Hadopi : l'opposition doit-elle boycotter la suite du débat ?

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 30 Avril 2009 à 11h58 - posté dans Société 2.0

La question doit être posée. Est-il encore utile pour les députés socialistes, verts, communistes de se présenter à l'Assemblée Nationale le lundi 4 mai pour la suite de la discussion sur le projet de loi Création et Internet ? Le ton donné aux "débats" mercredi par le gouvernement et la majorité ne laisse en effet aucune place à des travaux constructifs.

Dans l'esprit de la Constitution de la cinquième République, les textes doivent bénéficier en principe de deux lectures dans chacune des chambres du Parlement. La seconde lecture doit permettre de corriger les points qui n'avaient pas bien été compris en première, et d'améliorer le texte soumis à la représentation nationale. En déclarant comme souvent la procédure d'urgence sur le projet de loi Création et Internet, le gouvernement a souhaité qu'il n'y ait qu'une seule lecture du texte au Sénat puis à l'Assemblée. Mais en rejetant le projet de loi le 9 avril dernier, après son durcissement en commission mixte paritaire, les députés ont souhaité au pire renvoyer le texte aux oubliettes, au mieux provoquer une seconde lecture constructive.

Or mercredi, alors que s'ouvrait par la discussion générale la seconde lecture du texte demandée par le gouvernement, il est apparu clair qu'il n'y aurait aucun débat constructif.

Déjà lundi, en commission des lois, les députés ont expédié les amendements en grande vitesse, n'acceptant que ceux présentés par le rapporteur Frank Riester. En quelques heures, l'ensemble du texte était bouclé, pour un retour au prétendu "compromis de la commission mixte paritaire", la version la plus dure du projet de loi, qui avait mis fin à l'unanimité au Sénat et provoqué le rejet du texte par l'Assemblée.

Puis mercredi soir, remis en ordre de marche par Nicolas Sarkozy avec la menace de sanctions contre les absentéistes, les députés UMP sont venus en très grand nombre s'assurer que l'opposition ne puisse plus faire obstacle au texte. Le rapport de force était installé, avec une exception d'irrecevabilité rejetée par 223 voix contre 135. Frank Riester a prévenu qu'il serait défavorable à "tout amendement qui remet en question le compromis de la commission mixte paritaire", c'est-à-dire à toute modification du texte qui viserait à revenir au texte qu'avaient voté les députés avant la CMP. Et il a assuré, en s'improvisant chef de l'UMP, que la majorité rejetterait massivement tous les amendements présentés.

Christine Albanel est apparue avec le même état d'esprit, refusant de répondre aux questions de l'opposition parce que "je n'avais pas observé de nouvelles questions, de nouvelles argumentations, des problématiques nouvelles qui n'ont pas été largement traitées au fil des 40 heures de débat que nous avons eu ensemble".

Quelques jours plus tôt, le président du groupe UMP à l'Assemblée a écrit à ses collègues députés pour leur dire que "ce n'est désormais plus la teneur de ce texte qui est en cause. Ce qui importe c'est le problème politique créé par son rejet surprise et par le comportement absurde de l'opposition".

Pendant les quarante et une heure de débat en première lecture, les députés de l'opposition ont su, souvent avec brio, expliquer pourquoi ils s'opposaient au texte, en quoi il était techniquement dépassé, ou juridiquement dangereux. Grâce également à la mobilisation des internautes, ils ont réussi à semer le doute dans l'esprit des députés UMP, et à obtenir quelques réponses, mêmes évasives, de Christine Albanel ou de Frank Riester. Ces quarante et une heure de débat intense ont abouti au rejet du texte et à cette demande de nouvelle lecture, qui selon l'esprit de la Constitution devait permettre de continuer le débat et d'améliorer le texte.

Mais il apparaît clair qu'aucun amendement ne sera voté, qu'aucune réponse ne sera apportée ni par la ministre, ni par le rapporteur, aux différentes questions posées sur les points qui posent le plus problème au texte.

Il apparaît aujourd'hui clair que la seule issue possible est un recours fructueux au Conseil constitutionnel.

Dès lors, s'il n'y a absolument aucun dialogue possible avec le gouvernement, si la majorité souhaite voter massivement le texte rejeté en première lecture, dont elle refuse d'entendre les risques qu'il provoque, faut-il continuer pour l'opposition à cautionner le "débat" par son impuissante présence dans l'hémicycle ?

Après le succès du rejet du texte, les députés UMP ont promis de venir en nombre laver l'affront, et ils l'ont démontré hier. Dès lors, ne faut-il pas les prendre à revers, et décider de boycotter le reste de la discussion, de les laisser seuls voter un texte aussi dur qu'ils le souhaitent, et de s'en remettre au Conseil constitutionnel et à l'épreuve du temps qui aura raison de l'Hadopi ?

Publié par Guillaume Champeau, le 30 Avril 2009 à 11h58
 
 
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Commentaires à propos de «Hadopi : l'opposition doit-elle boycotter la suite du débat ?»
 

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'enter', le 01/01/1970 - 01:00
On peut continuer à poser des questions comme ça pendant très longtemps.

Et depuis quand se pose t-on toutes ces questions, quand il s'agit de répartir la taxe prélevée sur les supports vierges enregistrables, au titre de la copie privée ?


:mdr:
Ce qui est regrettable c'est que cette loi est basée sur le mensonge sensé sauver les artistes!

Ouai triste époque que l'on vit la et que dire de nos politiques!!
A propos des droits d'auteurs et Google ... Le dossier PDF " consulter l' Avis " à lire ...

http://www.googlebooksettlement.com/

Cre_@ctivement votre

El Sinsé
Pour ceux qui l'auraient oublié, sur le site de l'AN les débats Hadopi ont repris en direct.

Connectez-vous, connectez-vous ...


:D
'Bazzzoukk', le 01/01/1970 - 01:00
Ca ne changerait rien, absolument rien, qu'ils viennent ou pas, ce sont les socialistes qui ont commencé la mascarade planqués derriére un rideau rouge. C'était tellement ridicule! On voit le résultat! Désastreux dans l'opinion publique, et la loi sera bien éidement votée en definitive. S'ils ne viennent pas, ils ne feront qu'en rajouter une couche en se décrédibilisant d'avantage! Ca ne m'étonnerait pas d'eux!

On doit pas habiter la meme planète...
On se fiche de savoir qui a commencé on serait d'ailleurs bien en peine de le savoir car ça fait partie du jeu depuis longtemps...
Ce qu'a fait l'opposition, l'ump le fait tout les jours à l'assemblée durant le débat sur Hadopi, tu regardes les débats ?
Tu n'as jamais vu un troupeau d'ump arriver juste avant un vote puis disparaitre dès le vote effectué ?
Si non change de lunettes ou renseigne toi pour une greffe...
Cette fois-ci ils ont juste mal compté...(des députés d'opposition d'une commission X sont restés pour prendre part au vote alors que les ump plus nombreux sont partis c'est tout)
Ce qui est ridicule c'est le fait que malgré une majorité absolue l'ump n'a pas été foutue de mobiliser suffisamment de monde et avoir une marge de manoeuvre...
Copé absent,Lefebvre aussi...C'est de leur faute si ça a été possible...
Ce qui est ridicule c'est l'offuscation(ouais je sais ça existe pas) des ténors de l'ump face à un fait normal que l'un comme l'autre pratiquent tout les jours...(ou du moins souvent)
Ils ne te feront pas le plaisir de ne pas venir...
Et pour ce qui est de l'opinion publique je me garderais contrairement à toi d'en tirer des conclusions, mon avis qui n'engage que moi, est que c'est plutot l'ump qui s'est discrédité aux yeux du public sur ce coup.
http://www.lemonde.f...577_823448.html
Et ce genre d'article n'arrange pas les choses...
Surtout si on lis les commentaires...

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