Christian Paul (PS) : "La société de surveillance se construit à nos portes"

Guillaume Champeau - publié le Mardi 30 Septembre 2008 à 15h25 - posté dans Société 2.0

Après le vote au Parlement européen de l'amendement anti-riposte graduée déposé par son collègue socialiste Guy Bono, le témoin arrive dans les mains du député Christian Paul, qui relaye le combat au niveau national. Député de la Nièvre, Christian Paul s'est fait une réputation de mousquetaire contre la loi DADVSI. Il livre en exclusivité à Numerama son sentiment sur le projet de loi Création et Internet dans cette tribune que nous publions in extenso :

Le Parlement européen a jeté un utile pavé dans la mare, en affirmant qu' "aucune restriction à la liberté d'expression et d'information d'un citoyen ne doit être prise sans décision préalable de l'autorité judiciaire". C'est bien le moins dans un Etat de droit ! Confier à une police privée, puis à une autorité administrative (baptisée Hadopi) le contrôle des réseaux numériques pour préserver les intérêts des artistes est l'un des pires services à rendre au droit d'auteur. Les créateurs comme les producteurs seraient bien inspirés d'y regarder à deux fois. Par bonheur, une génération d'artistes se lève, qui n'acceptent pas de cautionner cette tentation liberticide, à l'encontre de leurs pratiques (on peut les retrouver sur le site internetmonamour ou la revue en ligne Poptronics).

Alors, Hadopi, Edvige, même combat ? Probablement. La mobilisation, allant crescendo depuis ce printemps, a fort justement pointé les dérives du projet Edvige, le fichage généralisé de la population âgée de 13 ans ou plus et incluant des données telles que le " comportement sexuel ", la pratique religieuse ou encore l'état de santé. La dénonciation de cette nouvelle étape de taxinomie globale a suscité un large intérêt et trouvé des soutiens dépassant les clivages traditionnels, allant de l'extrême gauche à la droite républicaine.

Cousin de ce fichier par son inspiration, le projet de loi " Création et Internet " suscitera prochainement la même indignation. Il s'agit d'un projet à bien des égards aussi dangereux, par la mise en place d'une surveillance automatique des contenus échangés par les internautes. Après l'accroissement considérable du traçage des personnes, à l'aide de la biométrie et de la vidéo-surveillance, et le fichage de police mêlant indigestement terroristes potentiels et adolescents à la dérive, il ouvre en effet la boîte de Pandore de l'analyse des contenus que nous échangeons sur les réseaux. La société de surveillance se construit à nos portes, et maintenant grâce à nos connexions sur l'internet.

Demain, des agents, certes assermentés, pourront analyser nos échanges afin de déterminer quels films, quelles chansons, quelles oeuvres nous avons téléchargés ou mis à disposition. Le repérage de " Bienvenue chez les ch'tis " n'apportera probablement pas de grand enseignement sur nos passions et nos inclinations, mais que penser de celui de contenus politiques, philosophiques ou proposés à tel ou tel public averti ? Si l'on n'y prend pas garde, c'est un pas décisif vers une analyse comportementale poussée, un " profilage " sans précédent et sans garanties.

Un des arguments clés des opposants à Edvige repose sur la disproportion du dispositif envisagé. Qu'en est-il du projet de loi " Création et Internet " ? Son but affiché est ni plus ni moins que de sauver la culture en mettant un grand coup de frein, sinon d'arrêt, aux échanges illégaux d'oeuvres en ligne. Pourtant, chaque année qui passe à construire d'illusoires lignes Maginot prive les artistes de solutions équilibrées, mais aussi de rémunérations nouvelles...et substantielles. Ainsi Jean-François Copé a-t-il proposé qu'une nouvelle taxe sur les opérateurs de l'internet finance la télévision publique, alors que l'équité voudrait que la création musicale et audiovisuelle, qui nourrit les réseaux, en bénéficie largement.

Trois ans après la loi DADVSI jamais appliquée, qui fut la première bataille d'Hernani de l'internet, les tendances déjà visibles alors se sont confirmées et amplifiées. L'accès libre ou presque à la musique -la gratuité apparente- se généralise, sous la pression des internautes...mais aussi des industries culturelles elles-mêmes ! Regardons d'un peu plus près le cas de la musique qui invente dans la fièvre de sa crise les nouveaux modèles et les fait cohabiter.

Les internautes qui souhaitent copier les chansons sur d'autres appareils sont invités à utiliser le système d'Amazon, qui leur permet de les télécharger en MP3, sans avoir à supporter les aléas d'un dispositif technique de contrôle de l'usage, un de ces fameux " verrous techniques (DRM) " encensés il y a peu, désormais aux oubliettes. Les chansons écoutables en ligne sur MySpace sont téléchargeables moyennant finance sur Amazon dans le cadre d'un accord entre ces deux géants.

Publicité, abonnements, forfaits viennent compléter la vente " au morceau " qui n'a que peu décollé. Les catalogues sont- sur les réseaux P2P - en ligne depuis des années. Les offres d'accès gratuit se multiplient. Déjà, Universal pourtant grand pourfendeur de " pirates " a mis en "écoute gratuite " sur Jiwa l'essentiel de ses catalogues. Son PDG salue l'explosion du modèle gratuit, qui représente désormais plus de 10% des revenus de sa société, tandis que la vente de CD en constitue aujourd'hui moins de la moitié. Il devient donc cocasse, voire impossible d'expliquer à un adolescent qu'il peut écouter sans limites toute la musique du monde sur son PC, et qu'il vire délinquant s'il la partage avec d'autres grâce un réseau peer-to-peer.

L'offre la plus spectaculaire et emblématique parmi les dernières en date reste probablement celle de MySpace. Le premier réseau social du monde a en effet décidé de proposer gratuitement à l'écoute plusieurs centaines de milliers de chansons en flux depuis son site. Si le site de Ruppert Murdoch met en avant les millions d'artistes indépendants recourant à ses services, sa nouvelle offre de musique gratuite ne repose que sur un accord avec les " majors " du disque. Les indépendants sont donc laissés au bord de la route et les petits producteurs ne verront pas, pour l'essentiel, leurs artistes sur MySpace. Au fond, ce projet de loi rétrograde, disproportionné, et inutile n'a qu'une seule utilité réelle : permettre aux leaders mondiaux de la production et de la diffusion d'établir des positions dominantes dont sont exclus tous les autres acteurs, avant l'inéluctable légalisation des échanges non-commerciaux.

Les victimes de cette stratégie maladroite ou cynique, soutenue sans réserve depuis 2005 par l'actuel président de la République, seront les seuls acteurs incontournables de la culture : les artistes et le public. C'est bien la culture des " autres ", de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, et avec elle l'exception culturelle, qui est visée.

En plus de leur culture, la vie des " autres " serait singulièrement compliquée par cette avant-première du profilage automatique des internautes. Le projet prévoit en effet ni plus ni moins que la suspension de l'accès internet des usagers récalcitrants. Le gouvernement menace les " déviants " d'une perte d'identité numérique, une mort virtuelle...

Il est temps de rompre avec cette illusion sécuritaire, logique suicidaire qui ne profite qu'à certains intérêts très particuliers. La légalisation des échanges non-commerciaux des oeuvres culturelles est inéluctable. C'est un fait de civilisation, un progrès à portée de main pour l'accès plus libre à la culture. Il revient aujourd'hui au Politique, en retard manifeste sur la société, de prendre ses responsabilités pour bâtir une régulation efficace et moderne, et pour rendre la révolution numérique profitable à tous, à commencer pour les artistes et leur public.

Publié par Guillaume Champeau, le 30 Septembre 2008 à 15h25
 
 
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Commentaires à propos de «Christian Paul (PS) : "La société de surveillance se construit à nos portes"»
 

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C'est pas un peu paranoiaque comme vision? le gouvernement actuel est plutôt de tendance démocrate?

Puis je viens de lire sur ce blog, que nous étions victime d'un délire en réseau...
http://www.rogard.bl...re-paranoiaque/

n'allons nous pas trop loin en suspectant l'autorité de vouloir a tout prix nous fliquer?
"Il livre en exclusivité à Numerama"...

heu, et la c'est quoi? -> http://www.culturenumerique.net/

en tous cas si "ils" pouvaient etre un peu plus comme lui.. la liberté s'en porterait que mieux!
Bel article, belles réponses d'une personne qui connait le milieu et qui n'avance pas n'importe quoi à la manière d'Albanel.
shyboy, le 01/01/1970 - 01:00
Puis je viens de lire sur ce blog, que nous étions victime d'un délire en réseau...
http://www.rogard.bl...re-paranoiaque/
Qu'attendre de plus de ce monsieur?? rien, il vole aussi bas que ces amis.
Stop encore une fois HADOPI n'est pas EDVIGE, faut arrêter de partir dans une psychose démesurée.
C'est du formatage pur et simple pour grimper dans les sondages.

HADOPI n'a rien d'un Big Brother ! lol
Il ne s'agit pas de suspecter, il s'agit de poser les limites de ce qui est nécessaire et de ce qui est superflu. Pour que justement, plus tard, nous n'ayons pas à poser la question du "sommes nous espionnés ?".

Pour moi ce n'est pas de la paranoïa mais une simple analyse des opportunités.

Le gouffre est grand entre les crimes majeurs (pédophilie etc...) et les délits de téléchargement qui relèvent désormais de la simple (mauvaise) habitude, qui sont une part du quotidien.
Ce gouffre n'est plus qu'une petite crevasse de rien du tout entre le téléchargement illégal et d'autres méfaits mineurs, mais tout aussi illégaux.

C'est donc bien maintenant qu'il faut dire "stop, ça va trop loin", et pas quand ce sera déjà trop tard. Chercher des solutions, oui, chercher la répression sans solutions, non.

(Ceci dit je trouve comique que opposant et défenseurs de la HADOPI dénoncent tous "l'exception culturelle" que l'autre bord veut anéantir. Certains à raison, d'autres à tort bien sûr.)
moi ce que je voudrais bien, c'est l'avis de tous ceux qui avaient fait passer la license globale lors du vote de la Dadvsi...(sachant que certains sont devenus ministres ça pourrait être constructif :) )
@ shyboy
C'est tout ce que tu as trouvé comme débatteur crédible "Pascal Rogard" ?
niceday, le 01/01/1970 - 01:00
Stop encore une fois HADOPI n'est pas EDVIGE, faut arrêter de partir dans une psychose démesurée.
C'est du formatage pur et simple pour grimper dans les sondages.

HADOPI n'a rien d'un Big Brother ! lol


Bein oui quoi, vivent les milices privées, qui pratiquent la justice du goudron et des plumes, ainsi que le lynchage !

Voilà pour toi la bonne justice, car au moins elle est expéditive et surtout beaucoup plus rapide et expéditive, que lorsqu'on à recours aux tribunaux et à leurs magistrats.

Tu ferais mieux d'écrire directement : "Stop à l'Etat de Droit" !

:biggrinthumb:
@Lehy

c'est le représentant de la création, le débat peu pas se faire sans lui....
L'HADOPI n'est pas EDVIGE, mais derrière se cache la même volonté de surveiller/ficher des gens (ou leurs actes, ce qui revient au même) n'ayant a priori commis aucun délit ou crime.

Non seulement, ce type d'approche est malsain voir dangereux ; mais en plus cela n'a jamais fait la preuve de son efficacité (couts importants pour résultats minimes).

Si il peut être exagéré de rapprocher trop fortement les deux projets et ainsi générer un amalgame malheureux ; il reste cependant pertinent de souligner que les fondamentaux idéologiques de ces deux projets sont bien les mêmes.
Respect pour Christian Paul qui s'est battu comme un lion pendant le vote de la loi DADVSI.
Il s'est battu contre cette première loi stupide et inapplicable.
Il connaissait parfaitement le sujet, contrairement au camps adverse qui débitait des énormités durant tous les débats.

Merci à lui de continuer le combat contre ces censeurs d'une autre époque.

En espérant que l'intelligence l'emporte sur la stupidité...
« C'est pas un peu paranoïaque comme vision ? le gouvernement actuel est plutôt de tendance démocrate ? »

N'oublions jamais :
La dictature c'est « Ferme ta gueule !»
La démocratie c'est « Cause toujours ! »
Copie très interessant de l’article de Michael Jones,celebre musicien et guitariste,(à mon humble avis :une vrai pointure)dans le journal Midi Libre du 26.09.2008,qui analyse la situation du disque et de la musique.

Midi Libre :votre soutien aux jeunes artistes vous occupe depuis pas mal d’années.Pour quelles raisons :

Michael Jones : je suis le parrain de tous les jeunes artistes dans les rendez vous comme la Rose d’Or ou d’ailleurs depuis plus de 10 ans.
Aujourd’hui on s’occupe beaucoup plus de gagner de l’argent que d’aider les jeunes Artistes.

Midi-Libre :c’est à dire

Michael Jones :avant les gens qui etaient dans les maisons de disques, vendaient de la musique.Aujourd’hui ils sortent tous d’une école de commerce et ne souhaitent qu’une chose :faire du chiffre pour plaire aux actionnaires.Peu importe ce qu’ils vendent,ce n’est qu’un produit qu’ils lancent…pourvu que ce soit tendance.Ce sont des gens du marketing,c’est tout.

Midi- Libre :un festival comme la Rose d’Or peut il inverser la tendance ?

Michael Jones :Ca ne va pas changer grand chose par rapport aux façons de faire des maisons de disque qui sont d’ailleurs vouées à disparaître.

Midi- Libre :votre experience avec la Star Ac vous a t elle « douché »

Michael Jones :je ne regrette rien car j’ai appris beaucoup de choses sur les façons de faire des maisons de disques.J’ai cotoyé Pascal NEGRE (president d’universal musique)pendant un an.j’ai vu sa façons de voir les chose et je ne pouvais pas continuer ainsi…Et encore Pascal Negre n’est pas le pire !Mais ce sont ces idées là qui ont mené le disque là ou il est aujourd’hui.La France est le pays ou le disque est le plus cher.On avance le pretexte des taxes mais la TVA ce n’est que 19,6%.Les taxes c’est juste l’alibi des maisons de disques.
@shyboy

Avec tous les nouveaux moyens de tracer la vie de gens, je suis certain qu'il y aura des dérives, la tentation sera trop grande.
paranoïaque ? Il faut arrêter de croire à la bonne volonté des états. Nous ne sommes pas au pays des Bisenounours. Cette lutte soit-disant contre le piratages n'est évidement pas son but réel. Les majors s'enrichissent expodentiellement avec les plateformes de vente en ligne. Elles prétendent perdre de l'argent sur les disques en profitant d'un changement de comportement de l'acheteur qui préfère visiblement les MP3. L'etat est actuellement à la solde des grands capitaux et l'objectifs de ces lois est clairement le controle de la consommation par la mise en place de goulot d'étranglement et passages obligés qui seront payant et en monople. Le flicage internet est plus interessant en terme de source de renseignements exploitables commercialement qu'en tant que système de flicage. Le flicage ca coute cher et ne rapporte rien : payer pour trouver le "pirate", payer pour le mettre en taule (façon de parler).
Il faudra juste se réveiller un peu et prendre conscience que beaucoup de dirigeant ont bien compris qu'on était nombreux et que nous étions des acheteurs et juste des acheteurs. Une mane à ne pas laisser passer. Bien sur le flicage est aussi essentiel pour eux pour étouffer toutes contestations dans l'oeuf. On ne tardera pas à voir le droit de grève remis en cause, l'interdiction de créer des associations à but politique ou revendicatif. Vous êtes vous déjà demandé pourquoi en France on n'a pas le droit de faire des Class Actions ?

A bon entendeur...
Un ajout a l’HADOPI : couper l’EDF a ceux qui se servent d’une machine a pain et qui n’achètent plus de baguettes chez le boulanger.
oui, c'est vraiment con, mais pas plus que la destination première de cette pantalonnade.
tomy13, le 01/01/1970 - 01:00
Un ajout a l’HADOPI : couper l’EDF a ceux qui se servent d’une machine a pain et qui n’achètent plus de baguettes chez le boulanger.
oui, c'est vraiment con, mais pas plus que la destination première de cette pantalonnade.
+ 1. Et je suggère vivement qu'on en profite pour assigner à résidence les voleurs de pommes.
Le projet de loi HADOPI, ou selon son intitulé officiel « projet de loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet », a pour objet de mettre en place un système de riposte graduée contre le téléchargement illégal et de créer un fichier national des contrevenants, sous la responsabilité d’une nouvelle autorité administrative indépendante dénommée Haute Autorité pour la diffusion des Å“uvres et la protection des droits sur internet (HADOPI). Nous vous proposons d’en débattre sur le blog http://happeningjuri....wordpress.com/ et de vous prononcer dans le cadre d’un débat public qui aura lieu à La Cantine 151, rue Montmartre (Passage des panoramas) à Paris (IIème arrdt), le 16 octobre 2008 à partir de 19 h et qui sera également diffusé sur internet. Il vous sera alors possible de voter pour ou contre ce projet de loi.

http://happeningjuri...etrofrance.com/

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