Exclusif : l'Hadopi ciblera en priorité les récidivistes potentiels !

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 20 Mai 2009 à 17h39 - posté dans Société 2.0

Numerama a pu prendre connaissance des cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et cahier des clauses techniques particulières (CCTP), transmis par le ministère de la Culture aux entreprises candidates à la mise en oeuvre du système d'information de l'HADOPI. Il nous en apprend plus sur le fonctionnement de la riposte graduée, et notamment qu'elle visera en priorité les internautes qui présentent le plus fort risque de récidive.

Le gouvernement veut aller au plus vite dans la mise en oeuvre de l'Hadopi. Sans attendre que la loi Création et Internet soit adoptée, le ministère de la Culture a lancé en début d'année son appel d'offres et transmis aux différents prestataires candidats au marché public de l'Hadopi les documents contractuels qui fixent le cadre technique et administratif du fonctionnement de la Haute Autorité. Ils prévoyaient la notification du marché au 5 juin 2009, et la mise en oeuvre d'un premier prototype de la riposte graduée dès le 1er juillet.

Numerama a ainsi pris connaissance, et publie aujourd'hui l'intégralité du cahier des clauses administratives particulières (CCAP, .pdf) et du cahier des clauses techniques particulières (CCTP, .pdf) portant sur "l'acquisition d'un prototype de gestion de la mission de protection des oeuvres et objets auxquels est attaché un droit d'auteur ou un droit voisin". Les versions de ces documents ont été réalisées début avril, sur la base du texte sorti en commission mixte paritaire, avant qu'il soit finalement rejeté par les députés en première lecture. Le texte issu de la seconde lecture étant toutefois extrêmement proche de la version de la CMP, on peut considérer ces documents comme les versions quasi définitives.

La vitesse de mise en oeuvre comme premier critère d'octroi du marché public

Selon le calendrier prévisionnel fixé, qui tablait sur une promulgation de la loi courant mai (ça sera plutôt courant juin), il est prévu que la riposte graduée soit mise en oeuvre dès après l'adoption de la loi, avec un calendrier qui échelonnait les étapes du 5 juin (date de notification du marché) au 31 mars 2010 (date où l'ensemble de l'architecture technique de l'Hadopi devait être terminée).

Au départ, l'Hadopi n'enverra que des recommandations écrites, par e-mail, à raison de 100 infractions traitées par jour. Puis lorsque les traitements seront totalement automatisés (en principe en septembre), l'Hadopi passera à un rythme de 1000 traitements quotidiens, puis 10.000 lorsque le prototype sera finalisé, en 2010.

Il est toutefois laissé aux candidats la possibilité de proposer un autre calendrier, le CCTP précisant que "les offres seront appréciées au regard de la proximité du calendrier proposé par rapport au calendrier cible". Pas d'inquiétude sur les moyens ; ce que le ministère veut, le ministère peut y mettre l'argent qu'il faut. "Il n'y a pas de montant minimum ni maximum au présent marché", prévient en effet le CCAP. Ca n'est donc pas à qui proposera le moins cher, mais à qui s'engagera à aller le plus vite.

Gare cependant aux candidats. Il faudra avoir des nerfs solides. La phase de bêta-test durera seulement deux semaines avant la mise en oeuvre des premiers avertissements, et les bugs bloquants devront être corrigés en une journée, sous peine de sanction. Et puis "le titulaire a une obligation de résultat", prévient le CCAP. "Il reconnaît avoir été informé du caractère stratégique de la mise en oeuvre de l'outil et des graves conséquences qu'auraient pour HADOPI une mauvaise qualité des prestations réalisées par le titulaire telles que notamment le non-respect des délais d'exécution, ou des niveaux de performances, d'existence de failles de sécurité ou une indisponibilité totale voire partielle de l'outil". Le prestataire endosse toute la responsabilité en cas de problème, et indemnisera l'Hadopi s'il y a des retards ou des malfaçons. Il est aussi prévenu, dans le CCTP, qu' "étant donné le caractère politique du projet, le niveau de sécurité doit être optimisé".

Vers un ciblage des personnes à condamner

Bien que ces documents ont valeur contractuelle pour le prestataire qui les signe et s'engage sur le résultat, beaucoup de points restent encore flous. Le ministère demande aux prestataires le maximum de souplesse et la possibilité de paramétrer les outils pour s'adapter aux précisions qui seront faites par les décrets. Le flou est en particulier entretenu sur deux points : l'échantillonnage et les réitérations.

L'échantillonnage, c'est la possibilité laissée à l'Hadopi de ne traiter qu'une partie seulement des saisines envoyées par les ayants droit, en choisissant celles des requêtes qui lui semblent prioritaires. Le CCTP explique ainsi que "l'échantillonnage est basé sur un algorithme piloté par l'HADOPI et régulièrement mis à jour", et qu'il "devra être suffisamment souple pour prendre en compte des nouveaux paramètres".

En principe, faire partie des 100 élus qui seront pris chaque jour par l'Hadopi donne autant de chances d'être repéré par la patrouille que de gagner au loto. Mais par des méthodes statistiques dont on ne sait pour le moment rien, le ministère souhaite viser en priorité celles des adresses IP qui ont les plus fortes probabilité de récidive. En effet, l'algorithme d'échantillonnage de l'Hadopi devra "permettre d'identifier les adresses IP ayant de grandes chances de correspondre à des réitérations sur les 7 derniers jours de recueil de saisines".

Sauf à comparer chaque saisine avec l'ensemble des adresses IP référencées jusque là, on ne voit pas comment un tel algorithme peut fonctionner. Mais c'est un autre chapitre qui nous donne, peut-être (ça n'est pas explicite), un élément de réponse. Au chapitre du "module d'exploitation et des statistiques", il est en effet prévu que l'Hadopi puisse extraire des données statistiques d'une grande précision, notamment... géographiques ! "Afin de faciliter l'extraction, une recherche multicritère permettant de filtrer les données sera prévue (ex. plaque ADSL, département, fournisseur d'accès, type d'oeuvre, nom de l'agent de la Haute Autorité, période du traitement, récidive O/N, ...)", prévoit ainsi le cahier des charges.

On peut dès lors imaginer que les adresses IP des saisines seront géolocalisées, et que pour les besoins de son échantillonnage, l'Hadopi décide de concentrer ses sanctions, au hasard, sur les abonnés de Seine-Saint-Denis plutot que ceux de Neuilly-Sur-Seine.

L'arbitraire codé dans le cahier des charges

Les CCAP et CCTP ne font pas non plus la lumière sur les critères qui conduiront l'Hadopi à décider en cas de récidive (ou de "réitération") d'envoyer à nouveau un e-mail, une nouvelle lettre recommandée ou cette fois de sanctionner.

Il est seulement indiqué qu'afin "de définir au mieux les actions à mener en cas de manquement d'un titulaire d'abonnement, une étude des réitérations est menée de manière à faire ressortir pour chaque titulaire d'abonnement les éléments suivants : Etape du manquement (1er, 2ème, 3ème, ...) ; Type d'actions ou de sanctions prises précédemment par la Haute Autorité : Intervalle de temps entre chaque manquement ; et Type d'oeuvres concernées".

C'est un décret qui fixera le délai entre deux constats à partir duquel l'HAdopi pourra considérer qu'il y a récidive. Mais en quoi savoir le "type d'oeuvres concernées" par les précédents avertissements aide-t-il à définir s'il y a récidive et s'il y a lieu à sanction ? La loi ne fait pas de distinction sur ce point, mais l'Hadopi en fera. Y aura-t-il un traitement de faveur pour telle ou telle famille d'ayants droit ?

Enfin, les documents du marché public ne font pas non plus la lumière sur les voies de recours offertes aux internautes sanctionnés. Il est bien prévu que l'on puisse exercer un recours par voie électronique grâce à un formulaire dédié aux observations, ou par voie postale. Il est aussi précisé que ce recours peut conduire à informer les FAI de l'obligation de remettre immédiatement en route un abonnement qui avait été suspendu. Mais on n'en saura pas plus.

Il est en revanche bien indiqué que "dans le cas où un titulaire d'abonnement présente des observations avant le stade de la sanction, il est envisagé qu'un courrier contre signature lui soit envoyé afin de l'informer que les observations qu'il formulerait ne seront pris en considération qu'au stade de la sanction". La missive ne sera pas envoyée à la poubelle, mais elle ne sera pas lue, et archivée pour le cas où.

Publié par Guillaume Champeau, le 20 Mai 2009 à 17h39
 
 
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Commentaires à propos de «Exclusif : l'Hadopi ciblera en priorité les récidivistes potentiels !»
 

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On ne peut pas suivre une IP la trace, on est d'accord?

Fais-toi peur: www.hostip.fr
encore plus precis http://en.utrace.de/
Pareil mais en encore plus précis peut etre avec le fournisseur d'accès notamment ...http://www.ip-adress.com/ip_tracer/C'est pour çà qu'on va etre de plus en plus nombreux à utiliser des solutions d'anomisations (car elles existent et sont efficaces et peu couteuses). Et le gouvernement aura tout gagné.
Seul hostip.fr ne se fait pas duper par le proxy. Tous les autres indiquent le siège de Free à Paris.
C'est normal de viser en priorité les classes les plus pauvre qui n'ont pas de thune et qui sont plus apte à pirater, alors que une personne de la classé aisé achètera automatiquement ce qu'elle veut puisque elle a l'argent pour le faire.
Les banlieusard et les tricard au RMI n'ont qu'à bien se tenir.
D'ailleurs pour les gens qui se font attraper on pourrait leur sucrer leurs alloc et autres aides tant qu'à faire ça serait une sanction juste et équitable.

En tout cas ce n'est pas choquant comme mesure ^^
'neom', le 01/01/1970 - 01:00
petit bug : les deux liens pointent vers le même .pdf ;-)



Excusons le rédacteur, la lune de miel a dût être éprouvante... ;)
tien je vais me lancer sur le marché.
c'est une super occasion.
je peux promettre 10'000 IP dès le 1 juillet.
très facile, vu qu'il ne faut pas de preuve, il suffit d'avoir des IP au bol.
'Kad, le 01/01/1970 - 01:00
Il est en revanche bien indiqué que "dans le cas où un titulaire d'abonnement présente des observations avant le stade de la sanction, il est envisagé qu'un courrier contre signature lui soit envoyé afin de l'informer que les observations qu'il formulerait ne seront pris en considération qu'au stade de la sanction". La missive ne sera pas envoyée à la poubelle, mais elle ne sera pas lue, et archivée pour le cas où.
Et oui ! Aucune autorité ne peut jeter les lettres AR qu'elle reçoit en signe de contestation, car c'est s'exposer au discrédit en cas de dérapage judiciaire. J'en avais causé ici : clic !
Faites des lettres AR dès la réception de la moindre accusation ; c'est préparer votre éventuelle défense et une façon d'alourdir cette machine soit disant bien huilée que sera Hadopi.

'tomy13', le 01/01/1970 - 01:00
Bonjour pour les IP's fixes mais les dynamiques ouarf ! bon courage...
C'est peut être la solution, l'IP dynamique. Je pense que FREE devrait vite fait proposer ce services à ses clients, histoire d'être sur un même pied d'égalité que ses concurrents.

'Athomic', le 01/01/1970 - 01:00
Ca permettra aussi de cibler les municipalités tenues par l'opposition et d'épargner celles qui "votent bien".
C'est effectivement le genre de dérives que semble offrir le logiciel, incroyable.

'polar_bear', le 01/01/1970 - 01:00
En relisant bien la phrase en question, on peut quand même imaginer comment ça va fonctionner :

La société d'ayant-droit va récolter toutes les IP qu'elle peut pendant une bonne période, typiquement une semaine voire plus, puis envoyer tout le paquet à l'Hadopi qui devra faire le boulot d'exploration de données afin de cibler les internautes selon certains critères totalement arbitraires.
Ce qui prouve ce lien étroit entre une autorité gouvernementale destinée à sanctionner les citoyens et les lobbys d'une industrie. L'état à la botte d'une industrie, c'est hallucinant !

Quant aux sociétés qui vont répondre à l'appel d'offre, je leurs souhaite bien du courage. Cependant, faire miroiter que les crédits sont illimités peut encourager n'importe quel gus dans un garage à relever le défit.

Un chose dont on peut être sûr désormais : le flicage et le fichage des citoyens va devenir un business et ça, c'est vraiment lamentable pour une république qui se dit démocratique ; c'est à vomir !
'sparci95', le 01/01/1970 - 01:00
Free a des IP fixes
Ils peuvent géolocaliser à un niveau extremement fin pour les utilisateurs de free (jusqu'au NRA)

Tout à fait. Donc ceux qui sont chez Free sont doublement mal.
Ben non, faut juste crypté sa ligne, non ?
Oui, bien évidemment. ;)
Appel d'offre pour collabos... on en trouvera tout le temps malheureusement
>>>Acquisition d'un prototype de gestion de la mission de protection des oeuvres et objets auxquels est attaché un droit d'auteur ou un droit voisin

Un prototype

Il ne s'agit donc pas du système opérationnel.

>>>Il n'y a pas de montant minimum ni maximum au présent marché", prévient en effet le CCAP. Ca n'est donc pas à qui proposera le moins cher, mais à qui s'engagera à aller le plus vite.
Rien à voir. Ce n'est pas parce qu'un appel d'offres n'indique pas les montants min et max attendus par les prestataires que le critère "prix moins cher" n'est pas appliqué.
Au contraire même. Si tu dis que le marché est entre 100.000 et 120.000 euros, c'est que le prix n'est pas le critère d'appréciation prioritaire puisque toutes les offres seront dans ce créneau.
>>>Le premier routeur anti Hadopi en vente 49 euros

Et qui peut rapporter gros

Le fait d'accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d'un système de traitement automatisé de données est puni de deux ans d''emprisonnement et de 30.000 euros d'amende. Lorsqu'il en est résulté soit la suppression ou la modification de données contenues dans le système, soit une altération du fonctionnement de ce système, la peine est de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende

Alors Natasha, tu vas prendre le risque ? 49 € c'est pas cher ... 30.000 un peu plus ...
Ne vous inquiétez pas pour la SSII qui va répondre à l'appel d'offres.
Elle appartiendra certainement à l'un des membres de ce gouvernement (ou à un de ses amis/proches).
Cette société va faire sans-blanc de bosser pendant plusieurs mois, ramasser un max de fric, puis jettera l'éponge, ou sortira un ensemble de logiciels buggés et/ou pourris, et là, les sanctions, y'en aura pas . . .

PS: Pour la géolocalisation, j'ai testé : 3 sites différents, 3 réponses différentes, mais une sur les 3 était juste . . .
Le cahier des charges:
developez-moi un truc qui déchire, mais oui vous savez, comme dans ce film, terminator 3... ouais skynet, c'est ça, j'veux le même!
'enter', le 01/01/1970 - 01:00
Alors Natasha, tu vas prendre le risque ? 49 € c'est pas cher ... 30.000 un peu plus ...

Je risque ma vie tous les jours, c'est grisant, le sais-tu ?
Hmmmmm. Ils vont s'amuser à coder tout ça.
Bon les gars arrêtez vous toucher l asticot, à vous faire des filmes :D
Vous croyer quoi? Que des gentils codeurs vont arriver et paf tout un coup en moins 2 moi vous nous pondre un soft qui va sécuriser internet? Elle croit quoi la comtesse du domaine de Valois, elle ferait mieux de faire un appel d offre pour pouvoir sécuriser le logiciel de sécurisation :D
Parce que si y a bien un soft qui va se faire violer ds tous les sens c est bien celui là :D
Et puis rien que les faire chier y à qu a rebooter sa box 2 fois par jour. A 7e50 l identification ils ont pas fini de dépenser du pognon :D
Est-ce que selon les dispositions de la CNIL, on disposera d'un droit d'accès et de modification aux informations nous concernant ?
'Jacques, le 01/01/1970 - 01:00
Est-ce que selon les dispositions de la CNIL, on disposera d'un droit d'accès et de modification aux informations nous concernant ?

bonsoir !

C'était quoi déjà la Cnil ?

ça servait à quoi au fait ?

:rolleyes:

ah ?

ils ont seulement un avis consultatif !
- pas plus -
ok,
j'ai rien dit.

bref, c'est plus une institution, mais un paillasson.

morceau choisi:




La CNIL rend public son avis sur le décret Cassiopée
13/05/2009

Le décret créant Cassiopée qui prévoit l'automatisation des procédures judiciaires a été publié ce matin au Journal Officiel sans l'avis de la CNIL rendu le 26 mars 2009, contrairement à ce que prévoit l'article 26 de la loi et alors même que notre Commission avait été saisie sur ce fondement. C'est pourquoi elle a décidé de publier cet avis sur son site.

Gnarf !

:finishim:

*source:
http://www.cnil.fr/
>>>Acquisition d'un prototype de gestion de la mission de protection des oeuvres et objets auxquels est attaché un droit d'auteur ou un droit voisinUn prototypeIl ne s'agit donc pas du système opérationnel.

Si tu avais lu les documents tu aurais vu que le prototype sert de base au logiciel final, qui ne fait qu'ajouter des fonctionnalités. Pardon de ne pas avoir repris intégralement les 60 et quelques pages...
'Waylandes', le 01/01/1970 - 01:00
Bon les gars arrêtez vous toucher l asticot, à vous faire des filmes :D
Vous croyer quoi? Que des gentils codeurs vont arriver et paf tout un coup en moins 2 moi vous nous pondre un soft qui va sécuriser internet? Elle croit quoi la comtesse du domaine de Valois, elle ferait mieux de faire un appel d offre pour pouvoir sécuriser le logiciel de sécurisation :D
Parce que si y a bien un soft qui va se faire violer ds tous les sens c est bien celui là :D

lol

merci de l'info , jolie texte !

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