De grands noms de la musique britannique s'élèvent contre la riposte graduée. Tom Jones, Elton John, Paul McCartney, Radiohead, les frères Gibbs ou encore Annie Lennox, entre autres, rejettent la proposition inspirée d'une loi Hadopi à la française.

Le débat sur la riposte graduée est vif en Grande-Bretagne. D’abord rejetée par le ministre en charge de la propriété intellectuelle, David Lammy, la possibilité de déconnecter les internautes accusés de partager illégalement des fichiers piratés sur Internet a refait surface le mois dernier dans le cadre d’un rapport sur le développement du numérique en Grande-Bretagne à l’horizon 2012, Digital Britain, et d’un projet de loi. Mais FAI et artistes-interpètes ne semblent pas prêts à donner leur blanc-seing à une solution qui fait de leur « clientèle » respective de simples délinquants et n’avance aucune piste sérieuse pour le financement de la musique.

La Featured Artists Colation (FAC), qui avait déjà témoigné de son hostilité à la riposte graduée en mai dernier, a publié un communiqué commun avec l’Académie des Auteurs et Compositeurs Britanniques, et la Guilde des Producteurs de Musique pour rejeter une nouvelle fois la politique du bâton.

« Les procédés de surveillance, d’avertissement et de sanction ne mèneront pas à la mise en place d’un marché de la musique juste, dynamique et compétitif« , condamnent les trois organisations, qui renouvellent dans le même temps leur soutien à l’existence du droit d’auteur. Selon elles, les estimations du rapport selon lesquelles un téléchargement équivalent à une vente perdue sont « sans fondement logique et aucun économiste n’a jamais cautionné un tel chiffre pour tenter d’estimer les pertes induites par le P2P sur l’industrie de la musique« . Ce que tous les commentateurs extérieurs à l’industrie musicale se fatiguent à répéter depuis au moins 10 ans et l’avènement de Napster.

« La perte d’appétit pour l’achat de CDs n’a pas qu’une seule explication et ne peut être reproché au seul partage de fichier. La concurrence sans cesse croissante d’autres produits tels que les jeux vidéo ou les DVDs contribuent également à un changement dans les habitudes d’achat des consommateurs. »

Les organisations s’étouffent également du montant qu’est prêt à investir le gouvernement britannique pour mettre en œuvre la riposte graduée. Chiffré entre 65 à 85 millions de livres sterling (environ 74 à 97 millions d’euros), le budget représenterait « entre 10 et 15 % du marché une fois déduction faite de ses coûts fixes tels que la production de CD et de la main d’œuvre« . Des coûts « disproportionnés« , estiment les artistes et producteurs indépendants, qui rappellent que la note sera divisée en deux entre professionnels et contribuables.

« Nous ne ferons pas parti d’un système qui nous éloignera de ceux qui nous écoutent aujourd’hui, et plus encore de ceux qui pourraient nous écouter demain« , rappellent l’alliance de créateurs britanniques.

« L’obstination à se réfugier dans le passé pour y trouver des solutions à la façon d’adapter la production en masse à l’âge de la distribution numérique a été le plus grand obstacle à toute évolution durant la dernière décennie« .

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