On le sait, la meilleure manière de lutter contre le piratage des films n’est pas de muscler les représailles, mais de muscler l’offre légale. Or en la matière, les paramètres conflictuels sont tels qu’il est très complexe de trouver l’équilibre qui permette à tous les acteurs de l’industrie de tirer le wagon dans le même sens. Nous le disions récemment, les excellents chiffres de fréquentation des salles de cinéma, qui connaissent des records jamais constatés depuis vingt ans, incitent les exploitants à freiner des quatre fers le développement d’une offre légale de qualité en ligne. Ils ont compris que le piratage qui ne grève pas le portefeuille de leurs clients est moins dommageable pour leurs recettes que la VOD ou les abonnements à des chaînes payantes.

La solution devrait donc être d’encourager les salles de cinéma à se diversifier, pour qu’elles soient moins dépendantes de la fréquentation des films récents, et qu’elles acceptent donc de lâcher du lest sur l’offre cinématographique en ligne. Ce qu’elles essayent de faire, en programmant des retransmissions sportives sur grand écran ou encore des spectacles en 3D.

Mais le Centre National de la Cinématographique (CNC) s’y oppose. Emmanuel Berretta explique dans Le Point que le CNC travaille avec le gouvernement à un projet de décret qui devrait supprimer des subventions accordées aux exploitants qui diversifient leurs projections. « Il est indispensable de réaffirmer la spécificité de la salle de cinéma comme lieu consubstantiel à l’art cinématographique« , justifie Véronique Cayla, la directrice générale du CNC. « Il faut empêcher que les salles de cinéma qui font du « hors film » profitent indûment du système d’aide aux exploitants de salles« .

En proposant des évènements spéciaux souvent plus chers que les films, les salles font grimper mécaniquement la part du prix du billet d’entrée qui leur est automatiquement reversée sur un compte de soutien. « Le projet de décret élaboré par le CNC permettra de réserver le soutien financier aux salles obscures qui vendent des places de cinéma, et rien d’autre« , écrit Berretta.

En soi, il est logique de vouloir réserver les aides accordées aux salles de cinéma au cinéma. Mais c’est alors encourager les exploitants à décourager le développement de l’offre de films sur Internet… Difficile casse-tête, dont l’internaute pirate est actuellement le bouc émissaire.

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