Dans un hémicycle rarement aussi rempli, les députés ont adopté mardi par 55 % des voix le projet de loi Hadopi 2 qui prévoit le recours à l'ordonnance pénale pour sanctionner les internautes dans le cadre de la riposte graduée. Quelques heures auparavant, les députés UMP avaient été reçus par le président Sarkozy à l'Elysée.

Sans surprise, les députés ont adopté mardi le projet de loi de protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur Internet (Hadopi 2) dans un hémicycle surchargé, après les questions au gouvernement. Le scrutin était serré puisque le projet de loi n’est passé qu’avec 55 % des suffrages avec 285 voix pour, contre 225.

En conclusion, le ministre Frédéric Mitterrand s’est félicité de ce vote qui permet de mettre en place la riposte graduée « contre ceux qui veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne« .

Il reste encore au projet de loi à passer devant la commission mixte paritaire ce mercredi pour résoudre les points de désaccords avec le Sénat, puis à repasser devant les deux chambres du Parlement pour entériner la version de compromis. Lors des explications de vote, le député socialiste Patrick Bloche a redit l’intention de son groupe de porter le texte devant le Conseil constitutionnel.

« Enfin !« , s’est félicité le député UMP Philippe Gosselin au moment du vote. « Il faut être pédagogue, et faire comprendre pas seulement aux jeunes que la propriété immatérielle est aussi à protéger et à défendre« , a défendu le soldat du groupe majoritaire. « Internet ça ne peut pas être la loi de la jungle, il ne peut y avoir de liberté sans responsabilité« . Sinon, a-t-il ajouté, « c’est la fable du renard libre dans le poulailler libre« .

En réponse, Patrick Bloche a critiqué vertement le « choix d’une justice expéditive » par le recours à l’ordonnance pénale, qui fait que « les droits de la défense sont réduits à la portion congrue ». « Nous contestons vigoureusement la création d’une sanction pour négligence caractérisée (qui viole) de manière flagrante le principe selon lequel nul ne peut être puni que de son propre fait« , a-t-il aussi plaidé dans une longue tirade de contestations appuyées à l’encontre du texte. « Vous avez tout faux« , a lancé le député socialiste dans l’hémicycle, après avoir regretté qu’une fois encore les internautes et les consommateurs sont écartés de la mission Zelnick.

Le communiste Jean-Pierre Brard a fait part de sa « colère » et de sa « déception« , jugeant que le vote de cet après-midi « marquera d’un triste sceau cette législature« . Il estime la loi « inadaptée et liberticide« , et considère comme M. Bloche que « nul ne devrait être tenu responsable des informations qui transitent sur sa connexion« . Jean-Pierre Brard a finalement assuré que la « dernière mouture » de la loi Hadopi était « encore plus inefficace et scélérate que la précédente« .

Enfin, c’est le député Lachaud qui s’est exprimé au nom du groupe Nouveau Centre, sans oublier de saluer son collègue Jean Dionis du Séjour qui s’était battu dans l’hémicycle contre Hadopi 1, et qui a « su poser les bonnes questions ». Mais qu’importe des réponses, il a été prié de faire place nette pour obéir aux instructions de Nicolas Sarkozy, et de ne plus se faire le porte-parole du groupe sur le dossier. « La liberté des pirates conduira à la disparition des artistes« , a tenté M. Lachaud pour justifier le vote majoritairement favorable au texte dans son groupe.

En conclusion, après l’adoption du texte, Frédéric Mitterrand a annoncé que les lois Hadopi 1 et Hadopi 2 seront mises en application dès la fin de l’année. Il remettra à cette occasion de premières propositions pour Hadopi 3, à l’issue de la mission Zelnick.

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