle dépense publique est reconnue comme non rentable, elle *doit* être stoppée.

La question, donc, est "les 10 millions d'HADOPI sont-ils une dépense publique rentable pour le bien commun des français ?"

La question n'est pas "les 10 millions d'HADOPI pèse rien comparé à la baisse de TVA, donc oublions 10 millions pour récupérer 3 milliards".

Tout simplement parce qu'avec ces 3 milliards + 10 millions, on ferra toujours plus qu'avec seulement 3 milliards...

Désolé, mais un euro est un euro. S'il n'y a pas de petit profit, il n'y a pas non plus de petite dépense.
S'il existait une baisse de TVA sur les produits de la culture industrielle, zabre ne la ramènerait pas dans ce débat.
Il ne faut pas se battre contre Hadopi en brandissant le gâchi budgétaire car c'est le budget qui s'occupera de tailler dans le gras quand la compta analytique sera complètement opérationnelle en France ie au moment où il ressortira que non pas que le téléchargement a baissé ou pas (ils s'en super cognent) mais que la TVA sur les ventes et l'emploi dans l'audiovisuel continuera sa chute.
Le truc c'est qu'avant d'arriver à ce retour d'xp, il faudra du temps (un rapport de Cours de Comptes qui c'est certain se penchera dessus). C'est pour ça que je souhaite la venu rapide inévitable d'hadopi, de préférence le plus mal foutu, pour qu'il dégage le plus vite possible.
tomy13, le 07/07/2010 - 20:02
S'il existait une baisse de TVA sur les produits de la culture industrielle, zabre ne la ramènerait pas dans ce débat.


Ben, en ce qui me concerne, , je serais moins affirmatif que toi, sur ce sujet, notre ami, Enter=Zabe n'a pas de limite pour le troll sur ce forum.

Et je lui donne raison d'en profiter , puisque cela est accepté ...



:smartass:
En passant, j'ai rencontré un mec de la BNF dans un congrès il y a environ deux ans, et on avait causé de son programme de dépôt légal et d'archivage du net. La mission serait basculée sur l'INA, ou assisterait-on à une redondance de services ?
Venant du ministère de la culture, je suis pas spécialement étonné, mais bon...
en effet ce nest pas le cout qui est en cause mais l'utilitee reele de la mission et ce que l'etat francais va en retirer depensser 10M pour en recuperer peut etre le quart cest pas valable c'est tout et d'ailleur pourquoi l'etat devrait il financer ce genre d'actvitee dans la contrefacon industrielle de base cest la personne dont le produit est contrefait qui paye toute la procedure ca devrais etre pareil pas juste sinon .
mais dans ce cas a mon avis il y aurrait tres peu de suite car ca coute cher .
Bof moi je trouve que ca coûte.
Le salaire des ministre c'est 169 000 euros par ans. Hors cette histoire a occupé un à plusieurs ministre pendant plusieurs semaines, donc ce n'est pas gratuit non plus.
DADVSI et Hadopi y contribuent joyeusement.
Sur la table du grand déficit français, ces deux lois ressemblent (budgétairement parlant) à des minuscules miettes à peine visible à l'oeil nu.
Intéresse-toi à la baisse de la TVA sur la restauration (3 milliards d'euros par an) ou aux remboursements de Bettencourt et consorts grâce au bouclier fiscal. Là, ce sont des trucs qui occupent la moitié de la table.

Arrête de nous assommer avec tes banalités.
DAVDSI ?? ca a été un projet qui devait se finir ??? comme hadopi ?
Ce qui fait plaisir c'est de se dire que dans 4 ans, hadopi sera au point de la dadvsi aujourd'hui :D

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