Le Parti Pirate fait son entrée au Parlement Européen !

La rédaction - publié le Lundi 08 Juin 2009 à 00h10 - posté dans Société 2.0

Il faut prendre la mesure de l'évènement. Créé il y a seulement trois ans pour défendre une autre idée de la propriété intellectuelle, le Parti Pirate suédois a remporté dimanche plus de 7 % des suffrages, et envoie un député au Parlement européen. Au delà de l'importance du résultat pour les idées défendues par le PiratPartiet, c'est d'abord une démocratie nouvelle qui commence, assise sur Internet.

Mise à jour 00h07 : les dernières projections accordent au Parti Pirate deux sièges, en théorie. Sous l'effet du Traité de Nice, les Suédois ont en effet encore 18 sièges. Mais si le Traité de Lisbonne entre en application au 1er janvier 2010, la Suède bénéficiera de deux sièges supplémentaires, dont un devrait bénéficier au Parti Pirate.

Mise à jour 23h01 : selon les derniers chiffres communiqués, le Parti Pirate aurait rassemblé environ 200.000 votes, ou 7,1 % des voix. Chez les 18-30 ans, il rassemble 19 % des scrutins. Une immense victoire. Le Parti Pirate est le premier parti chez les moins de 30 ans !

Les sondages avaient vu juste. Comme l'avait prédit la London School of Economics, le Parti Pirate suédois (PiratPartiet) a frôlé dimanche les 8 % de voix lors des élections européennes. Une victoire d'une ampleur inimaginable il y a encore quelques mois. Le PiratPartiet a aujourd'hui l'assurance d'envoyer un député au Parlement Européen, et peut-être même deux.

Dimanche soir, avant la publication définitive des résultats, les prédictions à la sortie des urnes donnaient 7,4 % de voix au Parti Pirate, qui défend l'idée d'une refonte totale du droit d'auteur, d'une suppression des brevets et de la défense des libertés et de la vie privée sur Internet. Il leur fallait 4 % de voix pour accéder au Parlement, ils ont fait près du double.

Grâce, c'est l'ironie, à leurs premiers adversaires. C'est en effet la condamnation des administrateurs de The Pirate Bay à un an d'emprisonnement qui a véritablement dopé la campagne du Parti Pirate.

Pour les défenseurs du Peer-to-Peer et des libertés sur Internet, c'est une immense victoire. Ca n'est bien sûr qu'un siège, une goutte d'eau, mais il donnera accès au droit de déposer des amendements, d'accéder aux textes en préparation, et d'observer les agissements des lobbys de l'intérieur.

C'est aussi et surtout un symbole. Un symbole très fort, qui devrait inspirer bien au delà de la cause défendue par les Pirates.

Car il faut rappeler que le Parti Pirate n'a été créé qu'en 2006, il y a seulement trois années. En trois petites années, des citoyens ont pu se rassembler, s'organiser sans le moindre financement public, pour accéder au Parlement Européen avec l'espoir de peser sur l'orientation politique de l'Europe. Du jamais vu.

C'est Internet qui a permis à un petit parti politique, venu de nulle part, de s'organiser. Au delà de la victoire du Parti Pirate, c'est un nouveau chapitre de la vie politique qui s'ouvre. Auparavant, les candidats qui n'avaient pas accès aux médias traditionnels n'avaient aucune chance de l'emporter face aux mastodontes. Avec Internet, devenu lui-même un média très puissant, le rêve démocratique porté par le Parti Pirate est devenu accessible. Quel que soit le sujet défendu.

"Ensemble, nous avons changé aujourd'hui le paysage de la politique européenne", s'est félicité dans la soirée Rick Falkringe, le porte-parole du Parti Pirate, auprès du blog TorrentFreak. "Quelle que soit la manière dont cette soirée se termine, nous l'avons changée. Ca fait un bien fou. Les citoyens ont compris qu'il était temps de faire la différence."

Ce constat du poids d'Internet dans une démocratie nouvelle n'est d'ailleurs pas étranger à la défaite cinglante de François Bayrou et de son MoDem, en France. Nous l'avions dit à de nombreuses reprises ; en n'affichant pas une opposition ferme et musclée à l'Hadopi, le leader centriste s'est coupé du soutien des internautes qui l'avaient porté proche du sommet en 2007. Electoralement, la défense des libertés numériques n'est encore qu'un sujet mineur en France. Mais en ne prenant pas au sérieux ce sujet-là, Bayrou n'a pas donné aux internautes l'envie de le soutenir sur l'ensemble de sa campagne. Combien de points, au final, cela lui a-t-il coûté ?

Au contraire, Europe Ecologie et son leader Daniel Cohn-Bendit ont solidement affiché des positions anti-Hadopi, en défendant l'amendement Bono (d'ailleurs co-signé par Cohn-Bendit) au Parlement Européen, et en prenant l'engagement de défendre une libéralisation des échanges de fichiers non commerciaux. Contrairement à celle du MoDem, la position d'Europe Ecologie a été sans ambiguité. Elle l'a aidé à gagner le soutien de relais d'opinion sur Internet.

Il faudra, désormais, que le Parti Pirate transforme ce succès électoral en actions. Et en mouvement européen. Pour le moment, le PP suédois est le seul à connaître un tel succès. Le Parti Pirate allemand, lui aussi engagé (plus tardivement) dans la campagne, n'a rassemblé qu'un pourcent des voix. Mais avec l'exemple suédois, les partis politiques de toute l'Europe ne pourront plus prendre à la légère les idées défendues par "les pirates". C'est le principal enseignement de ce résultat. Une page se tourne.

Publié par La rédaction, le 8 Juin 2009 à 00h10
 
 
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Internet en lui-même est plein de création en dehors de tout ce qu'il peut contenir comme services et commodités. Subordonner son développement au piratage d'oeuvres protégées est maladroit.

Par contre, sans le piratage, il est vrai que la répartition des débits vendus auraient peut-être été plus hétérogène. Mais je ne peux en être certain.
L'Avenir se dessine à grands traits pourfendeur de la censure,bravo les Pirates!
'polar_bear', le 01/01/1970 - 01:00
Internet en lui-même est plein de création en dehors de tout ce qu'il peut contenir comme services et commodités. Subordonner son développement au piratage d'oeuvres protégées est maladroit.

Par contre, sans le piratage, il est vrai que la répartition des débits vendus auraient peut-être été plus hétérogène. Mais je ne peux en être certain.
Certes ça n'est pas l'unique facteur de développement mais il y a grandement contribué. Il n'y a pas si longtemps (début 2008) la commerciale d'Orange a essayé de me fourguer un abonnement câble en me vantant les performances pour ce qui est des débits : « en téléchargement, ça dépote » qu'elle disait la dame. :rolleyes: Et puis plus sérieusement je considère que ce que l'on nomme piratage relève plutôt du recours à une gigantesque bibliothèque publique. On va y chercher et piocher comme dans Wikipedia. On ne cherche pas spécialement à s'approprier les fichiers, souvent on les oublie, ça n'a rien d'une démarche consumériste. C'est plutôt un service et ça ne nuit nullement aux entrées en salles de cinéma ou de concert comme des études ont pu le démontrer. Il vaudrait mieux aborder la question autrement que de tenter de réaliser la rémunération par le droit exclusif d'interdire. C'est DADVSI, les DRM, Hadopi... On s'imagine que le public va se précipiter pour acheter ce qu'il n'achetait pas auparavant mais c'est peine perdue. Ils n'ont rien compris ou ils ont l'esprit vicié par le système marchand. Étant donné la nature intrinsèque du phénomène des échanges P2P, de sa sociologie, c'est voué à l'échec. Il y a d'autre moyens de satisfaire le droit à rémunération, la licence globale par exemple.
Je préfère oublier ta question sur la validité de la déclaration des droits de l'homme qui se fourvoierait. C'est au moins ridicule ; au pire digne d'une idéologie totalitaire.

C'était purement rhétorique ... peut être que ce n'est pas le cas de celui là mais de nombreux textes sont largement discutables, tout ça pour dire que citer un texte ne veut rien dire d'autre que ce que dit le texte, ça ne veut pas forcément dire que c'est vrai ou bien. Je répète c'était purement rhétorique d'où et "si".


Ensuite ce que tu ne comprends pas c'est qu'auparavant les créateurs étaient inféodés aux princes, n'avaient aucun droit que celui de satisfaire leurs demandes ou d'abandonner leur art. Ça n'a rien à voir avec la relation instaurée par le Droit d'Auteur entre son détenteur et un producteur, un organisateur de spectacles ou autres. C'est l'auteur qui a tout le pouvoir de négocier la cession des droits sur ses oeuvres. C'est le droit exclusif d'autoriser ou d'interdire et ça n'a rien à voir avec un privilège concédé par le roi. Les pouvoirs sont inversés et les majors dont tu parles sont obligées de faire avec.

Premièrement ce que j'ai voulu mettre en avant c'est que les artistes n'ont pas attendu le droit d'auteur pour s'exprimer, et que même quand ils vivaient du mécénat il y a eu des créations qui ont même changé le monde (Cd époque Lumières que tu aimes citer). Ensuite ce que tu dis au sujet des relations entre majors et auteurs est vrai en théorie mais complètement faux en pratique. Crois tu vraiment que les auteurs ont leur mot à dire face au majors ? Déjà actuellement, les auteurs pas ou peu connues sont obligés de se plier aux conditions des majors si ils veulent avoir une chance d'être lancer par eux. De plus si on regarde bien les majors créent des artistes en prenant le même moule pour faire de l'argent, elle est où la création ? Bah c'est simple il n'y en a pas ou peu, on utilise les recettes qui marchent. Moi personnellement je ne vois pas tant de différence que ça en "pratique" avec l'époque du mécénat. L'argent est le nouveau "leitmotiv" de la création artistique ...

@Makhno : Je ne vais pas citer tout ce que tu as dit ensuite. Je suis complètement d'accord pour dire qu'actuellement ce sont les majors qui freinent l'apparition d'un nouveau modèle économique. Je suis aussi d'accord avec toi quand tu dis que tenter d'endiguer le phénomène est un combat perdu d'avance. Par contre la licence globale comme solution ? Je ne suis pas sur de son efficacité, tu vas faire comment pour répartir l'argent ? Rien que ça et on comprend directement que la LG est vouée à l'échec (pareil je ne dis pas que c'est une mauvaise idée juste que les mentalités ne sont pas prêtes pour ça).

Le problème actuellement c'est que la masse d'argent qui tourne dans les sphères artistique est déraisonnable. Le droit d'auteur est censé permettre aux artistes de vivre de leur art ... Regarde tous les artistes avec un minimum de réussite vivent dans des conditions bien supérieur à celle de la plupart des gens, est ce normal ? L'argent au commande de la création et du divertissement, c'est triste je trouve moi. Et c'est aussi pour ça que la LG est vouée à l'échec, les artistes ne seront jamais d'accord sur la répartition ...

L'argent comme moteur de motivation est forcément mauvais de toute manière et ça dans tous les domaines.

Note : Et d'ailleurs Internent ne modifie que très peu les habitudes de consommation des gens qui l'utilisent pour regarder ou écouter gratuitement de la musique, ça ne m'empêche pas d'aller au cinéma, au concert, d'acheter des livres et rarement (mais même avant internet c'était rare) d'acheter le CD des artistes que j'aime vraiment. Internet est devenu pour moi un espace de découverte et d'expérience, impossible de se le permettre si il fallait tout payer ... Et c'est le cas de beaucoup de gens ...
Le système actuel est perverti, les Majors étant en position de monopole.
La licence globale est un système condamné à reproduire les mêmes erreurs avec des acteurs différents (au début la SACEM était utile et bien gérée).
Pour moi, la solution, c'est le mécénat "global".
Entre l'artiste et son public, un minimum d'intermédiaires facilement identifiables, quantifiables (en terme de coûts) et interchangeables, c'est l'unique solution raisonnable.
Le "sponsoring" ne sera plus réservé aux Majors mais à toute entité ayant les moyens de le faire.
Une partie du public sera fière de soutenir "depuis le début" le ou les artistes qui "montent", tandis que d'autres préfèreront soutenir des artistes moins consensuels.
Se lancer sera un peu plus dur pour les artistes (mais la vie est de plus en plus dure avec tous le monde) mais ils conserveront leur autonomie et leur liberté de création.
Les modes de pensée et de consommation changeront, ce qui ne sera pas un mal.
Les partisans du "libéralisme économique" se retrouveront face à la stricte application de leur doctrine.

Je n'aime pas DCB, ni les autres dirigeants des verts, mais il peut émerger de ce mouvement un futur leader politique acceptable.
Comment s'appelle cette fille qui ne pensait pas être élue ? Karima Delli.
Il faut la soutenir et la guider autant que possible pour qu'elle ne se fasse pas corrompre par le milieu politico-économique.

Sinon, longue vie au Piratpartiet !!

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