Les Sacem européennes se battent pour garder leur monopole

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 04 Juillet 2008 à 10h32 - posté dans Musique Numérique

Les sociétés de gestion collective de droit d'auteur ne veulent pas être soumises aux règles de la concurrence dans le marché intérieur européen. Inquiètes, elles ont demandé au Président de la Commission Européenne de geler toute décision qui pourrait engendrer une concurrence destructrice entre les différentes Sacem européennes. Derrière le débat, une question : doit-on traiter la musique comme un bien commercial comme les autres ?

A bas la concurrence, vive les monopoles ! L'Alliance Européenne des Auteurs et Compositeurs (ECSA) a renouvelé mercredi ses inquiétudes de voir les règles du marché intérieur s'appliquer aux sociétés de gestion collective des droits d'auteur, en premier lieu la Sacem. Le lobby, qui représente 36 organisations d'auteurs et compositeurs dans 25 pays de l'Union européenne, a présenté au Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso un vibrant appel signé par plus de 220 artistes, qui demandent à ce que surtout rien ne change dans la façon dont la gestion des droits est immunisée de toute concurrence dans l'Union Européenne.

Le conflit avec Bruxelles remonte à 2004. La Commission européenne met alors son nez dans la manière dont les différentes Sacem européennes se sont organisées et mises d'accord pour conserver leur monopole national dans l'octroi de licences d'exploitation internationales. Concrètement, un service de musique en ligne français est obligé de signer avec la Sacem, tandis qu'un service allemand doit signer avec la GEAM, et les britanniques avec la PRS. Or les règles du marché intérieur, qui veut la libre circulation des hommes, des marchandises et des services, s'opposent à un tel partage national.

La Commission européenne demande donc depuis 2005 qu'une licence paneuropéenne soit mise en place, qui permette aux services de français d'aller chercher leurs autorisations d'exploitation des catalogues en Belgique ou à Chypre s'ils le souhaitent, parcequ'ils jugent le service meilleur... ou moins cher.

Pas question ! Toutes les Sacem européennes se sont rapidement organisées pour faire front à cette tentative d'introduire de la concurrence entre les sociétés de gestions. Parce qu'un artiste n'est pas un commerçant comme les autres, il faudrait qu'il puisse échapper au "dumping social" et à une concurrence intra-européenne qui pourrait inciter les sociétés de gestion des pays les moins riches à brader les licences, et donc les droits d'auteur reversés aux artistes des pays les plus riches. C'est la version musicale du plombier polonais.

Succès en fin d'année dernière. Le commissaire européen à la concurrence Charles McCreevy a demandé en novembre 2007 à ce qu'on accorde plus de temps aux sociétés de gestion pour qu'elles s'organisent elles-mêmes (pour qu'elles s'entendent sur les prix, donc), avant de commencer à réfléchir à un projet de règlement européen. Les sociétés de gestion s'étaient félicitées du succès de leur lobbying.

Mais elles sont à nouveau inquiète. La Commission Européenne serait en effet sur le point de condamner la Confédération Internationale des Sociétés d'Auteurs et de Compositeurs (CISAC), pour l'irrespect des règles de la concurrence dans le marché intérieur. Ce qui mettrait fin au temps de grâce. Stupeur.

La musique est-elle un bien marchand comme les autres ?

"La Direction générale de la Concurrence perçoit la concurrence comme la seule solution à tous les problèmes, et elle essaye de faire passer les sociétés d'auteurs pour des 'monopoles' en nous faisant du tort", s'étrangle l'ECSA dans un communiqué. "Si, comme la Direction générale de la Concurrence semble le suggérer, les Sociétés reçoivent l'ordre de 'se faire concurrence' à travers les frontières sur le prix, tout le système va s'effrondrer", prévient l'organisation. "Les grands ayants droit vont retirer leur répertoire et les placer dans une agence, ou vont chercher à les mettre eux mêmes sous licence".

Les craintes des auteurs et des compositeurs sont bien sûr fondées. Mais il faut choisir. Soit les artistes et les professions musicales dans leur ensemble sont en dehors du commerce. Soit elles y sont de plein pieds. On ne peut pas constammant jouer sur les deux tableaux.

Lorsque les labels et les sociétés de gestion collective demandent le respect des droits d'auteur, c'est le respect de la propriété intellectuelle qu'ils demandent. Or la propriété appartient au domaine du commerce et du marché. Lorsqu'ils refusent une licence globale pour conserver la faculté de négocier des accords privés exclusifs avec les fournisseurs d'accès ou les services de musique en ligne, c'est les règles de la concurrence et du marché qu'ils demandent, pour mieux rejeter une économie "socialiste" de la musique. Lorsqu'ils imposent des DRM sur les chansons vendues aux consommateurs, c'est la liberté de contracter et de faire respecter les contrats de licence par une machine qu'ils demandent. C'est encore une fois le marché et la libre concurrence

Soit la musique est une profession commerciale comme les autres, qui doit accepter d'être soumise y compris aux dures règles de la libre concurrence qui sont là pour protéger le consommateur. Soit elle veut un statut à part, et il n'y a alors aucune raison pour qu'elle contine à agir comme si la musique était un bien privé qu'il fallait à tout prix protéger du "vol", en s'attaquant aux consommateurs qu'elle refuse de protéger.

Publié par Guillaume Champeau, le 4 Juillet 2008 à 10h32
 
 
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Commentaires à propos de «Les Sacem européennes se battent pour garder leur monopole»
 

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Il en résulte qu'alors que tout le monde parle de concurrence, la Sacem était totalement défavorisée par rapport aux autres sociétés d'auteurs.
Résultat : de grands catalogues ont quitté la Sacem et le fisc français a perdu l'impôt correspondant aux marges de gestion Sacem.
Comme quoi trop d' impôts tue l' impôt.
Bravo et merci à Laurent Petitgirard d'intervenir ici, non seulement c'est courageux mais surtout cela apporte de l'information utile : j'ai beaucoup appris de l'échange entre Laurent Petitgirard et "bourgpat".
'Pierre, le 01/01/1970 - 01:00
Bravo et merci à Laurent Petitgirard d'intervenir ici, non seulement c'est courageux mais surtout cela apporte de l'information utile : j'ai beaucoup appris de l'échange entre Laurent Petitgirard et "bourgpat".
Oui, c 'est tout a son honneur. :jap:
'Laurent, le 01/01/1970 - 01:00
Djj
Bonsoir.

Tiens très cher Laurent, si tu as le temps entre deux de tes comtes à dormir debout et 2 sornettes.... il se monte même des collectifs d'artistes Sacem sur Myspace pour défendre leurs droit face à toi et tes amis depuis quelque jours....

ça se passe ici :

http://www.myspace.com/societaires

(là il y a du concrèt et pas de bla bla)

C'est fort d'avoir ses propres adhérents contre soi quand on se décrit comme les grands chevaliers blancs de la défense des droits d'auteurs et des artistes.....clap clap clap...... :rolleyes:
Défense des droits d'auteurs certes , mais orientée vers une petite poignée d'individus
remarque c'est bien tendance et bien raccord avec la politique de notre actuel gouvernement.....ça doit être le progrès du XXIème siècle...mais à reculons
J'ai Ouie dire Laurent que tu te penches sur le problème que je cite au message précédent.......c'est bien....même si dans l'idéal il aurait mieux valu que ce genre de choses n'arrive pas... !
Est ce que la sacem fera machine arrière ? ça par contre on verra :rolleyes:
Tu peux me remercier, je te préviens quand la Sacem fait des grosses conneries pour te permettre d'essayer de désamorcer la bombe (jusqu'à la prochaine....)
En plus je t'aide bénévolement sans toucher 1 euro pour te permettre de continuer de toucher ton "salaire" sacem de Président du directoire malgré les bourdes :biggrinthumb:

En tout cas tu vois que je ne raconte pas que des conneries et que tes propres affiliées sont très fachés.....

Perso, le jour où j'en serais à ce niveau de confiance avec les artistes AIMSA, j'arrêterais tout.....mais ça m'étonnerais que j'en arrive là un jour....j'ai du mou,il faudrait vraiment que je déconne à donf.
'bourgpat', le 01/01/1970 - 01:00
Donc vous considérez normal que les auteurs payent leur impôts au Luxembourg sur des bénéfices générés par des ventes en France et cela au détriment des consommateurs à qui ils ne reversement pas ce qui leur revient de droit et anormal que lorsqu'un acheteur payait chez allomp3 que les droits d'auteur soient payés en russie sur la base de ce qui normal la bas.

Le fond de l'article est là dedans, mais Mr PetitGirard est resté bloqué sur le Fisc. A mon avis faut que tu développes, cher Bourgpat.
Non car je n'ait pas envie à mon age de refaire le bac philo sur la différence entre la loi et la morale.

Car lorsque Laurent Petitgirard demande pour des raisons morales de ne pas faire appliquer les lois sur la libre concurrence et la libre diffusion des biens et des services, il le fait sur le mode moral. En effet si ces dispositions étaient appliquée telle qu'elles le sont sur la libre diffusion des capitaux il serait légal d'aller chercher le moins disant pour les auteurs comme ils le fond au niveau de l'impôts.

Et comme le rappelle Laurent Petitgirard, une fois que c'est légal, la morale n'a pas à rentrer en ligne de compte.
La meilleure façon est de permettre aux artistes de gagner leur vie avec la musique est de leur donner le moyen de vendre eux-mêmes directement au public et ce, avec le moins d'intermédiare possible. C'est ce que j'ai fait en créant http://www.undergroundmusix.com
Les artistes peuvent vendre en ligne en décidant eux-mêmes du prix. Ils gardent tous les droits et récoltent 50% du prix de la vente. Ce qui est énorme comparer à ce qu'un nouvel artiste peut recevoir d'une maison de disques. S'il réussi à même se faire entendre de l'industrie. Il faut casser le moule, défaire les vieilles façons de faire. Cette solution n'est pas parfaite, toutefois, c'est ce que j'ai trouvé de mieux en attendant que tout le monde s'entendent sur les droits d'auteurs et tout le tralala. Merci de m'avoir lu.
Ben, un québécois qui a décidé de permettre aux artistes de contrôler leurs destinés.
C'est dans l'idée très bien que certains artistes gèrent eux-même leur répertoire et vendent leur production directement au public. Maintenant est-ce réellement leur métier? Je n'en suis pas sûr. De plus, tous les artistes, auteurs et compositeurs en particulier, ne se produisent pas en public ou passent nécessairement par des intermédiaires pour présenter leur travail au public. Je pense aux créateurs du monde audiovisuel entre autres.
'Laurent, le 01/01/1970 - 01:00
C'est dans l'idée très bien que certains artistes gèrent eux-même leur répertoire et vendent leur production directement au public. Maintenant est-ce réellement leur métier? Je n'en suis pas sûr. De plus, tous les artistes, auteurs et compositeurs en particulier, ne se produisent pas en public ou passent nécessairement par des intermédiaires pour présenter leur travail au public. Je pense aux créateurs du monde audiovisuel entre autres.
Est ce le métier d'un bistrotier de faire un comptabilité de payer ses charges, son urssaf, sa retraite en plus de sa journ ée de boulot. Pour un taxis, doit il se limiter à conduire sa voiture sans jamais rechercher des clients. Un boulanger doit il gérer sa caisse ses achats et ses dépenses.

Soit on se réclame être d'une profession libérale et on assume les inconvénients; soit on devient haut fonctionnaire au ministère de la culture pour ne rien en foutre de toute ses journées.


Quelques remarques
Enfin se pose quand même un problème simple : La musique a-t-elle une valeur minimum ?
Où bien descend-t-on ainsi jusqu'à pratiquement rien, ou tellement peu que cela ne sera pas répartissable, si ce n'est en le rajoutant à la masse des droits, c'est à dire encore une fois aux plus gros.

Bonjour monsieur Petigirard,

la musique a une grande valeur. Une valeur émotionnelle, sentimentale, c'est un liant social, un appaiseur, un facteur d'acceptation de l'autre. La myriade de petits auteurs qui ne gagnent rien chez vous sont de plus en plus nombreux à mettre leurs musiques sous licence Creative Commns ou autre licence libre. Ils ne gagnent rien de mieux en termes d'euros, mais, au moins, ils peuvent exister, sans être bridés par vos statuts ou par la signature d'un contrat douteux avec une major.

Ce n'est pas la faute de votre société si les petits auteurs ne gagnent rien, mais avouez que vous ne les aidez pas à se faire connaître, en verrouillant les oeuvres qu'il déposent chez vous.



C'est quand même assez extraordinaire de voir des internautes sur ce Forum qui se déterminent à 95% "de gauche" se réjouir de mesures qui ne vont que profiter aux plus puissants.

De gauche ou socialistes ? Parce que de gauche, en principe, on aime pas la libre concurrence non faussée. Socialiste, on aime, et les gouvernements socialistes l'ont prouvé.

Monsieur Petitgirard, il vous faut prendre une adhésion à Attac, on y combat la libre concurrence entre les Etats européens.

Cordialement.

Defriseur.
Bonjour,

comme toujours, il faut regarder un peu plus loin que le bout de son clavier et analyser les forces en présence. Certes, la SACEM est douteuse sur de nombreux points et l'article sur les rémunérations de ses dirigeants vient encore le confirmer. Je ne la défends pas, je mets toutes mes productions en Creative Commons. Cependant, on retrouve dans cet article, les simplismes que l'on rencontre souvent dans les articles de numerama.

Une version musicale du plombier polonais ? Le plombier polonais existe bien (ou le maçon, ou un autre) et un traité constitutionnel qui organise la concurrence totale (et non faussée !!!) entre des systèmes de protection sociale complètement déséquilibrés prépare des lendemains qui déchantent, et pour le plombier français et pour le plombier polonais. Le capitalisme presse tout ce qui peut être pressé, jusqu'à qu'il n'y ait plus rien à presser. Après, il va voir ailleurs. Après avoir épuisé le plombier polonais, l'Europe se tournera vers le chinois, ou des robots.

Un certain nombre de services ne devraient pas êtres soumis à la libre concurrence (qui fonctionne très bien pour d'autres). Ce sont des biens communs, essentiels aux citoyens. La musique en fait-elle partie ? Je serais tenté de dire que la musique est déjà en pleine concurrence, de tout temps, et ça ne dérange pas outre mesure les artistes. C'est le principe même de l'art, se confronter à l'autre pour se mesurer et s'améliorer. Cependant, il ne faut pas confondre l'activité musicale des artistes et la gestion des droits divers. A partir du moment où de l'argent circule, il y a possibilité de fraude (à la TVA, à l'impôt). Et les régulations de toutes sortes sont là pour protéger les faibles, contre le dumping, les puissant cabinets d'avocats véreux, les comptables magouilleurs.

Qu'on soit un commerçant comme les autres ou pas comme les autres, personne n'a intérêt à subir le "dumping social", bien mis entre parenthèses par numerama, pour nous faire comprendre que le dumping, c'est pas si mal que ça. Et les "dures règles de la libre concurrence qui sont là pour protéger le consommateur" ! Ca fait rire, on croirait entendre Nicolas Demorand, sur France Inter. Nous ne sommes pas le "pays le plus riche" (même si c'est un peu vrai en termes de PIB). Nous sommes l'un des pays dont les générations ont le plus luté pour obtenir un haut niveau de protection sociale, de santé, d'éducation et de services publics. N'en déplaise à numerama et à ses guillemets, nous ne voulons pas le brader. Nous voulons plutôt en faire profiter aux peuples les plus démunis qui entrent dans l'Europe. Généraliser la libre concurrence ne sera pas la voie pour y arriver. En voulant la libre concurrence et les prix les plus bas, on aura, dans le temps, ni l'un ni l'autre et on aura création de gros monopoles privés.

Dans sa défense, monsieur Petigirard aurait pu ajouter "vous souhaitez la concurrence totale, rendez-vous dans vingts ans, quand les auteurs, grands ou petits seront dans le brasier de la dérégulation totale".

Défriseur.
Defriseur, le 07/04/2010 - 22:25


Dans sa défense, monsieur Petigirard aurait pu ajouter "vous souhaitez la concurrence totale, rendez-vous dans vingts ans, quand les auteurs, grands ou petits seront dans le brasier de la dérégulation totale".

Défriseur.


Et alors, en quoi le système du copyright que pratiquent les Anglo-saxon serait-il plus détestable ?

Il a, au moins, un avantage sur le Droit d'Auteur, que défend chez nous la Sacem, c'est que le copyright est assorti du "fair use", alors que le droit d'exception à la copie privée est dorénavant interdit chez nous en France, là où justement sévit encore notre "Petite Sacem" ...


Rendez-vous effectivement dans quelques années, et ce dans moins de 20 ans, selon moi ....


:france:
@Defriseur --> A tout hasard, tu ne t'es pas rendu compte que tu viens de déterrer un topic vieux de 2 ans ? :siffle:

Comme quoi trop d' impôts tue l' impôt.

Hélas, trop d'ignorance du fonctionnement de la société ne tue pas les ignorants !!!

Défriseur.
CounterFragger, le 08/04/2010 - 00:57
@Defriseur --> A tout hasard, tu ne t'es pas rendu compte que tu viens de déterrer un topic vieux de 2 ans ? :siffle:

Je ne lisais pas numerama il y a deux ans ! J'y suis seulement depuis environ 8 mois. J'ai peut-être un peu débordé, mais tout est lié. L'art n'est pas en dehors de la marche du monde. Il ira avec elle. Et si cette marche va mal, l'art ira mal aussi.

Cordialement.
Defriseur.
Natasha, le 07/04/2010 - 22:38
Defriseur, le 07/04/2010 - 22:25


Dans sa défense, monsieur Petigirard aurait pu ajouter "vous souhaitez la concurrence totale, rendez-vous dans vingts ans, quand les auteurs, grands ou petits seront dans le brasier de la dérégulation totale".

Défriseur.


Et alors, en quoi le système du copyright que pratiquent les Anglo-saxon serait-il plus détestable ?

En aucun cas, je voulais parler des comparaisons avec le Copyright, que je ne défends pas particulièrement.

Défriseur.


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