A-t-on trop vite diabolisé les DRM ? La société Ipercast, spécialiste français de la diffusion de contenus audiovisuels numériques, nous a transmis un communiqué (voir intégralement ci-dessous) qui cherche à redonner ses lettres de noblesse à la gestion des droits numériques. Partenaire stratégique de Microsoft, la société propose à ses clients de sécuriser leurs contenus à travers des DRM Windows Media, des serveurs de diffusion avec contrôle d’accès Windows Media, des systèmes de filtrage par signatures numériques (watermarking et fingerprinting), ou encore du blocage géographique qui limite l’accès aux contenus à certains territoires. Parmi ses clients figurent TF1, WAT, Kewego, Orange, SFR, Bouygues, AB, Studio Canal,…

Les DRM sont ainsi au coeur de la stratégie d’Ipercast, qui éprouve le besoin de redorer leur blason en répondant à ce qu’elle appelle des « idées reçues ». L’argument clé est bien senti : « Le peer to peer n’est qu’une technologie, qui n’est pas en soi critiquable, seul l’usage qui en est fait peut l’être. Cet argument est tout aussi valable pour les DRM« .

Mais en bon partenaire de Microsoft, Ipercast ne répond pas à la principale critique technologique adressée aux DRM. Quid de la nature propriétaire des DRM, qui empêche leur lecture notamment sur des plateformes libres et open-source, ou qui crée des incompatibilités entre les DRM gérés par Apple et ceux gérés par Microsoft ? Les promesses d’interopérabilité ont fait long feu, malgré les efforts de Sony. De même, rien sur les critiques sociétales liées aux DRM, comme le droit à la copie privée, le droit à la caricature, la possibilité de réaliser des montages, etc., etc. Dès lors qu’elle interdit ou limite la copie, la rigidité du DRM se substitue à la souplesse relative du droit d’auteur qui connaît des exceptions reconnues par la loi.

Finalement, la position d’Ipercast se résume à cette petite phrase censée montrer que la rigidité des DRM n’est liée qu’à ce que l’on veut en faire : « C’est une simple question de paramétrage« . Or c’est bien là la critique principale faite aux DRM. Tout n’est qu’affaire de paramétrage, donc de contrats imposés par les producteurs, interprétés et respectés par des logiciels créés par les clients de ces mêmes producteurs. Alors le droit d’auteur devrait être affaire de contrat social, donc de lois équilibrées votées dans l’intérêt du plus grand nombre, et interprétées par des juges plutôt que par des machines.

Le communiqué d’Ipercast :

Gestion des droits numériques : Halte au Politiquement Correct !

Aujourd’hui, il est de bon ton de dénigrer les DRM, ces fameux outils de gestion des droits numériques, responsables de tous les maux du multimédia sur le web. Il y a deux jours, la communauté du logiciel libre a même organisé une journée mondiale anti DRM, un événement largement relayé dans les médias. En face, l’industrie de la musique, et plus encore les diffuseurs de vidéos numériques, qui continuent à faire appel aux DRM, sont clairement en position d’accusés.

Qui détient la vérité ? Les DRM sont-ils définitivement à jeter aux oubliettes ? Pour éclairer le débat, il convient d’abord de terrasser un certain nombre d’idées reçues !

Idée 1 : Les DRM ne sont rien d’autre qu’un instrument qui permet aux majors de maintenir leur contrôle sur les internautes, et de préserver l’ordre ancien.

FAUX : L’image désastreuse des DRM vient du fait qu’ils sont avant tout considérés comme des verrous numériques, qui enchaînent les utilisateurs à des logiciels ou à des plates-formes particulières, en leur imposant des restrictions en termes de nombre de copies autorisées et d’interopérabilité.

Or cette notion de blocage des usages doit être vue comme une perversion, comme un détournement d’une technologie de son objectif initial. Car les DRM ne sont en effet qu’une technologie, qui a d’abord été conçue pour gérer et répartir au mieux les droits d’auteur attachés à une œuvre numérique et – accessoirement – pour protéger ces droits.

De la même manière, le peer to peer n’est qu’une technologie, qui n’est pas en soi critiquable, seul l’usage qui en est fait peut l’être. Cet argument est out aussi valable pour les DRM.

Idée 2 : Les DRM sont inefficaces pour rémunérer équitablement les acteurs de l’industrie audiovisuelle.

ENCORE FAUX : La création audiovisuelle dans le monde entier repose sur la notion de droits d’auteur, c’est un fait incontournable. Ces droits rémunèrent non seulement les créateurs, les compositeurs, mais également les producteurs et tous les autres acteurs de la filière. La technologie DRM a largement prouvé son efficacité pour gérer ces droits, dans des conditions plus simples, et surtout plus justes que toute autre méthode, comme par exemple la taxation des FAI, solution souvent invoquée. Car elle repose sur des outils de mesure très précis, qui tiennent compte non seulement du nombre de contenus achetés, mais aussi de l’usage qui en est fait.

Acteur majeur du marché de la diffusion de contenus numériques (streaming, podcasting, caching, mais aussi P2P), interlocuteur des médias comme des majors, exploitant la plus grande plate-forme de DRM en Europe, ipercast peut le confirmer en connaissance de cause.

Encore faut-il recentrer les DRM sur leur mission d’origine : la répartition la plus équitable possible des droits d’auteur.

Idée 3 : Des DRM ouverts, c’est impossible.

ENCORE PLUS FAUX : Les anti-DRM mettent en avant que les droits sont octroyés à des ordinateurs, et non à des personnes comme dans le cas de l’achat physique d’un CD ou d’un DVD dans le commerce, ce qui a pour conséquence de limiter les usages des utilisateurs.

Mais fixer des droits restreignant les usages ne va pas nécessairement de soi. Certains acteurs majeurs comme Microsoft avec la nouvelle version de sa plate-forme Playready vont déjà clairement dans cette direction, avec des droits ouverts à plusieurs membres d’une même famille. Une solution surement encore imparfaite, mais qui a le mérite d’aller dans le bon sens.

Par ailleurs, fort de son expertise dans ce domaine, ipercast travaille actuellement sur des solutions DRM visant à replacer l’utilisateur – et non son ordinateur – au coeur du processus de gestion des droits, de manière à lui assurer une plus grande liberté dans les usages.

Idée 4 : Le futur modèle économique de l’industrie multimédia numérique n’a rien à faire des DRM.

TOUJOURS FAUX : Il est tout à fait possible de paramétrer la technologie DRM pour autoriser une lecture illimitée des contenus. A titre d’exemple, ipercast a déjà opéré pour une grande chaine de télévision française, un service de VoD comprenant des DRM qui délivraient systématiquement des autorisations d’accès à un film, indépendamment de l’ordinateur sur lequel on le visionnait, sur le modèle de se qui se pratique aujourd’hui sur les plateformes en ligne de Catch-up TV. C’est une simple question de paramétrage.

Repenser les modèles économiques de l’industrie audiovisuelle sur internet, replacer l’individu au centre du débat sur la gestion des droits, parvenir à une meilleure répartition de ces droits grâce aux DRM, afin que chacun puisse profiter équitablement des fruits de son travail…

Tels sont les enjeux actuels qui permettront d’accélérer le développement de l’industrie du multimédia numérique, au plus grand bénéfice de tous ses acteurs, qu’ils soient consommateurs, créateurs, interprètes, producteurs ou diffuseurs.

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