Pierre Sarkozy et le soupçon d'abus de confiance de la SCPP

Guillaume Champeau - publié le Lundi 09 Novembre 2009 à 14h09 - posté dans Société 2.0

L'Elysée est intervenue directement auprès de la SCPP, une société de gestion collective des maisons de disques, pour demander des explications au refus d'une aide à la création demandée par le label de Pierre Sarkozy, le fils de Nicolas et le frère de Jean. Selon Le Monde et Electron Libre, la SCPP aurait refusé l'aide au motif que le label n'était pas membre de sa société. Ce qui, selon notre analyse, constituerait alors probablement un abus de confiance, si la SCPP monnaye ses aides contre une adhésion.

La presse commence à faire ses chous gras d'une nouvelle affaire de népotisme supposé, cette fois au service de Pierre Sarkozy (ci-dessous avec Timbaland), le fils producteur de musique du Président de la République. C'est d'abord Electron Libre qui a révélé que L'Elysée a demandé à la Société Civile des Producteurs de Phonogrammes (SCPP) des explications sur le refus d'une aide à la création demandée par le fils Sarkozy, pour monter un projet musical de 80.000 euros. Rue89, l'AFP et Le Monde s'en sont mêlés, demandant des précisions à tous les acteurs. 

Du côté de l'Elysée, on assure que c'est une procédure classique, totalement déintéressée. "Je suis sollicité en permanence par des producteurs à qui on a refusé une subvention et je demande systématiquement les raisons du refus", se défend un conseiller de l'Elysée.

Du côté de la SCPP, son directeur général Marc Guez explique en revanche que la SCPP n'a "pas attribué d'aide à la société dont Pierre Sarkozy est actionnaire pour des raisons de manque de budget".

Mais Electron Libre a une autre explication : "un non membre est systématiquement retoqué, sans même chercher à savoir qu’elle est l’identité du demandeur". Or Minds Corporation, la société dont Pierre Sarkozy est associé, n'est pas membre de la SCPP, l'une des deux sociétés de gestion collective des producteurs de disques en France. Le problème devrait donc se régler lors de la prochaine réunion de la commission d'aide à la création, programmée le 26 novembre prochain. 

En effet selon Le Monde, la SCPP aurait "recommandé" à Minds Corporation d'adhérer, ce qui devrait "vraisemblablement" lui permettre de recevoir une aide. Il faut peser le poids des mots.

Abus de confiance de la part de la SCPP ?

Car si la règle d'adhésion préalable à la SCPP est tacite, c'est qu'elle serait illégale si elle était avérée. Le fonds d'aide à la création administré en partie par la SCPP est en effet alimenté par un quart de la rémunération pour copie privée payée sur les supports vierges, et par les sommes dites "irrépartissables" constituées par les droits qui n'ont pas pu être répartis, le plus souvent parce que leurs bénéficiaires ne sont pas trouvés.

C'est l'article L321-9 du code de la propriété intellectuelle qui le prévoit, et qui impose aux sociétés de gestion d'utiliser les sommes ainsi rassemblées "à des actions d'aide à la création, à la diffusion du spectacle vivant et à des actions de formation des artistes". Sans discrimination d'adhésion, puisqu'il s'agit d'une sorte de délégation de mission de service public, dont la SCPP et la SPPF partagent le monopole chez les producteurs. Les sociétés de gestion qui octroient les aides à la création au titre de l'article L321-9 n'ont absolument pas le droit d'exiger des bénéficiaires des aides qu'ils soient adhérents à leurs sociétés.

Cette règle tacite et illégale poserait par exemple un problème aux producteurs de musique libre, qui ne pourraient bénéficier des aides issues de la rémunération pour copie privée (environ 20 millions d'euros pour la musique en 2008). Soit ils sont refoulés en raison de la règle tacite, soit leur adhésion à la SCPP emporte la signature d'un mandat statutaire qui semble incompatible avec la philosophie et le droit des licences libres, puisqu'il donne à la SCPP le pouvoir "d'autoriser ou interdire et de percevoir les rémunérations pour les utilisations de phonogrammes du commerce ou de vidéomusiques tirées de phonogrammes du commerce, telles qu’elles auront été déterminées en Assemblée Générale".

Par ailleurs, l'adhésion à la SCPP doit s'accompagner du versement de 150 euros pour l'acquisition d'une part sociale de la société civile.

On peut donc s'interroger sur la qualification juridique d'une telle contrepartie, si elle existe vraiment. Comment qualifier l'activité de celui à qui l'Etat a confié le soin de gérer des aides à la création, et qui use de cette délégation pour obtenir des adhésions pour ses intérêts personnels ?

L'article 314-1 du code pénal prévoit que l' "abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé".

Espérons donc pour la SCPP que la règle soit non seulement "tacite", mais en plus une fausse rumeur rapportée à tort par Electron Libre et par Le Monde. Car le délit d'abus de confiance est passible de 3 ans de prison et 375.000 euros d'amende. Une peine plus forte que pour la contrefaçon.

 
 
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Commentaires à propos de Pierre Sarkozy et le soupçon d'abus de confiance de la SCPP
 

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soma78
Le 09 Novembre 2009 à 14h37
Ahh la culture en France, quel joli paysage de magouilles.....
Plug
Le 09 Novembre 2009 à 14h38
toutes ces magouilles... ce gouvernement me donne la nausée
Silver974
Le 09 Novembre 2009 à 14h45
Plug, le 09/11/2009 - 14:38
toutes ces magouilles... ce gouvernement me donne la nausée

A fouiller dans les poubelles, on finit toujours par trouver des oordures ... :)
Koguma
Le 09 Novembre 2009 à 14h53
Je comprend mieux pourquoi sa majesté Sarkozy premier tenait temps à aller "jusqu'au bout", on voit qu'en fait c'est les artistes de la magouille qu'ils protègent.

Le fonds d'aide à la création administré en partie par la SCPP est en effet alimenté par un quart de la rémunération pour copie privée payée sur les supports vierges, et par les sommes dites "irrépartissables" constituées par les droits qui n'ont pas pu être répartis, le plus souvent parce que leurs bénéficiaires ne sont pas trouvés.


Ah c'est dommage ça on a des sous mais on sait pas à qui les donner donc on les garde....genre
alain57
Le 09 Novembre 2009 à 15h01
maintenant qu'il est allé jusqu'au bout .... son fils se rend compte des problemes qu'il y a
qaruk.zurack
Le 09 Novembre 2009 à 15h02
@Numerama :
L'article a beau être complet, au final on a du mal à comprendre le message qui dit qui a tort, qui est victime, qui est coupable (supposemment, n'est-ce pas, la présomption d'innocence c'est bien de la défendre, mais alors faut être impartial dans ce cas, exemple :

Du côté de l'Elysée, on assure que c'est une procédure classique, totalement déintéressée. "Je suis sollicité en permanence par des producteurs à qui on a refusé une subvention et je demande systématiquement les raisons du refus", se défend un conseiller de l'Elysée. C'est cela.


Le petit c'est ça, ouais, on te croit n'est pas du niveau habituel de Numérama, ni même digne d'une quelconque prétention journalistique.
Attaquer ses ennemis doit savoir se faire avec classe.)
MattCoalman
Le 09 Novembre 2009 à 15h05
Numerama], le 01/01/1970 - 01:00
Selon Le Monde et Electron Libre, la SCPP aurait refusé l'aide au motif que le label n'était pas membre de sa société, ce qui selon notre analyse constituerait alors probablement un abus de confiance.

Je comprends pas, qu'est ce qui constitue un abus de confiance selon Numerama ? le fait qu'ils aient refusé d'accorder leur aide ?
Kad Redal
Le 09 Novembre 2009 à 15h05
qaruk.zurack > soit, tu as raison, je retire ces mots.
Yap
Le 09 Novembre 2009 à 15h07
Mouaif. J'aurais bien mis une autre tournure que "c'est cela". Mais j'adhère par contre à l'intention :)
Yap
Le 09 Novembre 2009 à 15h07
Bah non Kad, n'enlève pas, trouve autre chose genre "nous vérifierions volontiers que c'est bien le cas..."
Kad Redal
Le 09 Novembre 2009 à 15h08
MattCoalman, le 09/11/2009 - 15:05
Je comprends pas, qu'est ce qui constitue un abus de confiance selon Numerama ? le fait qu'ils aient refusé d'accorder leur aide ?
Non, le fait (si c'est avéré) qu'ils monnayent cette aide contre une adhésion.
Jor-El
Le 09 Novembre 2009 à 15h22
a quand les fast-food Sarkozy, avec le Big N, Chickenzy, Cheeseburgy ect....
Oazar
Le 09 Novembre 2009 à 15h24
Kad, le 09/11/2009 - 15:05
qaruk.zurack > soit, tu as raison, je retire ces mots.


Disons que des points de suspension aurait suffit ;-)
pleindeuss
Le 09 Novembre 2009 à 15h37
MattCoalman, le 09/11/2009 - 15:05
Je comprends pas, qu'est ce qui constitue un abus de confiance selon Numerama ? le fait qu'ils aient refusé d'accorder leur aide ?
Non, le fait (si c'est avéré) qu'ils monnayent cette aide contre une adhésion.


c'est assez génial comme les magouilleurs et autres escrocs de notre ploutocratie finissent par s'autodécouvrir juridiquement les uns les autres et se mettre en défaut vis à vis du public...

seulement voilà, après que se passera t'il ? bah rien... pourquoi ? parceque la corruption est telle parmi les responsables de notre pays qu'elle en devient législative...

mm avec la bande d'abrutis qu'on a au pouvoir actuellement et qui sont capables de voter des lois contre leur camp, rien ne peut changer, car le peuple est complètement désarmé.
qaruk.zurack
Le 09 Novembre 2009 à 15h40
Kad, le 09/11/2009 - 15:08
MattCoalman, le 09/11/2009 - 15:05
Je comprends pas, qu'est ce qui constitue un abus de confiance selon Numerama ? le fait qu'ils aient refusé d'accorder leur aide ?
Non, le fait (si c'est avéré) qu'ils monnayent cette aide contre une adhésion.


Mais au final, de quoi accuse-t-on le cadet Sarko ? J'avoue : je bite rien (ou alors j'ai la grippe A, :D )
Kad Redal
Le 09 Novembre 2009 à 15h41
qaruk.zurack, le 09/11/2009 - 15:40
Mais au final, de quoi accuse-t-on le cadet Sarko ? J'avoue : je bite rien (ou alors j'ai la grippe A, :D )
De rien du tout, lol, c'est pas parce qu'il porte le nom de son père qu'il a forcément quelque chose à se reprocher ;) A moins qu'il a demandé à l'Elysée de faire pression sur la SCPP, ce qui serait moralement répréhensible mais pas juridiquement.
Oazar
Le 09 Novembre 2009 à 15h42
qaruk.zurack, le 09/11/2009 - 15:40
Kad, le 09/11/2009 - 15:08
MattCoalman, le 09/11/2009 - 15:05
Je comprends pas, qu'est ce qui constitue un abus de confiance selon Numerama ? le fait qu'ils aient refusé d'accorder leur aide ?
Non, le fait (si c'est avéré) qu'ils monnayent cette aide contre une adhésion.


Mais au final, de quoi accuse-t-on le cadet Sarko ? J'avoue : je bite rien (ou alors j'ai la grippe A, :D )


Le gamin ? De rien. Par contre Numérama se demande pour l'Élysée a demandé des explications. J'imagine aisément que le ministre ne demande pas pourquoi à chaque refus...
Zergy
Le 09 Novembre 2009 à 15h43
Jor-El, le 09/11/2009 - 15:22
a quand les fast-food Sarkozy, avec le Big N, Chickenzy, Cheeseburgy ect....

Avec une Patek Philippe Rolex en cadeau dans chaque menu enfant ? Image IPB
Faisons attention à ne crier au loup que si nécessaire, comme pour le coup de l'EPAD, pour ne pas trop user la corde. :)
enter
Le 09 Novembre 2009 à 16h00
>>>"Disons que des points de suspension aurait suffit ;-) "

Disons que si effectivement on peut douter de l'affirmation du conseiller de l'Elysée, il a peut être souvent des demandes qui lui parviennent tous les jours. Il a ajouté "Mais comme c'était Pierre Sarkozy, j'ai pris deux précautions : j'ai mentionné par oral et écrit que l'Elysée ne demandait aucun traitement de faveur et je n'ai pas cité le nom de Pierre Sarkozy".

Il suffira de ressortir les courriers ...

D'un autre côté, si c'est juste demander des explications, ce n'est pas du népotisme. Si par contre, il y a une menace ou une demande de passe droit (explicite ou implicite), là c'est du népotisme.

Pour l'instant, tout cela est un peu léger.
MattCoalman
Le 09 Novembre 2009 à 16h02
Kad, le 09/11/2009 - 15:41
qaruk.zurack, le 09/11/2009 - 15:40
Mais au final, de quoi accuse-t-on le cadet Sarko ? J'avoue : je bite rien (ou alors j'ai la grippe A, :D )
De rien du tout, lol, c'est pas parce qu'il porte le nom de son père qu'il a forcément quelque chose à se reprocher ;) A moins qu'il a demandé à l'Elysée de faire pression sur la SCPP, ce qui serait moralement répréhensible mais pas juridiquement.

Je dirai surtout que ce n'est pas parceque le nom Sarkozy est dans un titre de Numerama, que c'est forcement pour lui taper dessus... comme quoi, tout arrive :)
En tout cas, cela a complétement altéré ma capacité a comprendre l'article, et je pense que qaruk.zurack est dans le même cas que moi ! ;)

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