Et si même votre navigateur web était dans le cloud ? Voilà la curieuse idée de Mighty, une entreprise qui propose de louer un navigateur web sur une machine surpuissante pour 30 $ par mois. De quoi soulever quelques questions techniques et éthiques.

L’avènement du cloud computing a réduit le besoin d’installer des logiciels sur son ordinateur. En exploitant la suite bureautique de Google par exemple, pas besoin d’installer quoi que ce soit sur sa propre machine, tout est accessible vie un navigateur ou une application mobile.

La startup Mighty a poussé ce concept jusqu’à l’extrême en virtualisant… le navigateur Internet lui-même. Pour 30 $ par mois, cette entreprise vous propose de louer un navigateur web installé sur une machine distante surpuissante et avec une connexion de 1 Gb/s. La promesse est simple, en délocalisant votre navigateur Internet, vous utilisez moins de ressources, vous profitez d’une meilleure connexion et de meilleures performances.

Plus de puissance

Concrètement, cela fonctionne grâce à une application qui va venir streamer une vidéo de ce que vous faites sur le serveur distant. Votre machine locale n’opère pas le rendement des pages web, elle-même, l’instance de Chrome installée sur les serveurs de Mighty le fait, et vous envoie un flux vidéo de l’ensemble. Une aubaine au moment où de plus en plus de pages web s’alourdissent avec des tas de scripts, de publicités ou de codes non désirés.

C’est l’aboutissement ultime de ce qu’en informatique on appelle la logique du « client léger » (ou thin client en anglais). L’ordinateur n’est qu’une fenêtre sur le web avec quasiment rien d’installé dessus. Cela permet de continuer à utiliser de vieilles machines plus forcément capables d’accueillir des logiciels en local.

Mighty promet d’utiliser 10 fois moins de mémoire que Chrome // Source : Mighty

L’idée est donc assez similaire à ce que fait Shadow, qui lui propose tout de même un environnement Windows complet plutôt qu’un simple navigateur. Le fondateur du site a, sans surprise, déclaré préférer sa propre approche à celle de Shadow : « la plupart des gens veulent une expérience où le système d’exploitation sous-jacent et l’application (le navigateur) interagissent de manière transparente, au lieu de devoir apprivoiser deux expériences de bureau distinctes. »

Délocaliser son navigateur pose tout de même quelques problèmes.

Des risques non négligeables

Premièrement, celui de la connexion Internet. Alors que les navigateurs modernes prennent quasiment tous en charge des fonctionnalités hors-ligne grâce au HTML 5, l’idée de Mighty est rendue caduc dès lors que l’on n’a pas accès a Internet, puisque l’on ne pourra pas accéder au serveur qui contient le navigateur web.

Deuxièmement, des problématiques de vie privée se posent aussi. Si tout votre historique web, vos cookies, votre bibliothèque de favoris sont stockés sur un ordinateur distant, cela en fait une cible de choix pour les hackers qui pourraient d’un seul coup potentiellement récupérer les données de très nombreux clients (si le système a du succès).

En ne stockant plus rien sur sa propre machine, l’aspect décentralisé d’Internet s’efface pour laisser place à une logique de Minitel 2.0 certes pratique, mais qui pose des questions technologiques certaines. Si l’usage du web requiert une connexion très haut débit et une machine qui déborde de puissance, le rêve d’un web accessible et universel se fissure également.

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