Une association de protection de l'enfance s'oppose à la Loppsi européenne
Julien L. -
publié le Jeudi 01 Avril 2010 à 19h16 -
posté dans Société 2.0
![]() Le principe du filtrage des contenus pédo-pornographiques ne remporte guère les faveurs des associations de protection de l'enfance. Non pas qu'ils y sont favorables, mais le blocage n'est qu'un cache-misère ne permettant pas de régler le problème à la source, en fermant les serveurs incriminés et en arrêtant les responsables.
L'article 21, intitulé "Blocage de l'accès aux sites internet contenant de la pédo-pornographie", nous avait cependant interpellé. En effet, sa formulation était relativement confuse, puisqu'elle mêlait à la fois le principe de l'obligation de moyens, mais aussi l'obligation de résultat. : "les États membres prennent les mesures nécessaires pour obtenir le blocage de l'accès par les internautes sur leur territoire aux pages internet contenant ou diffusant de la pédo-pornographie". Seul problème, le texte ne s'intéresse qu'aux seules pages Internet (comprendre : les pages web), laissant de côté tous les autres protocoles de transfert et tous les autres ports (le trafic HTTP transite par défaut sur le port 80). Dès son champ d'application - et son efficacité - s'en trouve considérablement réduit. À quoi bon vouloir filtrer Internet si c'est pour omettre tout le reste des flux et des protocoles de communication ? C'est que filtrage annoncé est d'une hypocrisie sans borne, selon une association allemande spécialisée dans la lutte contre la maltraitance des enfants. Repérée par le bloggueur Bluetouff, la réaction du président de MOGIS (MissbrauchsOpfer Gegen InternetSperren) est très nette : "les États membres de l'UE sont sur le point de se voir contraints de bloquer l'accès à certains sites Web, en utilisant une liste secrète de blocage, échangée par les forces de police sans aucune participation des systèmes de justice des États membres". "Les États membres de l'Union Européenne obligeront leurs fournisseurs d'accès à manipuler la résolution de noms de domaines (DNS) pour leurs citoyens, en se fondant sur cette liste secrète de sites à bloquer. Pour mettre en oeuvre cette infrastructure, les fournisseurs d'accès à Internet doivent modifier leur infrastructure principale (le serveur de noms). Une fois que le dispositif de blocage a été mis en oeuvre, il peut être utilisé pour limiter l'accès à n'importe quel site web" a poursuivi Christian Bahls, le président de l'association. Si la "représentation d'abus sexuels sur les enfants" (selon la terminologie utilisée par MOGIS) existe bien sur le web, ce dernier n'est qu'un canal de distribution parmi d'autres. Or, la directive actuellement réfléchie à Bruxelles ne semble pas prendre en compte les technologies peer-to-peer ou encore le courrier électronique. Pour preuve, le contact allemand de INHOPE a noté que seules 449 plaintes sur 2 562 portaient sur des contenus disponibles sur le web. Moins de 18 % des plaintes, en somme. Peut-être serait-il temps que les gouvernants se demandent pourquoi les associations comme MOGIS s'opposent au filtrage bête et méchant du web. Non pas qu'il ne faille pas lutter contre ces contenus, mais le simple blocage technique ne résoudra pas le problème. Il faut agir à la source, en retirant les contenus directement sur les serveurs et en arrêtant les producteurs et les distributeurs de ce genre de contenus. Et ce n'est pas la première fois que des organisations de ce genre s'opposent à cette "solution". L'année dernière, nous avions évoqué le ralliement de quelques associations de protection de l'enfance à un collectif de lutte contre la censure sur Internet pour dénoncer le blocage des sites pédophiles que le gouvernement australien ordonne aux FAI. Pour eux, non seulement le procédé est coûteux, mais en plus elle est une porte ouverte idéale à toutes les dérives. Et comble de l'affaire, la mesure est totalement inefficace pour la protection des enfants abusés sexuellement. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Une association de protection de l'enfance s'oppose à la Loppsi européenne»
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jmorda
le 01/04/2010 à 19:59
Oui, ca me fait exacement penser à certaines grande ville où l'on déloge du centre ville les sans abris pour les conduire en périphérie... ca les cache, on ne le voit plus en centre mais ca ne leur donne pas pour autant un logement.
Il faut dire à cette association que ce n'est pas son problème ...
Et lui expliquer calmement (si possible ... moi je n'y parviendrais pas) que ce sont les gouvernements qui "testent" leurs outils de censure et de dictature des peuples. En faisant croire aux "innocents" que c'est contre les pédophiles. à la lecture de ce billet, ce que je comprend, c'est que le MOGIS n'est pas contre le principe "bête et méchant" de filtrer internet; il est contre le fait de ne filtrer que le web.
Après, il est clair que cette volonté par nos gouvernant de ne vouloir filtrer que le web indique une volonté sombre de vouloir censurer autre chose que la pédophilie, un peu comme s'ils avaient besoin de pouvoir museler la liberté d'expression quand le besoin se fait sentir. jmorda, le 01/04/2010 - 19:59
Oui, ca me fait exacement penser à certaines grande ville où l'on déloge du centre ville les sans abris pour les conduire en périphérie... ca les cache, on ne le voit plus en centre mais ca ne leur donne pas pour autant un logement. Le filtrage, c'est juste ce voiler la face, ce n'est pas ça qui va résoudre le problème! La police et la justice doivent démanteler ces réseaux. Ce n'est pas simplement/bêtement en bloquant un site web que ces mômes vont être sauvés, c'est d'une stupidité crasse que de penser qu'en bloquant un site tout va être résolu... je dirais même que c'est un délit de non-assistance à personne en danger! Je lisait hier dans metro (le journal gratuit) une pleine page sur les gendarmes chasseur de pédophiles en manque cruel de moyens financiers.
2 pages de constats, pas une seule référence à la LOPPSI et à ses millions d'euros dépensés pour un résultat prévisiblement nul alors que les vrais gens efficaces contre la pédophilie (les enquêteurs de la gendarmerie) n'ont plus les moyens de leurs missions. Preuve est faite que le gouvernement ne cherche pas à diminuer la pédophilie, mais bien à censurer ce qu'il ne lui plait pas. RilaX, le 02/04/2010 - 10:25
Je lisait hier dans metro (le journal gratuit) une pleine page sur les gendarmes chasseur de pédophiles en manque cruel de moyens financiers. 2 pages de constats, pas une seule référence à la LOPPSI et à ses millions d'euros dépensés pour un résultat prévisiblement nul alors que les vrais gens efficaces contre la pédophilie (les enquêteurs de la gendarmerie) n'ont plus les moyens de leurs missions. Preuve est faite que le gouvernement ne cherche pas à diminuer la pédophilie, mais bien à censurer ce qu'il ne lui plait pas. +1 ... C'est ça la vérité ... et rien d'autre. Et d'ailleurs, les vrais professionnels de la lutte contre la pédophilie, ils doivent être en train de suinter la joie par tous les ports, maintenant que même madame Michu ou monsieur Dupont commencent à entendre parler des VPN, grâce à tout ce foin autour des lois Hadopi et Loppsi :-/
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