Jusqu'à présent, il était nécessaire de recourir à l'extension VFAT pour accéder au système de fichiers FAT. Or, cette extension est protégée par un brevet appartenant à Microsoft. Pour se libérer d'un éventuel procès ou d'une improbable amende, un développeur a mis au point un patch contournant le brevet de Microsoft.


(CC BY-NC-SA No Software Patents par Han Soete)

Avant la sortie de Windows 95 et l’arrivée de l’extension VFAT, la création d’un nouveau fichier sous MS-DOS nécessitait de respecter un format très rigide de 8+3 : 8 caractères ASCII pour le nom du fichier et 3 caractères ASCII pour l’extension du fichier. À l’époque, le système de fichiers FAT (File Allocation Table – Table d’Allocation de Fichiers) de Microsoft n’avait pas été conçu pour utiliser des noms de fichiers plus longs. Pour résoudre ce problème, il aura fallu attendre l’arrivée de l’extension Virtual FAT (VFAT) pour étendre la taille des noms à 255 caractères Unicode, hormis certains caractères spéciaux utilisés dans la description de chemin sous Windows.

Si à l’époque Microsoft n’avait pas songé à breveter la FAT, la firme de Redmond a néanmoins eu la présence d’esprit de protéger l’extension VFAT, au grand dam de certaines entreprises condamnées à verser des royalties à Microsoft, bridant par la même occasion leur capacité d’innovation. En effet, cette fameuse extension avait l’avantage de créer à la fois un nom court et un nom long pour un même fichier, permettant ainsi aux différents programmes de manipuler l’un ou l’autre en fonction du système d’exploitation, ancien ou moderne.

Ce brevet est particulièrement handicapant pour l’entreprise TomTom, puisque le système d’exploitation de ces navigateurs GPS repose sur Linux. Or Microsoft a failli poursuivre l’entreprise hollandaise en justice puisque celle-ci violait justement l’extension VFAT en s’en servant pour accéder au système de fichiers FAT. En apprenant la nouvelle, la communauté du logiciel libre s’est inquiétée des limitations que cela entrainerait dans le monde informatique. Comment continuer à développer des applications alors que le seul moyen d’accéder à la FAT repose sur une extension protégée par un brevet jalousement gardé par une multinationale ?

Cela risque de causer énormément de tort à la communauté du logiciel libre qui se passerait bien de la menace d’un éventuel procès avec à la clé le risque de payer une amende salée. D’ailleurs, TomTom a préféré régler cette affaire à l’amiable en versant des royalties à l’entreprise américaine. Avec cette affaire, le directeur de la Fondation Linux, Jim Zemlin, a lancé un appel en avril dernier pour s’affranchir une bonne fois pour toute du système de Microsoft. La communauté était ainsi invitée à développer une alternative permettant d’accéder à la FAT sans pour autant utiliser l’extension VFAT.

L’appel a finalement été entendu et un patch a été mis au point par le développeur Andrew Tridgell. L’astuce est d’ailleurs fort simple dans son principe. Au lieu de créer un nom court ET un nom long pour un même fichier, comme le faisait la VFAT, le principe repose un système générant un nom court OU un nom long, en fonction de la taille du nom du fichier. Ainsi, si le nom du fichier fait 11 caractères ou moins, seul le nom court sera créé. En revanche, s’il fait plus de 11 caractères, alors le système ne gardera que le nom long.

Cette solution n’est en revanche pas parfaite. En effet, si le développeur indique que ce « patch ne génère/enregistre qu’un nom de fichier court ou un long pour le nom du document, mais jamais les deux« , cela mettrait de côté les systèmes MS-DOS et les systèmes d’exploitation antérieurs à Windows 95, puisqu’ils ne pourraient pas lire les fichiers créés sous Linux avec un nom long. Toutefois, Andrew Ridgell estime que les utilisateurs utilisant encore ces systèmes sont devenus assez rares, d’autant que le développeur estime qu’il est sans doute possible de forcer l’utilisation de noms courts en « montant » le volume concerné sous Linux. Une marge acceptable donc, pour conserver ce patch et s’affranchir de la menace d’un procès.

Bien que cette alternative n’est pas encore été ajoutée dans les prochains noyaux de Linux, il y a de fortes chances pour que cette solution soit adoptée. En effet, à l’heure actuelle une équipe d’avocats spécialisés engagée par la Fondation Linux analyse le patch et son fonctionnement, avant de le déposer au bureau d’enregistrements des brevets. Au final, Linux gardera la capacité de lire la FAT sans pour autant dépendre d’un système breveté qui aurait pu causer du tort à l’innovation informatique.

Rappelons par ailleurs que si la plupart des disques durs utilisent un système de fichiers NTFS, certains périphériques amovibles comme les clés USB ou certaines cartes mémoires sont encore très largement basés sur VFAT. Il était donc hors de propos de se passer purement et simplement du principe du VFAT ; en revanche, il fallait développer un système différent qui s’affranchirait des taxes et des brevets et surtout qui ramènerait l’innovation au centre du développement informatique, au lieu de se disperser à vérifier si chaque nouvelle application ne viole pas un quelconque droit d’auteur.

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