Le décret sur la négligence caractérisée est "d'une étonnante subtilité" selon l'Hadopi

Guillaume Champeau - publié le Samedi 26 Juin 2010 à 15h28 - posté dans Société 2.0

Le décret sur la négligence caractérisée paru ce samedi au Journal Officiel pourra-t-il être attaqué pour violation de la présomption d'innocence, comme l'avaient menacé les députés socialistes ? Comme nous l'expliquions dans notre analyse du décret, le texte rend coupable de négligence caractérisée celui qui n'a pas installé un moyen de sécurisation avec diligence, après réception d'une lettre recommandée envoyée par l'Hadopi l'invitant à le faire. Mais sur la foi des relevés d'adresses IP qu'elle recevra, l'Hadopi présumera qu'il n'y a pas de moyen de sécurisation mis en place par l'abonné lorsque son adresse IP aura été collectée sur les réseaux P2P dans le cadre d'un téléchargement illégal. C'est seulement s'il est entendu par l'Hadopi, puis par le juge, que l'abonné averti sera amené à expliquer les mesures qu'il a mis en place.

Lors de l'examen du projet de loi Hadopi 2, le Conseil constitutionnel avait refusé de se prononcer sur l'infraction de négligence caractérisée, en notant que puisque les éléments constitutifs de l'infraction seraient définis par décret, c'était au Conseil d'Etat de vérifier son respect des droits fondamentaux. Le Conseil constitutionnel avait en effet prévenu dans son commentaire officiel que c'est "sur la question de la définition du lien entre, d'une part, le constat de ce qu'un accès à internet est utilisé à des fins attentatoires aux droits d'auteurs et, d'autre part, l'engagement de la responsabilité pénale du titulaire du contrat d'abonnement (lien plus ou moins automatique selon la rédaction qui sera retenue par le projet de décret), que se concentre la question du respect ou de la méconnaissance de la présomption d'innocence".

Auditionnée cette semaine par la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale, la présidente de la commission de protection des droits (CPD) de l'Hadopi, Mme Mireille Imbert-Quaretta, a assuré que le décret respectait cet équilibre. "Le résultat est d'une étonnante subtilité", a-t-elle défendu.

Le décret sur la négligence caractérisée devait éviter deux écueils. Il fallait d'une part que la définition de la contravention ne prenne pas de plein fouet les décisions du Conseil constitutionnel, notamment en termes de présomption de responsabilité - il était exclu que sa rédaction puisse laisser penser que l'on instaurait une présomption de responsabilité du titulaire de l'abonnement. Mais il ne fallait pas non plus que cette définition soit stricte au point de donner à penser qu'il ne pourrait jamais y avoir de poursuites - car sans la possibilité de poursuites, c'est toute la loi qui ne pourrait être appliquée. L'équilibre était donc délicat à atteindre pour une contravention, et le résultat est d'une étonnante subtilité.

Elle a également confirmé qu'il n'y avait "plus de lien entre la constitution de négligence caractérisée et la mise en oeuvre d'un moyen de sécurisation labellisé par la Hadopi". "Nous n'imposons pas un moyen de sécurisation. Ce sera donc une appréciation au cas par cas des diligences faites par le titulaire de l'abonnement pour sécuriser sa ligne", a-t-elle expliqué.

Or si le décret est d'une "étonnante subtilité", le spectre des moyens de sécurisation semble être d'une "étonnante diversité". Ainsi Mme Imbert-Quaretta donne cet exemple :

Imaginons qu'il s'agisse d'enfants ou d'adolescents et que leurs parents, titulaires de l'abonnement, les privent d'accès internet après avoir découvert ce qui s'est passé : c'est un moyen de sécurisation ! Il faut donc laisser ouverte la possibilité de prendre en compte les observations de tous ceux qui nous apporteront des réponses.

Mais l'audition a surtout confirmé que le nombre de cas transmis au parquet seront extrêmement rares, pour ne pas dire inexistant. A de nombreuses reprises, la présidente de la CPD a utilisé cette formule : "La CPD " peut "... ou peut " ne pas "" transmettre au parquet les dossiers dont elle a connaissance. "L'intention du législateur n'est pas que les négligences caractérisées fassent l'objet d'une transmission en masse au parquet. La transmission au parquet reste donc un acte de dissuasion, la réponse graduée étant avant tout de la pédagogie !".

L'essentiel, c'est de faire peur.

Publié par Guillaume Champeau, le 26 Juin 2010 à 15h28
 
 
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Commentaires à propos de «Le décret sur la négligence caractérisée est "d'une étonnante subtilité" selon l'Hadopi»
 

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Gnommy, le 26/06/2010 - 15:48
Ben oui, à part ' terroriser ' pour mieux dominer et manipuler, what else ?

18 Millions de connexions ?

18 Millions de mails X 2...

Il n'y a pas 18 millions de gens qui téléchargent illégalement.

Avec toute la pub que HADOPI engendre je pense qu'on doit pouvoir y arriver aux 18 millions ^^
Ce que les gens vont tres vite comprendre c'est cooment
Si on met en place Hadopi pourquoi garder la taxe sur la copie privée ? La rapacité du lobby musical me debecte.
Une chose que je ne comprend pas :

le texte rend coupable de négligence caractérisée celui qui n'a pas installé un moyen de sécurisation avec diligence, après réception d'une lettre recommandée envoyée par l'Hadopi l'invitant à le faire.

Ca veut dire que tant que je ne me suis pas fait chopper 2 fois en moins de 6 mois par l'Hadopi, j'ai le droit de laisser mon réseau Wifi ouvert, sans mot de passe, sans clé WEP, et que si je met une clé WEP seulement après avoir reçu la lettre recommandée, je suis dans les clous ?

Mais c'est génial en fait, ça incite au partage de connexion Humaniste ?
Si le but c'est la pédagogie, et que cela ne fonctionne pas il y aura bien une condamnation pénale pour montrer l'exemple faut s'en douter et il va morfler celui sur qui ça va tomber. Parce que même à un gosse on ne peut toujours lui faire peur de la même façon, à un moment il en rigolera et faudra être plus sévère c'est logique
"Etonnante subtilité".

Traduction : on a du faire des contorsions incroyablement tordues pour mettre sur pied un truc qui tienne à peu près la route pour ne pas se prendre les premiers reproches que l'on peut faire d'emblée.

Il faudra creuser un peu plus pour trouver les failles -car il y a des failles bien entendu-, mais la façon dont on a rédigé ça est assez confuse pour rebuter ceux qui voudraient mettre leur nez devant.

(un peu comme le traité de Lisbonne quoi).
Jor-El, le 26/06/2010 - 17:13
Imaginons qu'il s'agisse d'enfants ou d'adolescents et que leurs parents, titulaires de l'abonnement, les privent d'accès internet après avoir découvert ce qui s'est passé : c'est un moyen de sécurisation !

Donc, si je vais sur la place publique avec un mégaphone et que je dit :"j'ai décider de ne jamais télécharger illégalement"

C'est valable ? parce que, si dit a son gosse : "non ! tu ne téléchargera plus illégalement" ça suffit, je le fait.

J'en doute, ils partiront de l'idée que si ton IP ressort encore, c'est que tu n'as rien dit à ton gamin, et que donc, pas de moyen de sécurisation. C'est terriblement gerbant, mais quel monde!!!
ashitaka18, le 26/06/2010 - 16:35
Obliger les gens a sécuriser totalement leurs PC est sans doute le truc le plus con jamais fait en informatique, bravo les débiles de l'hadopitre.

La loi ne demande pas de sécuriser le poste de travail mais de "sécuriser" l'accès à internet. Deux éléments qui sont extrêmement différents. C'est aussi une "étonnante subtilité" de cette loi et j'ai l'impression que personne ne l'a lue et que pas mal de monde s'apprête à créer sans réfléchir un gigantesque panoptique ( http://fr.wikipedia....wiki/Panoptique ).

"Sécuriser" tous les différents "PCs" qui trainent dans les différentes pièces d'une habitation ou d'une entreprise, est même contraire au décret "étonnamment subtil" qui demande cette "diligence" censée couvrir les cas de mauvaise foi, vu que l'accès à internet est délibérément laissé "non-sécurisé".

La loi n'impose aucun contrôle sur ce qui se passe chez chacun : rien n'est stipulé aussi bien dans les décrets actuels que dans le texte même de la loi : seul l'accès à internet et les réseaux de diffusion et de communication vers le public (aussi appelés réseaux publics pour faire court) est visé, pas les réseaux privés.

Maintenant, après les diverses publications légales sil il y a encore des clowns qui mouftent, fichiers en main sur les réseaux publics : on ne va pas pleurer sur eux.
Moins subtil mais certainement plus efficace, le meilleur moyen que je connaisse pour sécuriser l'internaute, c'est la bonbonne de gaz avec détonateur dans les locaux de l'hadopi et dans ceux de TMG.
Le bazooka peut également permettre des résultats.
A quand ?
J'imagine bien le parquet faire une enquête pour 10 mp3 et 20 films.
Alors qu'un gros cons dépense 12.000 euros de cigares dans l'indifférence de la justice la plus totale.

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