Riposte graduée : Christine Albanel bousculée par les députés

Guillaume Champeau - publié le Mardi 17 Février 2009 à 18h33 - posté dans Société 2.0

Qu'on se rassure, le groupe socialiste votera contre le projet de loi Création et Internet instaurant la riposte graduée. Avec des arguments forts, les députés de l'opposition ont expliqué à la ministre qui était auditionnée mardi en commission que le texte était inacceptable.

Alors qu'elle avait été reçue avec des salves de remerciements par les sénateurs, la ministre de la Culture Christine Albanel a dû batailler ferme mardi pour défendre son projet de loi Création et Internet devant les députés méfiants des commissions des lois et des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale. Elle a été à plusieurs reprises chahutée voire bousculée par les représentants de l'opposition, qui ont clairement identifié les points faibles du texte souhaité par le gouvernement.

Martine Billard (Verts), Patrick Bloche (PS), Didier Mathus (PS) et Christian Paul (PS) se sont ainsi donnés tour à tour le micro pour pousser Christine Albanel dans ses retranchements et dire tout le mal qu'ils pensaient du projet de loi créant la Haute Autorité pour la riposte graduée (Hadopi).

Le groupe socialiste a annoncé qu'il votera contre le projet de loi Création et Internet, et proposera à nouveau des amendements allant dans le sens d'un financement forfaitaire de la création, sur le modèle de la licence globale écartée par le gouvernement en 2006.

"Nous avons l'impression de revivre le débat que nous avons connu il y a maintenant 3 ans lors de l'adoption du projet de loi DADVSI. En l'occurence je ne sais pas si vous en avez gardé encore le souvenir, mais M. Donnedieu de Vabres nous avait alors expliqué que si l'on votait pour son projet de loi les internautes allaient migrer massivement vers les offres légales. Ce pari a été perdu. L'entêtement du gouvernement nous amène à considérer que vous persistez dans l'erreur. C'est d'ores-et-déjà un pari perdu d'avance", a sanctionné d'entrée le député socialiste Patrick Bloche.

La ministre, après avoir entendu la plupart des députés se référer au débat sur le projet de loi DADVSI qui reste dans l'histoire de la Vième république comme l'une des plus grosses débâcles gouvernementales (avec des manoeuvres d'ailleurs sanctionnées par le Conseil constitutionnel), s'est défendu de tout rapprochement avec le texte de son prédécesseur. "Moi je n'ai pas vécu la loi DADVSI", a-t-elle rappelé, "mais on n'est pas dans la même philosophie, parce qu'aujourd'hui ça part d'accords interprofessionnels alors qu'à l'époque de la loi DADVSI c'était des gens qui n'étaient absolument pas d'accord et ne se parlaient pas".

Au mauvais souvenir de la loi de 2006 qui s'est révélée totalement inutile deux ans plus tard avec l'abandon des DRM, la ministre oppose la méthode des accords négociés par Denis Olivennes.

Mais le socialiste Didier Mathus a estimé que confier cette mission au patron de la FNAC de l'époque, "c'est comme si on demandait au chef des dealers d'organiser la répression contre la toxicomanie". Ambiance.

Le groupe PS a estimé que le texte faisait peser des "menaces sérieuses sur les libertés publiques, sur la protection de notre vie privée". Patrick Bloche a renvoyé la ministre vers l'avis de la CNIL qui a sanctionné l'absence d'équilibre entre protection du droit d'auteur et de la vie privée dans le texte du gouvernement.

Le député a ensuite fustigé un "régime d'exception dans l'article qui crée l'Hadopi", qui "cause une rupture d'égalité devant la loi, et refuse de prendre en compte la présomption d'innocence". "A tout moment les droits de la défense sont refusés, les éléments matériels ne seront même pas apportés à l'internaute qui sera accusé", a-t-il insisté.

Paradoxalement, le moment le plus fort de l'audition n'a pas été sur un point technique ou juridique de la loi, mais lorsque Patrick Bloche a replacé le texte dans un contexte global de politique publique. Les députés sont "attachés historiquement à la défense du droit d'auteur", a-t-il ainsi rappelé, mais "le droit d'auteur a toujours été depuis deux siècles la défense des petits contre les gros, la possibilité que des sociétés d'auteurs défendent des petits contre les gros éditeurs". "C'est cela le droit d'auteur. Ca n'est pas le droit des créateurs contre leur public", a-t-il répété, en regrettant que le gouvernement propose un texte qui "divise les Français".

Placée au pied du mur, la ministre n'a pas semblé en mesure d'apporter la moindre réponse convaincante aux questions précises posées par les députés.

Vivement le débat. A suivre sur Numerama bien sûr !

Publié par Guillaume Champeau, le 17 Février 2009 à 18h33
 
 
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Commentaires à propos de «Riposte graduée : Christine Albanel bousculée par les députés»
 

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@Natasha et live

Je l'ai dit dans mon post, je ne suis pas favorable à l'Hadopi. Mais je ne suis pas convaincu non plus par la licence globale, du moins pas complètement : pour le secteur la musique, je pense que cette option ne poserait pas de problèmes car de toute façon, une nouvelle économie va devoir être repensée étant donné la fin du support physique. Et puis il y a surtout le fait qu'aujourd'hui déjà et à l'avenir, ce sont les concerts qui produiront l'essentiel des bénéfices.

Cependant, il me semble que pour le cinéma, c'est un peu différent. Les sommes engagées aussi bien en production qu'en distribution et
en exploitation sont faramineuses: or la baisse de fréquentation du cinéma montre déjà que sa rentabilité commence à battre de l'aile
(bien que ce soit désormais sur les marchés ancillaires comme le DVD qu'il fait la plupart de ses recettes).

L'argent récolté par le biais de la licence globale serait bien loin d'être suffisant pour combler le manque à gagner(sur toute la chaîne cinématographique) dû à la légalisation du téléchargement, je m'explique : dans ce cas, l'acte de téléchargement se démocratiserait encore plus qu'à l'heure actuelle, et à une vitesse fulgurante, et de nouveaux moyens à la portée de tous verraient le jour. Avec l'augmentation des débits et la montée en puissance du home cinéma, bientôt il sera possible de télécharger et de graver des blu-rays pour les regarder dans son salon avec une qualité optimale: ce serait la mort du cinéma car son existence en salle est intrinsèque, et que les marchés de l'édition des films en souffriraient (sans parler des financiers, en amont, qui s'en détourneraient tout simplement).

Je pense réellement que la licence globale achèverait l'économie du cinéma: mon avis est que le cinéma a besoin d'être rémunéré, et pas par une petite taxe insignifiante. Malheureusement, la gratuité du cinéma est devenue une idée courante, de même que le célèbre discours disant que la place de cinéma est hors de prix. A titre d'information, il s'agit d'un des spectacles les moins onéreux, et dont le prix a le moins augmenté. Le prix moyen de la place aujourd'hui est d'environ 6?, alors qu'une place pour un autre spectacle peux coûter 3 à 10 fois plus cher.
Vous imaginez qu'on fasse rentrer gratuitement tout le monde au théâtre ?

Honnêtement, je ne sais pas véritablement ce qu'il faudrait faire. De la répression ? Certainement pas, du moins pas envers les cas relevant de la copie privée. Mais pour le trafic? Allez voir à Marseille, dans un souk, les étalages de DVD piratés à vendre, où bien en Inde où certains films se vendent en sous-main alors qu'ils ne sont même pas encore sur les écrans... On ne peux pas décemment pas laisser se développer un tel marché de contrefaçon qui pour le coup est une vraie menace : si la licence globale est instituée, comment savoir qui télécharge pour soi et qui pirate pour revendre?

C'est un débat difficile et jalonné de cas particuliers; pourtant l'échéance approche et il va falloir trouver une solution viable.
djohn@
ya beaucoup de vrai dans ce que tu dit,malheureusement l'industrie veut pas en entendre parler pourquoi parce que elle ne veut pas baisser ses tarifs...
si il y a LGO il y aura 7-8 euros par foyer par ex.,cela implique une baisse des prix chez l'industrie
si l'industrie ne fait rien et qu'elle s'entête a forger une haine sacrée chez les consommateurs elle coulera
la LGO est un moyen de restabiliser l'industrie,l'hadopi l'enfoncera encore plus
la France fait toujours la même règle "quand elle déclenche un bataille c'est avec une guerre de retard"
or la baisse de fréquentation du cinéma montre déjà que sa rentabilité commence à battre de l'aile

Peut tu s'il te plait sourcer tes chiffres de baisses de fréquentation en salle.

si la licence globale est instituée, comment savoir qui télécharge pour soi et qui pirate pour revendre?

..........

dans ce cas, l'acte de téléchargement se démocratiserait encore plus qu'à l'heure actuelle, et à une vitesse fulgurante, et de nouveaux moyens à la portée de tous verraient le jour

Donc les gens vont acheter chez les pirates ce qu'ils peuvent télécharger gratuitement. Les pirates sont fort, ils arrivent à faire ce dont n'est pas capable cette industrie. Vous devriez les embaucher.
'djohn', le 01/01/1970 - 01:00
C'est un débat difficile et jalonné de cas particuliers; pourtant l'échéance approche et il va falloir trouver une solution viable.

Il serait pourtant simple une fois pour toutes de décider que tous les efforts doivent porter sur la chasse aux trafiquants qui revendent des CD ou des DVD contrefaits (nous en croisons tous sur les marchés), au lieu d'organiser la traque aux internautes qui eux ne revendent rien de ce qu'ils téléchargent.

L'industrie du luxe parvient assez bien à cette chasse aux revendeurs d'objets contrefaits, pourquoi l'industrie culturelle ne le fait pas aussi, plutôt que de poursuivre ses propres clients, ce qui en termes commercial est une aberration ?

D'ailleurs on peux en juger facilement les résultats, leurs client les boycottent parce qu'ils les détestent, et surtout l'industrie musicale. Et ce n'est pas fini ...

:eek:
@bourgpat
Mais bien entendu, je cite mes sources : "L'économie du cinéma" de l'universitaire Laurent Creton. Un graphique montre, sur le long terme, l'évolution des entrées en salle: alors qu'en 1957 on est à 411 millions d'entrées, les résultats les plus bas sont pour l'année 1992: 116 millions. Depuis, c'est certes un peu remonté, et ça peine à se stabiliser à 185 millions, oscillant entre pics et creux. Si ça n'est pas une perte d'intérêt pour le cinéma en salle, je ne sais pas ce que c'est. Pour moi ça témoigne à peu près clairement d'une individualisation des pratiques, que je considère néfaste pour la pérennité du cinéma. Et la licence globale pourrait participer de cette individualisation.

Pour la suite, je te saurai gré de garde ton cynisme, moi je ne fais que réagir et ne considère pas ce que je dis comme vérité immuable.
26%, c'est approximativement le taux de la population française qui dispose d'internet à domicile (dont certains pas du haut-débit). Admettons que la licence globale soit adoptée, croyez-vous que d'un coup de baguette magique, tous les spectateurs potentiels restants vont avoir internet haut-débit, et feront la démarche de télécharger? A mon avis, la vente de DVD piratés à des prix défiant l'offre légale aurait encore de beaux jours devant elle (avec en plus une épine de moins dans le pied: la possibilité de télécharger impunément).
'djohn', le 01/01/1970 - 01:00
@bourgpat
Mais bien entendu, je cite mes sources : "L'économie du cinéma" de l'universitaire Laurent Creton. Un graphique montre, sur le long terme, l'évolution des entrées en salle: alors qu'en 1957 on est à 411 millions d'entrées, les résultats les plus bas sont pour l'année 1992: 116 millions. Depuis, c'est certes un peu remonté, et ça peine à se stabiliser à 185 millions, oscillant entre pics et creux. Si ça n'est pas une perte d'intérêt pour le cinéma en salle, je ne sais pas ce que c'est. Pour moi ça témoigne à peu près clairement d'une individualisation des pratiques, que je considère néfaste pour la pérennité du cinéma. Et la licence globale pourrait participer de cette individualisation.

Pour la suite, je te saurai gré de garde ton cynisme, moi je ne fais que réagir et ne considère pas ce que je dis comme vérité immuable.
26%, c'est approximativement le taux de la population française qui dispose d'internet à domicile (dont certains pas du haut-débit). Admettons que la licence globale soit adoptée, croyez-vous que d'un coup de baguette magique, tous les spectateurs potentiels restants vont avoir internet haut-débit, et feront la démarche de télécharger? A mon avis, la vente de DVD piratés à des prix défiant l'offre légale aurait encore de beaux jours devant elle (avec en plus une épine de moins dans le pied: la possibilité de télécharger impunément).

C'est beau d'y croire ...
C'est sure qu'en 1957, il fallait aller au cinéma pour avoir le journal télévisé de l'époque, la télévision peinait à faire de la concurrence et avec l'ORTF, on etait loin de la TNT gratuite et payante en terme d'offre.

Sur l'individualisation des contenus, c'est une tendance de fond lourde qui existe de puis des années et augmente avec la location de VHS puis la démocratisation du dvd.

Si la licence globale est votée, qu'est ce qui empêchera alors les internautes de télécharger plutôt que d'acheter à des revendeurs pirates. Sur la musique il me semble que le marcher de la contrefaçon souffre autant que le marcher réel. En cherchant bien les fans arrives même à trouver les bootleg qui n'étaient présent que chez les pirates précédemment.

La seule chose que fera la licence globale, c'est qu'elle obligera les offres légales à être de meilleur qualité. Car les cinéphiles en ont marre des changement de format tous les 4 matins, des éditions ultra mega collector et du zonage.
Ce qui me fait adorer le cinema coréen, c'est le sous titrage quasi systématique en anglais et les HK proposent souvent des versions mandarin anglais pour les sous titres. Et l'avantage, c'est que ces versions ne sont pas coupées et respectent les œuvres originales intégralement.
J'ai vu la vidéo et j'ai trop de chose à dire pour en faire un "pamphlet" donc je vais être concis:
1. Qu'elle (Mme la ministre) apprennes à parler car "a effet"...
2. De bonnes questions sont posées. Elle ne répond pas à la question du soutient au développement des offres légales (comme deezer.com), ni à la question sur le droit fondamental "de la présomption d'innocence".
3. Comme les commissaires (je crois que c'est comme ça qu'il faut les appeler)l'ont dit, le gouvernement préfère la répression au développement des moyens de rémunérations des artistes.
4.Mme "feu" la ministre n'a en bouche que les mots "Éditeur""Développeur""Producteur" et jamais les mots "artistes""créateurs"...(effectivement je caricature, mais c'est pour montrer de quel côté du "miroir" elle se trouve)
5.Les droits des artistes ne leur appartiennent plus à partir du moment ou ils signent pour des majors, le modèle et tel que les majors donne une avance en échange de leur droit sur leurs ?uvres.
6. Je téléchargeais, j'ai découvert deezer.com je ne télécharge plus (bizarre?) et je ne passe pas encore au téléchargement légale. 0.99? pour 1 titre, c'est beaucoup trop cher (ça fait l'album au prix du CD alors qu'il n'y a pas de support et qu'il y a du DRM). J'aime entendre un politique dire que le prix "équitable" pour un telle offre serait de 0.15-0.18 ?. Mais les prix étant fixé par les distributeurs qui comme les télécoms s'arrange entre eux sur le prix...La preuve vient du fait que TOUS les distributeurs offre le titre à 0.99?.

Je crois que j'ai d'autres choses à dire mais je le garde pour les autres articles sur ce futur très grand couac du gouvernement (d'où le Mme "feu" la ministre)
c'est pas encore gagné mais sur la bonne voie!! enfin le ridicule commence à être regardé à la loupe!Comment l'idée même de cette loi est arrivée aussi loin dans le débat politique?!
Continuons à nous mobiliser.
voilà la solution www.webpresident.fr
@ bientôt à tous
arick
'alphapronto75', le 01/01/1970 - 01:00
Il est important de soulevé les points "obscurs" de ce projet de loi. Mais l'assemblée doit garder en tête l'idée de palier à cette "crise" et le pillage de la culture (produit commerciaux comme produit de qualité)
:D Toujours le mot pour rire, j'adore alphapronto.

Un produit culturel qui n'est pas commercial :rolleyes: n'est pas un produit et le gars qui prétend faire de l'art pour l'art est un effroyable menteur et, vraisemblablement, un cuistre.

Pour les licenciements, à part les sociétés comme la FNUC, qui allègent la part salariale pour faire plaisir aux actionnaires et préserver les sacro-saints dividendes, je n'ai pas entendu parler de "professionnels" de la culture en péril ces derniers temps. Pourrais-tu m'en dire plus ?
Je crois qu'on aborde un virage important dans la culture...Je crois qu'avec l'ultra-développement du net et des nouvelles technologie, le système "artiste-maison de prod-consomateur" va disparaître pour un modèle qui va placé l'artiste au centre et de cette manière une épuration qualitative et massive va se faire. Fini le "one-shot" Cindy Sander...On aura le choix entre de VRAIS artistes...Merci mon Dieu/Allah et autres...
Il faut juste que les artistes comprennent que les maisons de disques n'ont plus leurs mots à dire...Youhou

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