Plutôt que de se demander pourquoi les citoyens en arrivent à inonder leurs députés de messages d'inquiétude face au vote de la loi Création et Internet, le gouvernement a décidé de contre-attaquer, et d'envoyer lui-même des messages quotidiens à tous les députés. Drôle d'ambiance à quelques heures de l'ouverture du débat parlementaire.

Voici qui donne du grain à moudre à notre proposition d’audition de Christine Albanel devant une commission parlementaire chargée d’en vérifier l’indépendance à l’égard des lobbys du disque et du cinéma. Non content d’avoir déjà spammé les internautes, le ministère de la Culture a fait savoir qu’il comptait adresser « quotidiennement » à chaque parlementaire un courrier électronique pour expliquer son projet de loi Création et Internet et la riposte graduée.

« Chaque lettre électronique comprendra le témoignage d’un artiste qui s’exprimera sur l’importance de la protection des droits d’auteur et le rôle de cette loi pour sauver la diversité culturelle », a précisé le ministère de la Culture, qui entend s’appuyer sur le site de propagande Jaimelesartistes.fr réalisé en partenariat avec les lobbys culturels.

Parmi les artistes et professionnels qu’il compte mobiliser, le ministère cite l’humoriste Elie Semoun (Sony BMG), les chanteurs Thomas Dutronc (Universal Music) et Calogero (Universal Music), l’acteur Michel Blanc, les réalisateurs Alain Corneau et Luc Besson, les musiciens électro Martin Solveig (Universal Music), le DJ Cut Killer ou encore le contre-ténor Philippe Jaroussky (EMI).

Pour justifier cette campagne de spam qui donnera la parole aux artistes rémunérés par les majors du disque et du cinéma (en laissant de côté la majorité silencieuse d’artistes qui ne souhaitent pas la riposte graduée), le ministère dénonce « les campagnes de désinformation conduites par des groupes de pression libertaires et minoritaires« , en visant en particulier la Quadrature du Net, qui demande aux citoyens d’écrire à leurs députés pour les alerter sur les dangers de la loi Création et Internet.

Le gouvernement constate que les parlementaires sont « actuellement inondés » par les e-mails des internautes inquiets des conséquences de la loi Hadopi sur leurs libertés individuelles et le respect des droits de la défense.

Et plutôt que de se demander ce qui dans la loi peut susciter ces craintes, le ministère choisit de les ignorer, de les réduire à l’agissement de quelques « groupes de pression minoritaires » pourtant suivis par des dizaines de milliers d’internautes, et de brouiller le signal en envoyant lui-même des messages aux députés. C’est une conception étrange de la démocratie.

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