Depuis ce mardi, les jeunes de 18 à 24 ans peuvent s'abonner gratuitement pendant un an à un quotidien de leur choix... parmi une offre d'une soixantaine de titres papier. Une mesure anachronique qui cache mal une subvention déguisée à la presse écrite traditionnelle.

Frédéric Mitterrand a donné ce mardi le coup d’envoi de l’opération « Mon Journal Offert », qui matérialise une annonce faite par Nicolas Sarkozy à l’issue des Etats généraux de la presse en janvier dernier. Les jeunes de 18 à 24 ans pourront s’abonner gratuitement pendant un an à un quotidien, pour ne recevoir en fait qu’un seul exemplaire du journal par semaine. « Une année entière d’abonnement pour laisser le temps de s’installer à l’habitude de lecture« , a expliqué le ministre de la Culture.

La mesure est bien entendue soutenue financièrement par l’Etat. Dans le cadre des missions du fonds de modernisation de la presse (FDM), dont nous avions déjà commenté l’étrange opacité des critères d’attribution des aides, 15 millions d’euros sont consentis sur trois ans au soutien de l’abonnement gratuit.

En soi, l’idée de pousser les jeunes à lire la presse quotidienne paraît être une bonne chose. Comme l’a décrit Frédéric Mitterrand, il s’agit d’un « défi démocratique, citoyen et éducatif« . La démocratie n’est réelle que si les citoyens sont éclairés, et donc informés. Mais l’opération a un goût d’anachronisme. Une soixantaine de titres de la presse quotidienne nationale, régionale et départementale sont associés à l’opération, mais uniquement dans leur version papier. Les Echos ou La Tribune, par exemple, qui proposent des abonnements payants à leur version électronique, ne sont associés que pour leur version papier. Un site de presse quotidienne payant comme Mediapart n’est pas non plus associé. Une allergie à l’écran ou une passion pour le papier recyclé ?

Les jeunes sont incités à lire la bonne vieille papier une fois par semaine, avec ses informations défraîchies, alors qu’ils lisent le reste de la semaine l’actualité en temps réel via Twitter, les blogs et les sites de presse gratuits qu’ils consultent volontiers.

Pour justifier la mesure, le ministère de la Culture cite l’étude décennale sur les pratiques culturelles des Français, dont les résutalts de 2008 montrent que seulement 10 % des Français de 15 à 24 ans déclarent lire un quotidien, contre 20 % en 1997. Mais il oublie fort opportunément de citer des résultats de la même enquête (.pdf), qui montrent que 48 % des 20 à 24 ans lisent des journaux ou des magazines sur Internet, comme 28 % des 15 à 19 ans. Par ailleurs, ils sont 79 % chez les 15-19 ans à lire des blogs, et 63 % chez les 20-24 ans.

L’opération Mon Journal Offert n’est pas une mesure pensée pour faire lire la presse aux jeunes, qui n’ont probablement jamais été aussi bien informés que depuis qu’ils ont tous internet dans leur chambre, mais une mesure déguisée pour subventionner une presse écrite vieillissante déjà perfusée à doses d’aides diverses et variées. Une aide directe de 15 millions d’euros aurait été bannie par Bruxelles.

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