Plus que jamais candidat à une entrée au gouvernement, le socialiste Claude Allègre s'associe pleinement au combat contre la gratuité et contre Internet que mène Nicolas Sarkozy. Il dénonce ainsi "cette jungle inextricable qu'est devenu Internet", et défend le modèle payant pour accéder aux médias et aux contenus culturels.

C’est un secret de polichinelle que le socialiste Claude Allègre devrait entrer au gouvernement lors du prochain remaniement, après les élections européennes du 7 juin prochain. En tout cas, il fait tout pour. Dans un récent article qui a beaucoup circulé, nous expliquions que Nicolas Sarkozy aimait s’entourer de ministres qui n’aiment pas Internet, ou qui aspirent à le réguler. C’est aussi un homme qui déteste la gratuité, et adore l’argent et le pouvoir qu’il procure. Dans une tribune publiée par Le Point, Claude Allègre fait donc d’une pierre deux coups en fustigeant la gratuité qui se généralise sur Internet, pour applaudir sans rougir la loi Hadopi, la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, et l’organisation des Etats généraux de la presse.

« Dans le monde des médias et des industries culturelles, le virus, c’est le gratuit ou plutôt le leurre du gratuit« , écrit l’ancien ministre de l’éducation supérieure et de la recherche. Il se place ainsi dans la droite ligne de l’ancien patron de la FNAC Denis Olivennes, qui avait commis l’ouvrage « La gratuité c’est le vol », avant de prendre en charge les discussions sur la rispote graduée qui ont abouti aux accords de l’Elysée.

Pour justiifier son hostilité à la gratuit, Claude Allègre explique que l’économie est née au service de l’échange, mais que « la substitution exagérée du virtuel au réel a déstabilisé nos économies, fautives d’avoir falsifié le mécanisme de l’échange« . Sans argent, il n’y aurait donc pas d’échange possible, explique le chercheur, habitué aux polémiques.

Ainsi, « des produits culturels ont été mis sur Internet avec l’objectif d’une redevance, mais rapidement tout a été piraté, copié, multiplié au nom de la gratuité« , résume Allègre.

Au nom de la gratuité, plutôt qu’au nom de l’accès de tous à la culture. Le choix des mots a son importance.

Ainsi selon Claude Allègre, « les jeunes ont répondu à cette mode par un engouement enthousiaste, déçus qu’ils étaient par le monde réel et cherchant refuge dans un virtuel préformaté. Ils n’ont pas réalisé que, chemin faisant, sous couvert de modernisme, ils se mettaient dans un état d’aliénation vis-à-vis des marchands de tuyaux« .

Sur la loi Hadopi, il est heureux que ce soit « la première tentative pour organiser enfin cette jungle inextricable qu’est devenu Internet« . S’il concède quelques « imperfections techniques », sans piper mot sur ses imperfections républicaines, il assure que « cette loi a plusieurs mérites« . « D’abord, d’engager enfin la démarche de régulation d’Internet : faire entrer ce merveilleux outil dans les règles. Ensuite, de souligner que le moteur du progrès, c’est la création, qui doit être rémunérée et protégée. La gratuité dans le circuit commercial est un leurre qui, à terme, est une aliénation de l’esprit et un encouragement à la paresse intellectuelle« .

Révélateur d’un mode de pensée, Claude Allègre estime que « la gratuité sans échange doit rester un monopole de la collectivité, de l’Etat, qui l’organise de manière à préserver l’équité« . Comme si les hommes ne pouvaient pas prendre en main leur propre économie, par exemple par des services d’échange gratuit comme Wikipedia ou Jamendo, et devaient toujours s’en remettre à un Etat centralisateur pour accéder à la gratuité. Une gratuité que l’on paye avec nos impôts.

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