Loppsi : et si le filtrage du web encourageait la pédocriminalité ?

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 29 Janvier 2010 à 18h38 - posté dans Société 2.0

Ce lundi 1er février, à une semaine de l'ouverture du débat parlementaire sur la loi Loppsi sortira aux éditions InLibroVeritas un livre choc auquel nous avons eu l'honneur de contribuer, "Confession d'un pédophile : l'impossible filtrage du web". Parallèlement, Fabrice Epelboin sort aujourd'hui une longue enquête aussi dérangeante qu'indispensable sur l'évolution du "marché de la pédophilie" ces dix dernières années. Elle montre à quel point un filtrage du web pour lutter contrer la pédopornographie est illusoire face au perfectionnement terrifiant des techniques employées par les réseaux criminels. Dans cet article, nous ajoutons un autre chapitre qui s'interroge sur la politique pénale à mener contre la pédopornographie. Peut-être, de manière contre-intuitive, est-ce le filtrage qui va au contraire multiplier les actes pédocriminels les plus redoutables. De toute l'histoire de Numerama, cet article est sans aucun doute l'article qui a été le plus difficile à écrire et à publier. C'est aussi peut-être l'un des plus essentiels, comme le livre dont le PDF sera disponible dès lundi gratuitement.

Précisons si ça n'était pas assez clair que l'article qui suit n'est pas présent dans le livre édité par InLibroVeritas, qu'il n'a pas été soumis à l'approbation de ses auteurs, et qu'il ne saurait donc refléter le contenu de l'ouvrage qui constitue une oeuvre totalement indépendante.

Pour être acceptable, une politique pénale se doit d'être à la fois juste et efficace. Or non seulement le blocage des contenus pédopornographiques prévu par la loi LOPPSI sera très certainement inapte à empêcher les pédophiles d'accéder aux réseaux habituels, mais de surcroît le principe-même du blocage risque d'être totalement contre-productif.

Voici l'extrait d'un courrier électronique que nous avions reçu un jour, alors que nous venions par négligence d'assimiler pédophilie et pédocriminalité dans un article consacré à un projet de blocage des sites Internet, abandonné depuis en Allemagne. Nous avons conscience que ce témoignage et le dialogue qui suit peuvent choquer et déranger, mais il nous paraît essentiel de l'affronter. Il faut s'interroger sans lâcheté ni pudeur paralysante sur l'efficacité du dispositif de filtrage par rapport à l'objectif de la loi tel qu'annoncé par Michèle Alliot-Marie lorsqu'elle était ministre de l'intérieur, " protéger les enfants et leurs familles contre les pédophiles " :

Bonjour,
Dans ce message, je vais me faire un peu l'avocat du diable et j'en suis désolé. Vous parlez de "chasse au pédophile" : cette expression, bien qu'imagée évidemment, engendre souvent une grande souffrance, comme beaucoup d'autres, dans une classe un peu particulière de la population.
Les pédophiles, ce sont les adultes attirés sexuellement par les enfants. Mais de même que les hommes peuvent être attirés par les femmes sans les violer, les pédophiles, si ils ne peuvent pas "passer à l'acte" sans causer une souffrance terrible à leur victime, peuvent "simplement" se passer totalement de passage à l'acte et simplement vivre une existence normale, sans blesser personne.
Vous êtes journaliste, aussi vais-je invoquer la protection des sources avant de vous confier, de manière donc confidentielle, les informations suivantes.
Je suis moi-même, et pour des raisons que je connais, attiré par les jeunes adolescents. Je sais parfaitement la souffrance terrible que cela provoquerait chez eux si je venais à céder à mes envies, et c'est pourquoi (avec l'aide précieuse des psychologues de l'association "l'ange bleu" ) je retiens simplement mes pulsions, et vis par ailleurs une existence parfaitement normale. Je ne regarde pas de contenus pédophiles sur internet, je ne fais rien aux enfants... Bref, ce sont juste des idées qui sont présentes et que je refuse.
Mais dans de trop nombreux articles (et dans les commentaires qui les accompagnent, bien trop souvent) on retrouve la même erreur : on parle de "chasse aux pédophiles" alors que la plupart des pédophiles sont comme moi : ils refusent simplement le passage à l'acte. C'est une minorité de passage à l'acte, toujours dramatique bien sûr, mais une minorité.

A la réception de ce courrier, nous avons entamé une discussion avec ce pédophile pour mieux comprendre un monde qui nous était jusqu'ici totalement inconnu. L'anonymat souvent décrié sur Internet a ceci de particulier qu'il permet d'ouvrir des dialogues francs, où la honte et le préjugé font place à la confession et à l'écoute. Nous avons voulu savoir comment lui pouvait résister et ne pas " passer à l'acte ", comme il le dit, alors qu'il ne " regarde pas de contenus pédophiles sur Internet ". Et c'est bien là pour lui toute la différence entre pédophilie et pédocriminalité :

Pour générer un contenu pédopornographique, il faut faire souffrir un enfant, ce qui fait une vie de gâchée, hélàs. Par contre, et sans faire souffrir qui que ce soit, il existe le principe japonais du "lolicon" qui désigne des hentais mettant en scène des enfants (des jeunes filles, en général). Ce ne sont que des dessins, cela ne fait de mal à personne, mais c'est malheureusement interdit en France (alors d'ailleurs qu'un grand nombre de bandes dessinées pornographiques datant d'une trentaine d'années mettent en scène des enfants).

J'avoue en regarder parfois : cela fournit un exutoire aux pulsions, qui ne fait de mal à personne, ne détruit pas de vies. Juste des dessins.

Ainsi donc, ce pédophile auto-désigné ne regarde pas d'enfants réels photographiés ou filmés, mais des enfants imaginaires dessinés. Pour la plupart d'entre-nous, le fait d'observer avec excitation des enfants nus, quand bien même seraient-ils simplement dessinés, reste insupportable sur le plan des valeurs et des principes. L'idée-même de l'imaginer nous terrifie. Surtout nous craignons, légitimemement, que le dessin ne soit qu'une étape, une rampe de lancement vers l'acquisition de contenus pédopornographiques produits par le viol d'enfants bien réels.

C'est d'ailleurs l'avis du législateur en France. Les " lolicons " évoqués par notre témoin sont effectivement condamnés au même titre que la pédopornographie traditionnelle. L'article 227-23 du code pénal punie en effet " le fait de diffuser, de fixer, d'enregistrer ou de transmettre l'image ou la représentation d'un mineur, lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique ". Il suffit donc de représenter un mineur, même de manière totalement fictive, pour tomber sous le coup de la loi. Si l'on pouvait avoir un doute sur le fait que la loi vise également les représentations d'enfants totalement imaginaires, et non pas seulement les dessins réalisés à partir de modèles existants, la jurisprudence est venu l'effacer. En 2007, la cour de cassation a jugé que la loi visait aussi les " images non réelles représentant un mineur imaginaire ". La morale est sauve.

Mais cette appréciation n'est pas universelle. Au Japon, depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'aux années 1980, toute représentation de nudité, de poils pubiens et d'organes génitaux était parfaitement interdite. Aucun acte sexuel ne pouvait être reproduit graphiquement. Puis au tournant des années 1990, la jurisprudence japonaise a considérablement libéralisé la pornographie. Pour être pénalement réprimée au Japon, la pornographie doit être jugée " obscène ". Or les juges ont été de plus en plus réticents à trouver certains types de contenus obscènes, et ils ont notamment toléré les représentations fictives d'enfants totalement imaginaires, même dans des mises en scènes sexuelles. Des contenus classés comme " lolicon " sont depuis distribués librement par une industrie ayant pignon sur rue.

Or une étude menée par l'Université d'Hawai en 1992 s'est intéressée à la corrélation entre le développement de la pornographie notamment juvénile au Japon et l'évolution des données relatives aux crimes et délits sexuels. " Il est très clair d'après nos données et nos analyses qu'une croissance massive de la disponibilité de la pornographie au Japon a été corrélée à une baisse très importante des crimes sexuels ", concluaient les chercheurs, qui s'étonnaient eux-mêmes de leur découverte :

Notre hypotèse était que l'augmentation de la pornographie, sans restrictions d'âge et dans les bandes dessinées, si elle avait le moindre effet négatif, influencerait le plus négativement les individus les plus jeunes. C'est l'exact contraire qui s'est produit. Le nombre de délinquants sexuels juvéniles a énormément diminué à chaque période étudiée pour passer de 1 803 aggresseurs en 1972 à 264 en 1995 ; une diminution d'environ 85%. Le nombre de victimes diminue également particulièrement chez les jeunes de moins de treize ans. En 1972, 8,3% des victimes avaient moins de 13 ans. En 1995 le pourcentage des victimes de moins de 13 ans était descendu à 4,0%.

Notre propos n'est surtout pas d'en conclure qu'il faut légaliser le lolicon en France, même s'il peut être salutaire d'ouvrir le débat. La meilleure manière de combattre les réseaux pédocriminels est peut-être en effet de laisser prospérer la pédopornographie virtuelle, qui ne fait pas de victime. Ou peut-être pas. Notre avis sur la question n'est pas tranché. Il s'agit là d'un lourd débat, beaucoup plus difficile et considérablement moins consensuel que le blocage illusoire de sites Internet que n'utilisent pas les réseaux pédocriminels. L'absence de courage politique fait vite choisir entre une controverse sur le filtrage des contenus pédophiles et une controverse sur la libéralisation de la pédopornographie virtuelle.

En revanche, l'enseignement à tirer de l'exemple japonais, c'est que ça ne sont pas les gouvernements successifs qui ont modifié la loi sur la pornographie pour influer sur la délinquance sexuelle. Ce sont les tribunaux qui localement, de par leur sensibilité et leur expérience auprès des prévenus et des victimes, ont souhaité faire évoluer l'interprétation de la loi dans un sens qui leur semblait préférable pour une politique pénale plus efficace. Non seulement les juges japonais en ont eu le souhait, mais ils en ont surtout eu la capacité.

Or le projet de loi LOPPSI initial prévoyait de retirer ce pouvoir d'appréciation aux juges en France, et de le confier uniquement à l'administration, donc à l'Etat et au gouvernement. Lequel préferera toujours donner l'impression d'en faire trop que pas assez contre la pédopornographie. On ne peut donc que se féliciter que les députés de la commission des lois aient à l'unanimité exigé le retour du juge dans le processus. Et espérer que cette sagesse soit maintenue en séance plénière la semaine prochaine.

Publié par Guillaume Champeau, le 29 Janvier 2010 à 18h38
 
 
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Commentaires à propos de «Loppsi : et si le filtrage du web encourageait la pédocriminalité ?»
 

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4zerty, le 03/02/2010 - 09:31
et ça ne lui pose absolument pas de problèmes.
des "minettes" et des "minets" de 12 ans ! :shifty:

Donc ce qui gêne, c'est que ça te pose problème à toi. Tu t'en fiches éperdument de ce que peut bien ressentir un ado de 12 ans. Du moment que ta morale est sauve...
boeotia, le 05/02/2010 - 02:03
4zerty, le 03/02/2010 - 09:31
et ça ne lui pose absolument pas de problèmes.
des "minettes" et des "minets" de 12 ans ! :shifty:

Donc ce qui gêne, c'est que ça te pose problème à toi. Tu t'en fiches éperdument de ce que peut bien ressentir un ado de 12 ans. Du moment que ta morale est sauve...

Inscrit : Aujourd'hui, 01:49
Messages : 1 (1 par jour)

vraiment minable de pourrir le fil volontairement avec un avatar pédo
tu te caches en fait et c'est ça qui est risible, bien plus que ton humour de trolleur :rire:
Donc ce qui gêne, c'est que ça te pose problème à toi. Tu t'en fiches éperdument de ce que peut bien ressentir un ado de 12 ans. Du moment que ta morale est sauve...

Un gros Troll bien baveux vient d'être détecté ! Image IPB

Au passage, je trouve ton avatar d'un goût très douteux... On n'est pas sur 4chan ici ! Image IPB
4zerty, le 04/02/2010 - 13:56
ma question était : "tes connaissances (qui ne sont pas toi) et qui couchent avec des enfants de 12 ans, tu cautionnes toujours ? rien ne te paraît dangereux pour les enfants ? tu ne vois pas la nocivité d'une telle relation à leur âge ?"

Dans un cas non nocif, c'est en intervenant que tu crées le problème.
Ton article de loi te dit de n'intervenir que si quelqu'un est en péril. Si c'est toi qui crées le problème, en quoi est-ce mieux ?

Prozac, le 04/02/2010 - 04:48
ça a l'air simple oui :
"90 % des cas d’infractions sexuelles faites sur les enfants ne sont pas déclarées aux autorités."
"de 42,5% à 50% des personnes n’avaient jamais parlé des violences subies avant d’être interrogées."
source: http://aivi.org/fr/v...
lis un peu, il y a d'autres chiffres intéressants sur cette page.

Tu aimes les chiffres ?
« Une femme violée toutes les deux heures » : http://www.sosfemmes...ol_chiffres.htm

Est-ce qu'on interdit pour autant les relations hétérosexuelles ?

Prozac, le 04/02/2010 - 04:48
la majorité car bien souvent la victime ne trouve le courage d'en parler que des années après les faits, il est à ce moment là presque impossible de prouver quoi que ce soit. tu peux aussi comparer ça au nombre de plaintes qui aboutissent à une condamnation de l'agresseur, pour la même raison il est forcément très faible.
super facile et dans la minute tu disais ?

Ce n'est pas plus facile pour une femme violée d'en parler.

Prozac, le 04/02/2010 - 04:48
Espagne (...) Allemagne (...) Pays-Bas (...) Canada (...) Belgique
Tout ça pour dire que la loi n'est pas une référence absolue et immuable qui s'auto-justifierait par sa seule existence.
pourtant tu justifies une baisse de la majorité sexuelle en france par des lois différentes dans d'autres pays, alors un coup t'es contre parce que c'est juste des lois, mais tu argumentes par d'autres lois... ça dépend donc du sens du vent ?

Je ne vais pas reprendre tous les posts précédents mais je crois que tu avais dit (ou un autre peu importe) « c'est mal parce que c'est interdit »

A l'époque où l'homosexualité était interdite, si on avait dit (et c'était sûrement le cas) « c'est mal parce que c'est interdit » ?

Prozac, le 04/02/2010 - 04:48
tu as aussi cité il y a quelques posts certains cas très célèbres d'enfant de 13 ans vivant une relation désirée par eux avec un adulte.
pourquoi sont-ils si célèbres ?
peut-être simplement parce qu'ils sont rares, très rares.
maintenant si tu as des sources qui prouvent le contraire libre à toi de les poster.

Ce n'est pas parce qu'on en entend rarement que c'est rare. Effectivement c'est plus rare parce que c'est très risqué juridiquement.
va te coucher le troll
Je suis assez consterné par l'intérêt que déclenche ce post

On est dans le fait divers là.....qu'exploite sarkozy pour fourguer sa merde.....
La pédophilie on en voit plus dans les églises que sur le web au passage
Pourquoi ne pas organiser le débat dans une église ce dimanche matin par exemple ?
djjeffouille, le 05/02/2010 - 20:16
Je suis assez consterné par l'intérêt que déclenche ce post

On est dans le fait divers là.....qu'exploite sarkozy pour fourguer sa merde.....
La pédophilie on en voit plus dans les églises que sur le web au passage
Pourquoi ne pas organiser le débat dans une église ce dimanche matin par exemple ?

ce n'est plus un débat là, c'est un troll puant
4zerty, le 05/02/2010 - 20:24
djjeffouille, le 05/02/2010 - 20:16
Je suis assez consterné par l'intérêt que déclenche ce post

On est dans le fait divers là.....qu'exploite sarkozy pour fourguer sa merde.....
La pédophilie on en voit plus dans les églises que sur le web au passage
Pourquoi ne pas organiser le débat dans une église ce dimanche matin par exemple ?

ce n'est plus un débat là, c'est un troll puant

Probablement un curé :)
Fermons avant que cela dérive de manière dangereuse... :shifty2:

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