"Que gagne-t-on à échanger ?", la copie des lecteurs de Numerama

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 19 Juin 2009 à 16h52 - posté dans Société 2.0

C'était l'un des sujets du bac philo pour les lycéens de la section économique et sociale (bac ES). Evidemment, certains n'ont pas manqué d'y voir un lien évident avec la loi Hadopi. Une dizaine de lycéens, lecteurs de Numerama, nous ont transmis leur copie, dans les règles de l'art, qu'ils ont bien sûr réalisé ensemble sur un traitement de texte collaboratif, et publié sous licence Creative Commons BY-SA. Une réflexion globale sur la place de l'échange dans la société numérique d'aujourd'hui et de demain, qui mérite certainement une excellente note :

(thinking heads, CC, Swiv)

(Document diffusé sous licence Creative Commons by-sa, disponible également en PDF)

Introduction

" Un premier mail d'avertissement, suivi d'un courrier recommandé et enfin la coupure de la connexion Internet ! " Telle serait la réponse probable de C. Albanel, agrégée de lettres modernes, actuelle ministre de la Culture et de la Communication... Quant à nous, internautes vivant à l'ère numérique, nous allons essayer de réfléchir aux tenants et aboutissants des échanges multiples dans nos sociétés, en conduisant un argumentaire composite, de manière collaborative grâce à un outil logiciel communautaire.

L'échange est, historiquement, un don mutuel entre deux entités (personne physique ou morale). Le souhait de chaque personne est que l'échange soit positif, c'est-à-dire qu'il lui apporte quelque chose. Il peut cependant arriver qu'un échange soit effectué en faveur d'un des deux partis, cet échange est alors déséquilibré. L'échange présente une utilité pour la société, utilité basée sur les besoins de ses membres. C'est de plus grâce à l'échange (de biens et de connaissances) que chacun peut obtenir ce dont il a besoin. C'est donc un phénomène créé par et pour la société.

Il existe au moins deux grandes opérations économiques basées sur l'échange.

La première d'entre elle et la plus utilisée est le commerce. Sa particularité est que l'objet échangé ne l'est pas contre un autre objet ayant une utilité en l'état, mais contre une compensation pécuniaire. C'est aujourd'hui le mode d'échange le plus courant dans nos sociétés.

Il existe également le troc. Très répandu dans les anciennes civilisations, il a bien souvent été remplacé par la vente. C'est la transaction la plus proche de la définition de l'échange : donner un objet et en recevoir un autre. Il est donc basé sur l'utilité d'un objet plus que sur sa valeur monétaire. Ceci lui apporte un détachement de la société dite de consommation qui lui permet de retrouver de plus en plus d'adeptes.

Dès les premières civilisations, on échangeait de tout, des objets bien sûr, mais aussi et surtout quelque chose de moins visible, des informations et, en particulier, la connaissance.

L'échange informationnel : vecteur des libertés fondamentales d'expression, de communication et d'information

La liberté d'expression est définie dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme comme étant la liberté " de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées ". On se réfère donc à la définition la plus basique de l'échange : donner et recevoir.

L'information est un ensemble très vaste, contenant entre autres la connaissance. Cette connaissance peut être acquise par chacun de deux façons :

- par soi-même, après avoir réalisé une expérience ayant permis d'acquérir cette connaissance.
- par autrui, en l'ayant écouté, ou en ayant lu un texte qu'il aurait écrit.

L'échange est au centre de la diffusion et de l'accès à la connaissance : Car sans cette deuxième alternative, nous ne pourrions apprendre que par notre propre initiative, sans compter sur les autres pour nous transmettre leur savoir. C'est grâce à l'échange que, civilisation après civilisation, l'Homme a pu acquérir un grand nombre de connaissances et les faire perdurer dans le temps. Le dialogue comme moyen d'échange présente cependant deux inconvénients : il nécessite d'avoir la personne face à soi et, surtout, il ne permet pas à la connaissance de perdurer, l'Homme ayant une durée de vie moyenne bien inférieure à celle du papier par exemple, ou, à l'heure actuelle, des médias numériques.

La libération des échanges sur les réseaux pourrait désormais permettre d'atteindre l'idéal cher à des générations de philosophes depuis l'Antiquité, celui de l'accès pour tous et sans entrave à la somme des connaissances humaines : la bibliothèque universelle! L'encyclopédie en ligne Wikipédia, collaborative, multilingue, librement diffusable, en est sans nul doute une étape majeure.

Le député Nicolas Dupont-Aignan (de droite), au côté de son collègue Jean-Pierre Brard (de gauche), déclare le 25 avril 2009 au mégaphone : " Quand on pense ce que représente la révolution numérique [...], c'est une chance incroyable, c'est une bibliothèque universelle, une médiathèque universelle à domicile. "

Il ajoute : " C'est incroyable de voir un gouvernement et certains parlementaires de tous les bords d'ailleurs, souviens-toi au Sénat qui ne comprennent pas ce que peut représenter pour l'humanité Internet, l'accès aux oeuvres culturelles, au cinéma, à la musique. Souvenez-vous, c'est un peu loin, Gutenberg, jeté en prison l'inventeur de l'imprimerie parce que les moines copistes voulaient pouvoir recopier la bible, parce que personne n'avait compris à l'époque ce qu'était l'imprimerie. Eh bien ils n'ont pas compris ce que représente la révolution numérique, l'accès à la culture, et c'est là où c'est un véritable scandale de voir le gouvernement ne pas saisir cette opportunité. "

Enfin, l'échange informationnel, en tant que prolongement du langage, peut être conçu comme l'émancipation d'une animalité basique ou d'un langage balbutiant et la sublimation de la pulsion animale d'échange physique : il permet la complétion et l'enrichissement émotionnel de la relation amicale ou amoureuse. Combien de couples se sont ainsi découverts (ou redécouverts) sur les forums, les sites de rencontre ou de discussion en ligne, la messagerie instantanée, les jeux en ligne, etc. La facilitation de l'échange au travers des messages instantanés à distance, ainsi que la multiplication des destinataires permettent d'ériger l'être humain comme animal pensant et hypercommunicant. " Cogito, coopero, ergo sum ", pourraient professer les cartésiens modernes.

L'échange symétrique et équivalent sur Internet, pilier fondateur d'une démocratie 2.0

Un des principaux apports des échanges sur le réseau des réseaux est l'évolution démocratique du modèle de transmission et de réception des échanges informationnels :

On passe du modèle de la diffusion unidirectionnelle, privilège d'une élite intellectuelle, d'une aristocratie savante, de diffuseurs monopolisateurs s'adressant aux masses passives, comme par exemple le cours magistral de philo avec un prof omnipotent et omniscient qui s'adresse à des élèves réceptifs( ?) et scribouillards, au modèle du 'pair-à-pair', à un système d'échanges équivalents bidirectionnels, où tout un chacun participe, en apportant ses expériences et connaissances, selon ses compétences. Ainsi cette dissertation est-elle écrite en un temps limité par différentes personnes distantes, qui partagent leurs connaissances personnelles pour aboutir à une réflexion commune.

On peut se représenter la société moderne comme une superposition de réseaux interconnectés de granularité croissante : la sphère intime, la cellule familiale, les liens amicaux, l'environnement professionnel, les communautés d'internautes, les réseaux sociaux, jusqu'aux ensembles nationaux et cosmopolites ! Tout citoyen peut devenir diffuseur, artiste, journaliste, acteur de notre société d'information : On assiste alors à une démocratisation sans précédent et un métissage enthousiasmant des forces motrices de la société des arts, du spectacle et de la cité !

L'hyperéchange sédimente le lien social entre personnes d'horizons divers. Il fluidifie les relations femmes / hommes. Il construit la culture et l'histoire commune à vitesse grand V.

Il alimente en permanence le ciment social d'une société disparate. Il agrège le sentiment partagé d'appartenance à une ou plusieurs communautés. C'est tout bonnement un des meilleurs remèdes placebo contre les crises personnelles et sociétales déprimantes, contre les tendances suicidaires inhérentes à tout être humain luttant dans nos sociétés concurrentielles et consuméristes.

Ou encore, on peut voir la société interconnectée comme la forme moderne et démocratique du panoptique de Jeremy Bentham : tout le monde surveille tout le monde ! Les surveillants sont surveillés, c'est le concept de la " sousveillance ", ou surveillance inversée, qui permet de contrôler les contrôleurs. Les citoyens veillent, des collectifs formels ou informels se mobilisent face aux atteintes liberticides et dérives autoritaires. L'automodération souvent pratiquée sur les sites communautaires ou les forums est un exemple concret et fonctionnel de la prise en charge collective des déviances possibles : un commentaire gravement injuste ou attentatoire au respect dû à chaque personne, sera soit évincé, soit suivi d'autres commentaires le rabrouant, et rééquilibrant le propos global.

" Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. " George Orwell.

C'est une théorie polémique et inquiétante, mais le spectre de la dictature dystopique de Big Brother n'est-il pas paradoxalement et pragmatiquement annihilé si tout un chacun devient un Big Brother en puissance ?

Avec le développement d'Internet, les technologies se mettent au service du citoyen pour lui permettre de s'informer, d'informer à son tour et de mieux participer à la vie politique. On trouve ainsi des groupes d'internautes qui ont fait le choix de participer de différentes manières, comme " Mémoire Politique " de la Quadrature du Net qui recense les décisions des députés français et européens, ou le site www.deputesgodillots.info qui affiche les mauvais élèves de l'Assemblée Nationale, votant les lois en suivant les ordres de leurs partis, sans accomplir leur travail de législateurs débattant et amendant les lois.

" Considérant qu'aux termes de l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi "; qu'en l'état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu'à l'importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l'expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d'accéder à ces services. " (décision du Conseil constitutionnel)

Avec le développement exponentiel des technologies d'échange et celles connexes d'intelligence artificielle, on peut même s'adonner à imaginer une société utopique qui réaliserait l'idéal de la démocratie, à savoir la démocratie directe, où les citoyens exercent directement le pouvoir sans avoir recours à l'élection de représentants. Le lot quotidien de décisions qui incombent à la bonne gestion de la collectivité serait envoyé par le réseau à tous les citoyens, qui voteraient alors en conscience, ou délégueraient à des répondeurs automatiques paramétrés en fonction de leurs opinions générales. La lourde et forcément inéquitable hiérarchie du pouvoir serait alors révolue, on assisterait ni plus ni moins qu'à l'avènement de l'anarchie littérale.

D'ici à cette utopie lointaine, les citoyens internautes peuvent d'ores et déjà participer à une " e-démocratie " proactive, ou " hyperdémocratie ", et ainsi exercer un contrepouvoir vigilant sur leurs représentants, peser et lutter contre la tendance plus ou moins involontaire de ceux-ci à mépriser et manipuler l'avis des électeurs, avec la dérive du temps et les contraintes du pouvoir.

De la nécessité de garantir des principes généraux et des droits individuels dans une société hypercommunicante

L'individu comme la collectivité gagnent beaucoup en liberté dans le partage quasi-illimité des opinions et des données, mais cette liberté se heurte à de puissants intérêts particuliers, ainsi qu'à des droits individuels tout aussi fondamentaux. Notre société se doit donc de garantir par la loi les principes qui sous-tendent cette liberté, ainsi que lui imposer des limites raisonnées.

Les droits à l'éducation et à l'information sont des corollaires fondamentaux.

D'autres principes comme le respect intégral de la neutralité du réseau ou le refus catégorique du filtrage des sites au niveau des fournisseurs d'accès, sont inhérents à la liberté d'échange sur le réseau. Sans ces garanties, des dérives pourraient attenter à son expression, et relèveraient de la discrimination, voire de la censure claire et nette.

Par ailleurs, la désinformation, la surinformation, la boulimie d'accumulation, l'orgie d'échange, ainsi que les phénomènes moutonniers qui agitent l'infosphère sont des dangers de la société hypercommunicante : ils appellent dès lors le développement redoublé de l'esprit critique, la constante cristallisation d'une carapace intellectuelle pour tout citoyen internaute, et ce dès l'éducation élémentaire.

Les jeunes, et les moins jeunes, doivent pouvoir jouir d'outils intellectuels pour décrypter, filtrer, trier les flux d'informations incessants. Comme pour toute liberté, la pratique de la liberté de communication passe par l'apprentissage de la distanciation, de la mesure et de la métaréflexion.

Les libertés individuelles s'arrêtant là où commencent celles d'autrui, la liberté d'échange doit tenir compte des droits protégeant l'individu contre la masse : le droit à l'intimité et à la vie privée, le droit à l'anonymat, et le droit à l'oubli pour des actions passées.

Quant au droit d'auteur, moral et patrimonial, il devra inéluctablement être adapté à la nouvelle ère d'abondance culturelle que nous vivons grâce à la facilité et bientôt l'instantanéité de la copie numérique. On peut envisager une mutualisation collective de la légitime rémunération des artistes professionnels, tout en promouvant la création dilettante, libre et chaotique, qui foisonne sur la toile.

Conclusion

Grâce aux réseaux numériques, l'échange généralisé devient constitutif de nos vies quotidiennes, sentimentales, intellectuelles, professionnelles et citoyennes.

Il révolutionne nos usages personnels et démocratiques, et de nombreux bénéfices individuels et collectifs sont encore à inventer. Il est inévitablement destiné à devenir une norme de facto, et une liberté fondamentale de l'individu interconnecté dans nos sociétés.

S'y opposer serait tourner le dos aux innombrables nobles gains pour l'individu, la collectivité, l'humanité !

Toutefois il nous appartient de construire un cadre philosophique et juridique pour le garantir durablement, et prévenir ses dérives intrinsèques.

Victor Hugo, écrivain et librepenseur emblématique de la société des échanges mondialisés du XIXe siècle, nous éclairait de la maxime suivante :

" On résiste à l'invasion des armées ; on ne résiste pas à l'invasion des idées. "

Publié par Guillaume Champeau, le 19 Juin 2009 à 16h52
 
 
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Commentaires à propos de «"Que gagne-t-on à échanger ?", la copie des lecteurs de Numerama»
 

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Tss.. le troc ! Comme si le troc consistait simplement à échanger une un kilo de pomme contre une chaussure. A l'époque, on parlait de troc parce qu'effectivement on échangeait autre chose que de l'argent contre un bien. Mais ce "autre chose que de l'argent" c'était du safran, du sel, du poivre, de l'or.. bref, des denrées à très haute valeur ajoutée, qui suivaient un cours elles aussi, avec le lot de spéculateurs qui allait derrière ! Par ailleurs le mot "salaire" nous vient de l'antiquité, en effet l'armée romaine recevait leur solde en "sel". Donc faire l'apologie du monde merveilleux dans lequel chaque homme s'échangerait des bien en chantant "kumbaya my lord" est une ineptie. D'autant plus que le troc induit directement la notion de marchandage, c'est-à-dire de tirer le meilleur bénéfice d'un bien au détriment de l'autre. Super comme société de "non-consommation".
« On résiste à l’invasion des armées ; on ne résiste pas à l’invasion des idées. » owi j'aime cet article :oD
C'est fait en Latex ?
« Nous l'affirmons sans complexe
Nous sommes adeptes du latex
Le plastique c'est fantastique
Le caoutchouc super doux
C'est une question de réflexe
Nous sommes adeptes du latex »

Elmer Food Beat :D
Dans tous ces débats, on échange le produit fini, en l'occurrence le texte, mais pas le savoir faire. Comment on rédige une dissertation de philo ? Comment on rédige une dissertation de philo avec un éditeur de texte collaboratif ? Qu'est-ce qu'un éditeur de texte collaboratif ? Quel éditeur de texte a été utilisé pour produire ce texte ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ? Bref on a juste dupliquer un produit grâce à une machine magique qui, en plus achemine les copies dans un grand nombre de boîtes aux lettres magiques. A-t-on besoin de lire le texte pour blablater dessus ? Non, je ne l'ai pas encore lu moi-même et je me permets d'échanger à son propos ? Pourquoi vais-je remercier son (ou ses) créateur(s) ? Il ne sont pour rien dans ma propre production. Et pourtant j'échange. Mais qu'est-ce que j'échange ?
Dans tous ces débats, on échange le produit fini, en l'occurrence le texte, mais pas le savoir faire. Comment on rédige une dissertation de philo ? Comment on rédige une dissertation de philo avec un éditeur de texte collaboratif ? Qu'est-ce qu'un éditeur de texte collaboratif ? Quel éditeur de texte a été utilisé pour produire ce texte ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ? Bref on a juste dupliquer un produit grâce à une machine magique qui, en plus achemine les copies dans un grand nombre de boîtes aux lettres magiques. A-t-on besoin de lire le texte pour blablater dessus ? Non, je ne l'ai pas encore lu moi-même et je me permets d'échanger à son propos ? Pourquoi vais-je remercier son (ou ses) créateur(s) ? Il ne sont pour rien dans ma propre production. Et pourtant j'échange. Mais qu'est-ce que j'échange ?
Karl MARX

I
° section : la marchandise et la monnaie
Chapitre II : Des échanges

Les marchandises ne peuvent point aller elles-mêmes au marché ni s'échanger elles-mêmes entre elles. Il nous faut donc tourner nos regards vers leurs gardiens et conducteurs, c'est-à-dire vers leurs possesseurs. Les marchandises sont des choses et, conséquemment, n'opposent à l'homme aucune résistance. Si elles manquent de bonne volonté, il peut employer la force, en d'autres termes s'en emparer [1] . Pour mettre ces choses en rapport les unes avec les autres à titre de marchandises, leurs gardiens doivent eux-mêmes se mettre en rapport entre eux à titre de personnes dont la volonté habite dans ces choses mêmes, de telle sorte que la volonté de l'un est aussi la volonté de l'autre et que chacun s'approprie la marchandise étrangère en abandonnant la sienne, au moyen d'un acte volontaire commun. Ils doivent donc se reconnaître réciproquement comme propriétaires privés. Ce rapport juridique, qui a pour forme le contrat, légalement développé ou non, n'est que le rapport des volontés dans lequel se reflète le rapport économique. Son contenu est donné par le rapport économique lui-même [2] . Les personnes n'ont affaire ici les unes aux autres qu'autant qu'elles mettent certaines choses en rapport entre elles comme marchandises. Elles n'existent les unes pour les autres qu'à titre de représentants de la marchandise qu'elles possèdent. Nous verrons d'ailleurs dans le cours du développement que les masques divers dont elles s'affublent suivant les circonstances ne sont que les personnifications des rapports économiques qu'elles maintiennent les unes vis-à-vis des autres.

Ce qui distingue surtout l'échangiste de sa marchandise, c'est que pour celle-ci toute autre marchandise n'est qu'une forme d'apparition de sa propre valeur. Naturellement débauchée et cynique, elle est toujours sur le point d'échanger son âme et même son corps avec n'importe quelle autre marchandise, cette dernière fût-elle aussi dépourvue d'attraits que Maritorne. Ce sens qui lui manque pour apprécier le côté concret de ses sÅ“urs, l'échangiste le compense et le développe par ses propres sens à lui, au nombre de cinq et plus. Pour lui, la marchandise n'a aucune valeur utile immédiate; s'il en était autrement, il ne la mènerait pas au marché. La seule valeur utile qu'il lui trouve, c'est qu'elle est porte-valeur, utile à d'autres et, par conséquent, un instrument d'échange [3] . Il veut donc l'aliéner pour d'autres marchandises dont la valeur d'usage puisse le satisfaire. Toutes les marchandises sont des non-valeurs d'usage pour ceux qui les possèdent et des valeurs d'usage pour ceux qui ne les possèdent pas. Aussi faut-il qu'elles passent d'une main dans l'autre sur toute la ligne. Mais ce changement de mains constitue leur échange, et leur échange les rapporte les unes aux autres comme valeurs et les réalise comme valeurs. Il faut donc que les marchandises se manifestent comme valeurs, avant qu'elles puissent se réaliser comme valeurs d'usage.

D'un autre côté, il faut que leur valeur d'usage soit constatée avant qu'elles puissent se réaliser comme valeurs ; car le travail humain dépensé dans leur production ne compte qu'autant qu'il est dépensé sous une forme utile à d'autres. Or, leur échange seul peut démontrer si ce travail est utile à d'autres, c'est-à-dire si son produit peut satisfaire des besoins étrangers.

Chaque possesseur de marchandise ne veut l'aliéner que contre une autre dont la valeur utile satisfait son besoin. En ce sens, l'échange n'est pour lui qu'une affaire individuelle. En outre, il veut réaliser sa marchandise comme valeur dans n'importe quelle marchandise de même valeur qui lui plaise, sans s'inquiéter si sa propre marchandise a pour le possesseur de l'autre une valeur utile ou non. Dans ce sens, l'échange est pour lui un acte social général. Mais le même acte ne peut être simultanément pour tous les échangistes de marchandises simplement individuel et, en même temps, simplement social et général.

Considérons la chose de plus près : pour chaque possesseur de marchandises, toute marchandise étrangère est un équivalent particulier de la sienne ; sa marchandise est, par conséquent, l'équivalent général de toutes les autres. Mais comme tous les échangistes se trouvent dans le même cas, aucune marchandise n'est équivalent général, et la valeur relative des marchandises ne possède aucune forme générale sous laquelle elles puissent être comparées comme quantités de valeur. En un mot, elles ne jouent pas les unes vis-à-vis des autres le rôle de marchandises mais celui de simples produits ou de valeurs d'usage.

Dans leur embarras, nos échangistes pensent comme Faust : au commencement était l'action. Aussi ont-ils déjà agi avant d'avoir pensé, et leur instinct naturel ne fait que confirmer les lois provenant de la nature des marchandises. Ils ne peuvent comparer leurs articles comme valeurs et, par conséquent, comme marchandises qu'en les comparant à une autre marchandise quelconque qui se pose devant eux comme équivalent général. C'est ce que l'analyse précédente a déjà démontré. Mais cet équivalent général ne peut être le résultat que d'une action sociale. Une marchandise spéciale est donc mise à part par un acte commun des autres marchandises et sert à exposer leurs valeurs réciproques. La forme naturelle de cette marchandise devient ainsi la forme équivalent socialement valide. Le rôle d'équivalent général est désormais la fonction sociale spécifique de la marchandise exclue, et elle devient argent.

« Illi unum consilium habent et virtutem et potestatem suam bestiঠtradunt. Et ne quis possit emere aut vendere, nisi qui habet characterem aut nomen bestià¦, aut numerum nominis ejus » (Apocalypse) [4] .

L'argent est un cristal qui se forme spontanément dans les échanges par lesquels les divers produits du travail sont en fait égalisés entre eux et, par cela même, transformés en marchandises. Le développement historique de l'échange imprime de plus en plus aux produits du travail le caractère de marchandises et développe en même temps l'opposition que recèle leur nature, celle de valeur d'usage et de valeur. Le besoin même du commerce force à donner un corps à cette antithèse, tend à faire naître une forme valeur palpable et ne laisse plus ni repos ni trêve jusqu'à ce que cette forme soit enfin atteinte par le dédoublement de la marchandise en marchandise et en argent. A mesure donc que s'accomplit la transformation générale des produits du travail en marchandises, s'accomplit aussi la transformation de la marchandise en argent [5] .

Dans l'échange immédiat des produits, l'expression de la valeur revêt d'un côté la forme relative simple et de l'autre ne la revêt pas encore. Cette forme était : x marchandise A = y marchandise B. La forme de l'échange immédiat est : x objets d'utilité A = y objets d'utilité B [6] . Les objets A et B ne sont point ici des marchandises avant l'échange, mais le deviennent seulement par l'échange même. Dès le moment qu'un objet utile dépasse par son abondance les besoins de son producteur, il cesse d'être valeur d'usage pour lui et, les circonstances données, sera utilisé comme valeur d'échange. Les choses sont par elles-mêmes extérieures à l'homme et, par conséquent, aliénables. Pour que l'aliénation soit réciproque, il faut tout simplement que des hommes se rapportent les uns aux autres, par une reconnaissance tacite, comme propriétaires privés de ces choses aliénables et, par là même, comme personnes indépendantes. Cependant, un tel rapport d'indépendance réciproque n'existe pas encore pour les membres d'une communauté primitive, quelle que soit sa forme, famille patriarcale, communauté indienne, Etat inca comme au Pérou, etc. L'échange des marchandises commence là où les communautés finissent, à leurs points de contact avec des communautés étrangères ou avec des membres de ces dernières communautés. Dès que les choses sont une fois devenues des marchandises dans la vie commune avec l'étranger, elles le deviennent également par contrecoup dans la vie commune intérieure. La proportion dans laquelle elles s'échangent est d'abord purement accidentelle, Elles deviennent échangeables par l'acte volontaire de leurs possesseurs qui se décident à les aliéner réciproquement. Peu à peu, le besoin d'objets utiles provenant de l'étranger se fait sentir davantage et se consolide. La répétition constante de l'échange en fait une affaire sociale régulière, et, avec le cours du temps, une partie au moins des objets utiles est produite intentionnellement en vue de l'échange. A partir de cet instant, s'opère d'une manière nette la séparation entre l'utilité des choses pour les besoins immédiats et leur utilité pour l'échange à effectuer entre elles, c'est à-dire entre leur valeur d'usage et leur valeur d'échange. D'un autre côté, la proportion dans laquelle elles s'échangent commence à se régler par leur production même. L'habitude les fixe comme quantités de valeur.

Dans l'échange immédiat des produits, chaque marchandise est moyen d'échange immédiat pour celui qui la possède, mais pour celui qui ne la possède pas, elle ne devient équivalent que dans le cas où elle est pour lui une valeur d'usage. L'article d'échange n'acquiert donc encore aucune forme valeur indépendante de sa propre valeur d'usage ou du besoin individuel des échangistes. La nécessité de cette forme se développe à mesure qu'augmentent le nombre et la variété des marchandises qui entrent peu à peu dans l'échange, et le problème éclôt simultanément avec les moyens de le résoudre. Des possesseurs de marchandises n'échangent et ne comparent jamais leurs propres articles avec d'autres articles différents, sans que diverses marchandises soient échangées et comparées comme valeurs par leurs maîtres divers avec une seule et même troisième espèce de marchandise. Une telle troisième marchandise, en devenant équivalent pour diverses autres, acquiert immédiatement, quoique dans d'étroites limites, la forme équivalent général ou social. Cette forme générale naît et disparaît avec le contact social passager qui l'a appelée à la vie, et s'attache rapidement et tour à tour tantôt à une marchandise, tantôt à l'autre. Dès que l'échange a atteint un certain développement, elle s'attache exclusivement à une espèce particulière de marchandise, ou se cristallise sous forme argent. Le hasard décide d'abord sur quel genre de marchandises elle reste fixée ; on peut dire cependant que cela dépend en général de deux circonstances décisives. La forme argent adhère ou bien aux articles d'importation les plus importants qui révèlent en fait les premiers la valeur d'échange des produits indigènes, ou bien aux objets ou plutôt à l'objet utile qui forme l'élément principal de la richesse indigène aliénable, comme le bétail, par exemple. Les peuples nomades développent les premiers la forme argent parce que tout leur bien et tout leur avoir se trouve sous forme mobilière, et par conséquent immédiatement aliénable. De plus, leur genre de vie les met constamment en contact avec des sociétés étrangères, et les sollicite par cela même à l'échange des produits. Les hommes ont souvent f ait de l'homme même, dans la figure de l'esclave, la matière primitive de leur argent ; il n'en a jamais été ainsi du sol. Une telle idée ne pouvait naître que dans une société bourgeoise déjà développée. Elle date du dernier tiers du XVIIe siècle ; et sa réalisation n'a été essayée sur une grande échelle, par toute une nation, qu'un siècle plus tard, dans la révolution de 1789, en France.

A mesure que l'échange brise ses liens purement locaux, et que par suite la valeur des marchandises représente de plus en plus le travail humain en général, la forme argent passe à des marchandises que leur nature rend aptes à remplir la fonction sociale d'équivalent général, c'est-à-dire aux métaux précieux.

Que maintenant bien que, « par nature, l'or et l'argent ne soient pas monnaie, mais [que] la monnaie soit, par nature, or et argent [7] », c'est ce que montrent l'accord et l'analogie qui existent entre les propriétés naturelles de ces métaux et les fonctions de la monnaie [8] . Mais jusqu'ici nous ne connaissons qu'une fonction de la monnaie, celle de servir comme forme de manifestation de la valeur des marchandises, ou comme matière dans laquelle les quantités de valeur des marchandises s'expriment socialement. Or, il n'y a qu'une seule matière qui puisse être une forme propre à manifester la valeur ou servir d'image concrète du travail humain abstrait et conséquemment égal, c'est celle dont tous les exemplaires possèdent la même qualité uniforme. D'un autre côté, comme des valeurs ne diffèrent que par leur quantité, la marchandise monnaie doit être susceptible de différences purement quantitatives ; elle doit être divisible à volonté et pouvoir être recomposée avec la somme de toutes ses parties. Chacun sait que l'or et l'argent possèdent naturellement toutes ces propriétés.

La valeur d'usage de la marchandise monnaie devient double. Outre sa valeur d'usage particulière comme marchandise — ainsi l'or, par exemple, sert de matière première pour articles de luxe, pour boucher les dents creuses, etc. — elle acquiert une valeur d'usage formelle qui a pour origine sa fonction sociale spécifique.

Comme toutes les marchandises ne sont que des équivalents particuliers de l'argent, et que ce dernier est leur équivalent général, il joue vis-à-vis d'elles le rôle de marchandise universelle, et elles ne représentent vis-à-vis de lui que des marchandises particulières [9] .

On a vu que la forme argent ou monnaie n'est que le reflet des rapports de valeur de toute sorte de marchandises dans une seule espèce de marchandise. Que l'argent lui-même soit marchandise, cela ne peut donc être une découverte que pour celui qui prend pour point de départ sa forme tout achevée pour en arriver à son analyse ensuite [10] . Le mouvement des échanges donne à la marchandise qu'il transforme en argent non pas sa valeur, mais sa forme valeur spécifique. Confondant deux choses aussi disparates, on a été amené à considérer l'argent et l'or comme des valeurs purement imaginaires [11] . Le fait que l'argent dans certaines de ses fonctions peut être remplacé par de simples signes de lui-même a fait naître cette autre erreur qu'il n'est qu'un simple signe.

D'un autre côté, il est vrai, cette erreur faisait pressentir que, sous l'apparence d'un objet extérieur, la monnaie déguise en réalité un rapport social. Dans ce sens, toute marchandise serait un signe, parce qu'elle n'est valeur que comme enveloppe matérielle du travail humain dépensé dans sa production [12] . Mais dès qu'on ne voit plus que de simples signes dans les caractères sociaux que revêtent les choses, ou dans les caractères matériels que revêtent les déterminations sociales du travail sur la base d'un mode particulier de production, on leur prête le sens de fictions conventionnelles, sanctionnées par le prétendu consentement universel des hommes.

C'était là le mode d'explication en vogue au XVIIIe siècle ; ne pouvant encore déchiffrer ni l'origine ni le développement des formes énigmatiques des rapports sociaux, on s'en débarrassait en déclarant qu'elles étaient d'invention humaine et non pas tombées du ciel.

Nous avons déjà fait la remarque que la forme équivalent d'une marchandise ne laisse rien savoir sur le montant de sa quantité de valeur. Si l'on sait que l'or est monnaie, c'est-à-dire échangeable contre toutes les marchandises, on ne sait point pour cela combien valent par exemple 10 livres d'or. Comme toute marchandise, l'argent ne peut exprimer sa propre quantité de valeur que, relativement, dans d'autres marchandises. Sa valeur propre est déterminée par le temps de travail nécessaire à sa production, et s'exprime dans le quantum de toute autre marchandise qui a exigé un travail de même durée [13] . Cette fixation de sa quantité de valeur relative a lieu à la source même de sa production dans son premier échange. Dès qu'il entre dans la circulation comme monnaie, sa valeur est donnée. Déjà dans les dernières années du XVIIe siècle, on avait bien constaté que la monnaie est marchandise ; l'analyse n'en était cependant qu'à ses premiers pas. La difficulté ne consiste pas à comprendre que la monnaie est marchandise, mais à savoir comment et pourquoi une marchandise devient monnaie [14] .

Nous avons déjà vu que dans l'expression de valeur la plus simple x marchandise A = y marchandise B, l'objet dans lequel la quantité de valeur d'un autre objet est représentée semble posséder sa forme équivalent, indépendamment de ce rapport, comme une propriété sociale qu'il tire de la nature. Nous avons poursuivi cette fausse apparence jusqu'au moment de sa consolidation. Cette consolidation est accomplie dès que la forme équivalent général s'est attachée exclusivement à une marchandise particulière ou s'est cristallisée sous forme argent. Une marchandise ne paraît point devenir argent parce que les autres marchandises expriment en elle réciproquement leurs valeurs ; tout au contraire, ces dernières paraissent exprimer en elle leurs valeurs parce qu'elle est argent. Le mouvement qui a servi d'intermédiaire s'évanouit dans son propre résultat et ne laisse aucune trace. Les marchandises trouvent, sans paraître y avoir contribué en rien, leur propre valeur représentée et fixée dans le corps d'une marchandise qui existe à côté et en dehors d'elles. Ces simples choses, argent et or, telles qu'elles sortent des entrailles de la terre, figurent aussitôt comme incarnation immédiate de tout travail humain. De là la magie de l'argent.
Quid de la spoliation dans l'échange ?
Voilà un sujet calibré pour les élèves en série économie sociale et familiale. C’est la profession à laquelle se destinent les futurs bacheliers, sauf les forts en math et les fils de bonne famille qui iront en prépa publique ou payante pour rejoindre les écoles de commerce. Que gagne-t-on à échanger ? Cette question est-elle philosophique ? Non, encore un qui au ministère nous prend pour des billes. On ne gagne rien à échanger. L’échangisme présente un risque et nous connaissons tous un voisin qui s’est mis en tête d’amener sa femme dans un club. Au bout de six mois, sa femme est partie avec un autre. La morale, c’est que dans tout échange il y a un risque. Nous connaissons tous ces petits porteurs qui ont échangé quelques économies mises en sûreté à la caisse d’Epargne contre des actions Eurotunnel ou bien des titres Natixis. Dans tout échange il y a un couillonné. Que gagne-t-on à échanger ? La question est franchement conne. L’important est de savoir qui gagne en cas d’échange. Et la réponse est simple, celui qui gagne c’est le plus rusé, le plus filou, parfois le plus amoral. Prenons Eric Besson, il a échangé un poste de sous fifre au PS, avec en plus, les moqueries de Ségolène, contre un poste de Ministre chez Sarkozy. Au lieu de s’emmerder rue de Solferino à tourner en rond en attendant que Martine donne le signal pour pleurer sur le sort du PS, on l’a vu rayonnant sur une tribune, à l’occasion des festivités données en l’honneur de la venue d’Obama. Dans tout échange, il y a un gagnant et un perdant. Que gagne-t-on à échanger ? On peut gagner énormément si on est du bon côté avec les bonnes informations mais on peut aussi perdre pas mal. Si on est doué pour gagner en échangeant, on peut faire du commerce ou bien devenir trader, sinon, le mieux est de passer le Capes ou alors d’entrer à la communauté de commune comme agent technique.

http://www.toutsaufs...pmjRgdWAk.shtml
je veux dire echanger un truc qu'on crée soi meme.
la plupart de gens qui se targuent d"echanger" ne font que reprendre des choses qu'ils ont prises ailleurs, sans plus value.
En mode consommateur.
Le plus ahurissant dans le meme temps c'est que les gens sont directement davantage reconnaissant envers celui qui "partage" un truc qu'il a repris d'ailleurs, qu'envers le createur original.

Si tu vas sur un site de lien torrent par exemple, tu vas avoir plein de remerciements pour l'uploader du torrent (genre le mec c'est un super heros, quoi), mais pour celui qui a créé le contenu à la base, rien

Normal, puisque le créateur ne se place pas dans cette logique d'échange, qu'il veut nous vendre son truc à prix prohibitif. Et surtout qu'il nous insulte de pirate, de voleur, ou que sais je encore, ça ne donne pas envie de les remercier, encore moins de faire des efforts pour eux par la suite.
En avant pour les antitheses, cela ne voulant pas dire que je ne suis pas d'accord avec les propos tenus par l'OP aka enter...
Dans le téléchargement qui échange quoi avec qui ? Ce sont surtout les internautes qui s'échangent des trucs entre eux. Pas tellement avec les artistes ...
Je pense que l'artiste gagne en renommée lors de ce type d'échange. ça a un effet "bouche-à-oreille".
D'autre part, l'échange suppose un accord préalable entre les deux parties pour se mettre d'accord sur l'équité de la transaction. Dans le téléchargement, quel accord y a t'il préalablement à l'échange ?
C'est un accord intrinsèque au système : comme il s'agit d'un partage dématérialisé, l'émetteur ne perd pas le contenu, la compensation (le paiement) n'est donc pas nécessaire.
Même dans les échanges entre internautes, on assiste à un déséquilibre : certains étant davantage producteurs et d'autres davantage consommateur.
On ne peux pas demander à tout le monde d'avoir du talent afin de maintenir un ratio production/consommation artistique ^^
Les systèmes de troc étaient valables dans les sociétés primitives où chacun avait besoin de l'autre pour assurer la survie du groupe. Si peu à peu, les systèmes de troc ont été abandonné pour un système monétaire (en fait on troque un travail contre un équivalent travail appelé "monnaie"), ce n'est pas par hasard non plus.
C'est surtout dû à lma versatilité de l'élément monétaire qui peut prendre quelque forme que ce soit une fois investie, à la difference du troc : si tu veux vendre un objet mais que l'acheteur n'a rien d'interessant à te proposer? plutot que de lui troquer contre un objet inutile pour toi (on reviens à la notion d'echange profitable), tu l'echange contre un equivalent potentiel (l'argent n'offre rien en soit mais juste un potentiel investissement)
L'échange ne crée pas le lien social. C'est l'inverse : seul un lien social fort qui a créé une confiance peut amener à un échange. Dans l'autre sens, cela ne peut être vrai que dans des petites communautés (même si elles sont planétaires) où la confiance existe déjà. Je ne vais pas échanger des objets (même virtuels) avec quelqu'un que je ne connais pas. Ou alors simplement des objets sans valeur : par exemple, des musiques que j'ai moi même téléchargé et qui ne m'ont rien coûté.
Ou alors des centaines d'euros contre une PS3 à la FNAC...
Damned, saleté de quotes...
Vous pensez qu'on peut se faire virer du lycée pour une copie pareil ?
échange ou partage?l'echange suppose que l'on ne garde pas ce que l'on a donné...

Absurde !
Si tu échanges un savoir faire tu le gardes, si tu échanges un savoir, tu le conserve aussi.
Tout à fait, il y a même une parabole là-dessus: "échange 5 euros avec ton voisin, vous n'aurez chacun à la fin que 5 euros; échange une idée, vous aurez chacun à la fin 2 idées"

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