L'opérateur britannique BT a annoncé son intention de limiter l'accès à certains services, officiellement pour décongestionner ses réseaux. Officieusement, il cherche surtout à brider l'accès à des services concurrents de ceux qu'il propose à ses clients.

Ca finira par arriver aussi en France, comme l’avait annoncé à demi-mots la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet. En Grande-Bretagne, l’opérateur historique British Telecom (BT) a annoncé son intention de faire payer aux éditeurs de services vidéo en ligne la bande passante qu’ils utilisent, et qui serait selon lui responsable d’une congestion des tuyaux. Il vise en particulier le service iPlayer de la télévision publique BBC, qui permet aux internautes britanniques de retrouver et de télécharger les programmes diffusés sur les chaînes du groupe.

Le président de BT, John Petter, reproche aux services comme iPlayer d’utiliser ses tuyaux pour « développer des modèles économiques très profitables« , sans payer la bande passante qu’il exploite. Le logiciel iPlayer utilise notamment un réseau P2P pour diffuser certaines vidéos, ce qui évite à la BBC de payer elle-même la bande passante que les services traditionnels payent d’ordinaire aux hébergeurs, lesquels en reversent ensuite une partie aux FAI par le jeu des accords de peering et des locations de tuyaux.

Le plan présenté par BT prévoit d’accorder seulement 10 Go de transfert par mois aux abonnés, de limiter la bande passante des réseaux P2P pendant la journée, de brider l’accès des plus gros consommateurs de bande passante, et de limiter la vitesse des services de streaming à seulement 896 kbps entre 17 heures et minuit. Officiellement, il s’agit d’éviter d’engorger les tuyaux de bande passante, pour améliorer l’expérience utilisateur de tous les clients.

Une excluse tellement bidon que BT lui-même l’avait écartée il y a deux ans, en expliquant qu’une simple mise à niveau des infrastructure suffirait à gérer le trafic, et qu’il n’y avait pas besoin de mettre en place des mesures discriminatoires sur le réseau, qui iraient contre la neutralité du net.

Mais officieusement, BT veut aujourd’hui contrôler la concurrence, pour éviter que les services de vidéo en ligne proposés par les éditeurs ne gênent la progression de ses propres services de VOD et de TV par ADSL. Le service iPlayer offre par exemple du streaming gratuit en 1,5 Mbps, et même de la HD à 3,2 Mbps. Avec un bridage du streaming à 800 kbps, ces services deviennent impossible à utiliser. Et même s’ils passent par d’autres voies, avec plus de 3 méga-octets par minute, la limite de 10 Go par mois est vite atteinte.

Un problème de libre concurrence qui a déjà fait reculer Time Warner aux Etats-Unis. L’opérateur voulait lui aussi imposer de fortes restrictions sur le trafic, mais un député a menacé de proposer une loi qui interdit aux opérateurs de limiter la bande passante des utilisateurs. Time Warner a donc fait, au moins provisoirement, marche arrière.

En Europe, le débat sur la neutralité du net n’est pas tranché. Le rapport Harbour, intégré au Paquet Télécom, n’est pas du tout contraignant pour les opérateurs. Les articles 20 et 21 du rapport, qui s’intéressent à la neutralité du net, autorisent les opérateurs télécoms à pratiquer des restrictions d’accès ou de débit à l’encontre certains services. Ils imposent uniquement que ces discrimations d’usages soient notifiées à l’abonné.

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