Le journaliste et fondateur du site ArretSurImages.net Daniel Schneidermann est revenu ce vendredi matin sur la validation par le Conseil constitutionnel de la loi sur l’ouverture au marché des jeux d’argent en ligne. De notre côté, nous nous étions surtout préoccupés du filtrage et de la possibilité offerte à une autorité administrative d’exiger des moteurs de recherche qu’ils cessent de référencer des sites auxquelles elle n’a pas donné son homologation (payante). Différence de prisme oblige, Schneidermann s’est lui intéressé de façon très pertinente à l’impact que pourrait avoir la loi sur l’avenir de la presse.

On le sait, tous les grands groupes de médias et même certains fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free…) s’intéressent de très près au jackpot promis par l’ouverture au marché des jeux en ligne. Ils veulent eux-mêmes proposer des paris. Les grands journaux qui « voient fondre leurs recettes publicitaires du fait de la crise, et leur audience par la faute des jeux vidéos ou des réseaux sociaux, attendent la légalisation des jeux en ligne comme la pluie bienfaisante, après des années de sécheresse« , note l’observateur des médias. Alors que les formules payantes des journaux risquent surtout de faire fuir leur lectorat vers d’autres horizons gratuits, la manne des paris en ligne est vue comme un moyen de réconcilier l’information gratuite et la rentabilité économique.

Mais il y a un risque d’effet pervers qui pourrait durement toucher la crédibilité des journaux. « Le peu de confiance que le public plaçait encore en eux fondra sans doute encore. D’autant qu’un aspect a peut-être échappé à beaucoup, comme le relevait dans Le Monde un journaliste, Dominique Cordier : le média qui informera ses lecteurs et ses télespectateurs sur le sport, qui livrera des infos exclusives et des pronostics, aura aussi économiquement intérêt à leur faire perdre leurs paris« , résume Daniel Schneidermann.

En somme, celui dont le métier est d’informer aura intérêt à désinformer, s’il veut avoir les recettes suffisantes pour continuer à informer. Le joli paradoxe que voilà…

C’est vrai pour le sport, mais ça peut être vrai pour d’autres choses. « Si l’expérience est concluante, pourquoi pas demain des paris sur le résultat des élections, ou sur l’issue des procès ?« , se demande le journaliste. Bien vu.

Dans le domaine des finances, l’article L465-2 du code monétaire et financier punit de deux ans d’emprisonnement et 1,5 million d’euros d’amende le fait de « répandre dans le public des informations fausses ou trompeuses » de nature à agir sur le cours d’une entreprise côtée. Faudrait-il imaginer le même type de délit pour protéger les joueurs en ligne ? Ou faudrait-il plus fermement interdire à celui dont le métier est d’informer de tirer un profit financier des paris sur l’exactitude de ces informations ?

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