Hadopi 2 : "les autorités judiciaires apprécieront au cas par cas"

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 22 Octobre 2009 à 17h57 - posté dans Société 2.0

C'est une décision très avare d'explications qu'a livré le Conseil constitutionnel, pour valider l'ensemble du projet de loi Hadopi 2 à l'exception d'une seule disposition accessoire, qui demandera une légère réécriture. La décision confie au juge de lourdes responsabilités, et laisse au Conseil d'Etat le soin de se prononcer sur la définition qui sera donnée par décret de la "néglicence caractérisée" de l'abonné.

Etait-ce l'absence de Jacques Chirac à la réunion de délibéré, qui alimente déjà les plus folles rumeurs ? Toujours est-il que la décision du Conseil constitutionnel relative à la loi Hadopi 2, mise à côté de la décision relative à la loi Hadopi 1, donne l'impression de ne pas avoir été écrite de la même main et dans la même veine. Alors que la décision sur le premier texte de Christine Albanel était très argumentée, avec de grands principes portés en nouvelle jurisprudence constitutionnelle, la décision sur Hadopi 2 laisse songeur. L'absence presque totale d'argumentation interdit toute contestation... mais surtout toute compréhension.

Bonne chance aux constitutionnalistes qui devront interpréter la décision et en dégager la doctrine des sages.

Ainsi, pour le Conseil constitutionnel, les dispositions de l'article 1er qui donne aux agents de l'Hadopi le pouvoir de dresser des procès verbaux ne sont "ni obscures ni ambigües" comme le soutenaient les requérants, ce qui donc ne méconnaît pas "l'objectif constitutionnel d'intelligibilité et d'accessibilité de la loi".

Sur le recours à l'ordonnance pénale, le juge constitutionnel dit que "l'extension du champ d'application de cette procédure aux délits de contrefaçon commis au moyen d'un service de communication au public en ligne et la possibilité qu'une peine de suspension de l'accès à un tel service soit prononcée par ordonnance pénale ne méconnaissent pas (le) principe" d'égalité devant la justice.

"En prévoyant que ces délits seraient jugés par le tribunal correctionnel composé d'un seul magistrat du siège ou pourraient être poursuivis selon la procédure simplifiée, le législateur a entendu prendre en compte l'ampleur des contrefaçons commises au moyen de ces services de communication", indique le Conseil constitutionnel. Quid des arguments selon lesquels l'ordonnance pénale n'avait été acceptée par le Conseil constitutionnel que pour les infractions dont la démonstation ne fait presque aucun doute, comme les excès de vitesse ? Les sages ne répondent pas.

De même, sur la question du délit de "négligence caractérisée" créé par la loi Hadopi 2, que les députés de l'opposition jugeaient trop flou pour être conforme au principe de légalité des délits et des peines (il faut que la loi soit suffisamment précise pour que le citoyen puisse savoir s'il est en infraction), le Conseil est brut. Cette notion de "" négligence caractérisée " mentionnée à l'article L. 335-7-1 du code de la propriété intellectuelle ne revêt pas un caractère équivoque", et "est suffisamment précise pour garantir contre le risque d'arbitraire".

Car en réalité, dans une décision qui se contente du service minimum, les sages bottent en touche. Par deux fois. Tout d'abord, sur la question de la présomption d'innocence et de la difficulté d'utiliser les relevés d'adresses IP comme seules preuves, "les autorités judiciaires compétentes apprécieront au cas par cas, comme il leur appartient de le faire, si un supplément d'enquête ou d'instruction est nécessaire ou si les éléments de preuve rassemblés par les fonctionnaires et agents chargés de fonctions de police judiciaire suffisent à établir la culpabilité de la personne mise en cause et permettent, le cas échéant, la détermination de la peine". Le Conseil constitutionnel valide ainsi le lourd fardeau mis sur les épaules des juges.

Par ailleurs, sur la définition de la "négligence caractérisée" constitutive d'un délit, le Conseil constitutionnel renvoie la patate chaude au Conseil d'Etat. En effet, "il appartient au pouvoir réglementaire, dans l'exercice de la compétence qu'il tient de l'article 37 de la Constitution, et sous le contrôle des juridictions compétentes, d'en définir les éléments constitutifs". C'est donc un décret, comme l'a prévu le gouvernement, qui devra définir l'infraction avec précision. A charge pour les députés de l'opposition, comme ils l'ont aussi prévu, de saisir le Conseil d'Etat.

La seule disposition censurée par le Conseil constitutionnel concerne l'octroi de dommages et intérêts par le juge dans le cadre d'une ordonnance pénale. Et encore, il le condamne pas le principe sur le fond, mais demande un meilleur encadrement par la loi. "Cette disposition ne fixe pas les formes selon lesquelles cette demande peut être présentée", regrette ainsi le Conseil. "Elle ne précise pas les effets de l'éventuelle opposition de la victime", et "ne garantit pas le droit du prévenu de limiter son opposition aux seules dispositions civiles de l'ordonnance pénale ou à ses seules dispositions pénales". Quelques broutilles qui seront rapidement corrigées par le législateur.

Publié par Guillaume Champeau, le 22 Octobre 2009 à 17h57
 
 
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Commentaires à propos de «Hadopi 2 : "les autorités judiciaires apprécieront au cas par cas"»
 

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Il ne reste plus qu'à rentrer en resistance, cela est un devoir en plus quand nous le peuple sommes oprimés par le pouvoir en place.
La vielle propagande Numerama qui tente de protéger son fond de commerce comme il peut...
Enter, tu dis quelque fois des bon trucs, mais là pour les "preuves bétons" vraiment... Il n'y a absolument rien d'autre que l'adresse ip (et l'heure bien sûr) qui pourra être utilisé, parcequ'il n'y a rien d'autre, purement et simplement, si tu crois qu'il y a autre chose, c'est que tu ne sais pas de quoi tu parle et tu ferais mieux de ne rien dire.
Et ça sera au juge de juger si la personne a fait ce qu'il fallait pour sécuriser sa connection, et ce sur quelles preuves ? Impossible de prouver que toutes les machines connecté avait ou non certains logiciels installé au moment des faits (qui peuvent dater de quelques mois) ou quel type d'encryption wifi était utilisé. C'est du grand n'importe quoi.
eMule a ajouté une petite fonction : "utiliser le cryptage"... Au revoir Hadopi !
Darksol, le 22/10/2009 - 20:12
Question
Y ail un quelconque moyen de forcer ces viellards a revoir leur copies(par la voie des tribunaux?)

Arf, ce serait drôle, mais non. le Conseil est intouchable. Son avis est absolument incontestable, aucun recours possible par personne. Point final. Il interprète la constitution à la lettre, il n'a de raison d'être que pour cela, que le régime derrière soit démocratique ou totalitaire, il s'en tamponne le coquillard (et il fait bien). Le Conseil a pour objectif de guider la nation à la lumière de la constitution. Si sa décision ne te plaît pas, c'est la constitution qu'il faut changer (pour le peuple, ça revient à faire la révolution).
jeffx, le 22/10/2009 - 22:28
La vielle propagande Numerama qui tente de protéger son fond de commerce comme il peut...

Crache ta bile, ça peu pas te faire du mal. Après tu pourra rajouter que RSF qui a les mêmes inquiétudes que Numerama, fait aussi de la propagande dans sa réaction à la décision du CC.
Darksol, le 22/10/2009 - 20:12
Question
Y ail un quelconque moyen de forcer ces viellards a revoir leur copies(par la voie des tribunaux?)

Arf, ce serait drôle, mais non. le Conseil est intouchable. Son avis est absolument incontestable, aucun recours possible par personne. Point final. Il interprète la constitution à la lettre, il n'a de raison d'être que pour cela, que le régime derrière soit démocratique ou totalitaire, il s'en tamponne le coquillard (et il fait bien). Le Conseil a pour objectif de guider la nation à la lumière de la constitution. Si sa décision ne te plaît pas, c'est la constitution qu'il faut changer (pour le peuple, ça revient à faire la révolution).

On peut.

Ou plutôt théoriquement on devrait pouvoir. La réforme constitutionnele -adoptée par l'UMP, le Nouveau Centre et Jack Lang- prévoit qu'une pétition en ce sens signée par 10% du corps électoral (ce qui n'est quand même pas une mince affaire) puisse obtenir l'organisation d'un référendum sur une loi votée depuis au moins un an.

C'est dans le texte de l'actuelle constitution.

Le seul problème c'est que pour entrer définitivement en application, cette disposition suppose le vote d'une loi organique.

Et que l'Elysée n'est pas très pressé le la soumettre au parlement, cete loi.
jeffx, le 22/10/2009 - 22:28
La vielle propagande Numerama qui tente de protéger son fond de commerce comme il peut...

Crache ta bile, ça peu pas te faire du mal. Après tu pourra rajouter que RSF qui a les mêmes inquiétudes que Numerama, fait aussi de la propagande dans sa réaction à la décision du CC.


Qui crache sa bile en permanence? Numerama et 90% des ses "forumeurs" qui sont tous d'accord entre eux, aucun débat car si tu n'es pas d'accord avec eux, tu te fais limite insulté... Tant qu'on ne leur dira pas, c'est tout gratuit et sans contrepartie personne ne sera content ici...
Si, comme tu le suggère si bien et fort, enter, les techniciens apporteront des preuves en béton armé, à quoi sert cette loi Hadopi ? Parce que si des preuves bétons sont apportées, la loi actuelle suffit largement... Ah si, ça crée une nouvelle sanction : la coupure de l'abonnement internet. Et crée un nouveau délit : négligence caractérisée. Super, tout ça pour ça...
toujours aussi inutile Enter hein ? T'es vraiement un boulet.
Ca sent la coupure volontaire d'abonnement, tant qu'à être coupé autant le faire soit même : "Attention chérie, ça va couper"

Si il me la demande ma sécurisation ça va être vite réglé, hop a plus voilà m'sieur le juge, j'ai sécurisé ma connection.
"une pétition en ce sens signée par 10% du corps électoral"
pour la poste il y aurait eu 2m de personnes presque
pour les 10% il faut plus de 4m de personnes... c'est du foutage de gueule à mon avis cette loi...
enter, le 22/10/2009 - 19:05
tu mets en place des radars incontestables. C'est-à-dire que tu les règles sur 140 km/h là où c'est limité à 130. Bien sûr, tu laisses passer ceux qui sont à 135. Mais au moins, le mec qui est flashé, il ne peut pas jouer sur l'imprécision des mesures.

Ce qui est con, c'est que les radars automatiques sont réglés pour se déclencher à partir du moment ou tu dépasse d'un simple petit kilomètre/heure la vitesse autorisée... Même ceux qui ont reussi à faire verbaliser des tracteurs agricoles, des voiturettes sans permis, voir même des voitures en stationnement (incroyable hein)

Le problème ne vient pas du fait que les preuves puissent être les meilleures (je veux voir ça hein, ça va être folklorique) mais du fait que se retourner contre son accusateur va être excessivement compliqué du fait même de la construction de cette loi.

Combien de personnes ne vont simplement pas savoir comment faire pour saisir le tribunal afin d'être entendues ?

Et au final, comment se défendre si tu n'as que 2 choix : soit faire confirmer que tu es un vilain contrefacteur d'oeuvre de l'esprit, soit que tu es un vilain sous-doué de l'informatique même pas capable de protéger sa connexion. Quoi qu'il arrive, si tu es attrapé dans les filets, tu seras coupable de quelque chose.
Si quelqu'un peut m'éclairer sur un point qui est peu abordé :
Est-ce légal de punir un foyer entier alors que seul un membre a (a priori) fauté ?
est-ce légal d'obliger un citoyen à payer sa connection internet à son FAI alors que celui-ci lui a coupé sa ligne pour quelques mois ? Les "punis" seront-ils forcés de déménager ou de faire opposition au prélèvement automatique pour ne pas payer pour un service qui leur est refusé ? ... d'un point de vue "droit du consommateur" c'est du grand délire.
Konata : maintenant oui

(bon je vais développer un peu quand même)

On vient de voter une loi pour ça, donc maintenant ça l'est. De plus le Conseil Constitutionnel viens de dire que ce qui avait été voté était conforme à la Constitution, donc pas de problème.

Après, honnêtement, d'un point de vue "droit du consommateur", ils s'en foutent hein, surtout que le consommateur il est un peu au courant que de ce qu'on veut bien lui dire. Et tant que c'est pas interdit par le Code de la Consommation.
Si, comme tu le suggère si bien et fort, enter, les techniciens apporteront des preuves en béton armé, à quoi sert cette loi Hadopi ?


+1
Pour info, La NSA a demandé de refuser toute proposition de loi, telle que la riposte graduée, car elle voyait là un moyen de se retrouver avec un Internet Crypté, et donc illisible par le système Echelon.

Alors dire qu'une bande de bras cassés vont faire du cauchemar de la NSA, une boite à coupure d'accès Internet : LOL.

Dans 6 mois, nous aurons tous crypté nos connexions en 128 ou 256 bits, ce qui rendra illisible le réseau pour qui que se soit.

Ce qui devrait faire le bonheur de toutes organisations mafieuses, les groupes pédophiles, terroristes, narcotrafiquant ...

Du coup, ils vont nous resortir un couplet, le net c'est le mal, et effectivemment cela sera pire grâce à des lois de ce type.

Et là plus question d'entendre parler des droits d'auteurs ou tout autre chose.

Ce sera la guerre contre l'ennemi venu du web xD
Bravo j'applaudis vraiment des deux mains.
Cette loi en plus d'être inapplicable et scandaleuse va engendrer plus de problème qu'elle ne créera de solution.
Je suis de l'avis de KOB, le vrai problème ce n'est pas tant que le petit consommateur lambda puisse être condamné à tord (ca malheureusement on commence à avoir l'habitude). C'est que les réseau crypés, VPN et autres vont se généraliser pour le plus grand bonheur des vrai criminels.
Kad, le 22/10/2009 - 17:57
Etait-ce l'absence de Jacques Chirac à la réunion de délibéré, qui alimente déjà les plus folles rumeurs ?




Ceci aurait-il un rapport avec cela ?

Emplois fictifs : Jacques Chirac bientôt fixé sur son sort



La juge Xavière Simeoni doit décider cette semaine si elle renvoie ou non l'ancien président devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des chargés de mission de la ville de Paris.

Jacques Chirac devrait être fixé la semaine prochaine sur son éventuel renvoi devant un tribunal pour l'affaire de détournement d'emplois présumés fictifs, du temps où il occupait le fauteuil de maire de Paris, annonce le Journal du dimanche. La décision de la juge Xavière Simeoni devrait intervenir «au plus tard vendredi, le jour où elle prend ses nouvelles fonctions à la cour d'assises», précise l'hebdomadaire.

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