Sur mobile, Microsoft propose désormais dans son navigateur web un outil indiquant la fiabilité des sites.

Les navigateurs web doivent-ils être les auxiliaires de la lutte contre les fake news ? En tout cas, c’est à travers eux que des initiatives voient le jour avec l’ambition louable d’aider l’internaute à faire la distinction entre les sites de confiance de ceux qui sont peu fiables, voire qui propagent ouvertement de la désinformation.

Un exemple récent de cette tendance est donné par Edge, le navigateur de Microsoft. Depuis la fin janvier, le logiciel évalue la fiabilité des sites web en leur attribuant un badge de couleur. Si celui-ci est vert, tout va bien : le site propose des informations valables. Par contre, s’il vire au rouge, c’est la méfiance qui doit être de mise, car ce qui est raconté est exagéré, partial ou mensonger.

Un classement par badge

D’autres badges de couleur existent : lorsqu’il est de couleur bleue, cela veut dire que le site propose avant tout du contenu généré par l’utilisateur et qu’il peut donc y avoir de tout. Un badge jaune signifie que c’est un site plaisantant sur l’actualité et qu’il faut donc ne pas prendre ce qu’il raconte pour argent comptant (comme Le Gorafi). Enfin, un badge gris signifie que le site n’a pas été évalué.

Cette nouvelle fonctionnalité, évoquée par TechCrunch, n’est pour l’instant disponible que sur la version mobile du navigateur, sur Android et iOS. Il existe aussi une version web, mais qui est optionnelle. Il est à noter que ce travail d’évaluation, par nature très délicat car il vise en somme à décerner des bons points selon une certaine grille de lecture, n’est pas effectué par Microsoft.

NewsGuard
Rétablir la confiance et la responsabilité, l’ambition de NewsGuard.

NewsGuard évalue

En effet, c’est le collectif NewsGuard qui s’en charge. Il rassemble des journalistes et des universitaires pour évaluer les sites selon des critères de crédibilité et de transparence (le propriétaire et le financement du site sont-ils connus ? Les publicités sont-elles bien identifiées ? Les auteurs sont-ils indiqués ? Les erreurs sont-elles corrigées ? La distinction entre un article et une opinion est-elle faite ? Etc.).

L’approche suivie par Edge avec NewsGuard rappelle celle du Décodex, une initiative qui a été lancée en 2017 par les journalistes du Monde. Le concept est exactement le même : les sites sont évalués selon une grille d’analyse et un badge de couleur est ensuite attribué. Il existe une extension pour Google Chrome et Mozilla Firefox. Des centaines d’adresses ont été évaluées depuis le début du projet.

Le Decodex du Monde.

La différence entre les deux réside toutefois dans le fait que NewsGuard est de facto imposé à l’internaute, l’outil étant déployé automatiquement dans Edge sur iOS et Android, là où le module du Décodex est optionnel. Cependant, d’après les tests effectués par TechCrunch, NewsGuard n’est pas activé par défaut, même s’il est présent dans le logiciel. Il faut un acte volontaire de l’internaute pour en profiter.

Hormis Microsoft Edge, NewsGuard est disponible sous la forme d’un module pour les autres grands navigateurs web, à savoir Google Chrome, Mozilla Firefox et Apple Safari. Il est à noter qu’il s’agit avant tout d’un outil destiné à un public américain  : à l’heure actuelle, les grands sites de presse français ne sont pas évalués. Par contre, les versions françaises de Russia Today et Sputnik le sont.

russiatoday
Le site Russia Today n’est pas jugé fiable par NewsGuard ou Le Décodex.

Effort d’évaluation du web

Les efforts pour identifier et combattre la désinformation ont fortement augmenté depuis trois ans et prennent des formes variées. Le projet CrossCheck vise par exemple à faire vérifier par les journalistes les sources d’articles signalés par les internautes et à démonter les rumeurs présentes sur le web. De son côté, Google propose un label indiquant quels sont les articles faisant une vérification des faits.

La fiabilité des sites est aussi un sujet dont se sont emparés les internautes, mais d’une façon différente : avec le projet Web of Trust (WOT), une extension pour navigateur dit quels sont les sites de confiance, mais selon un critère de sécurité (présence ou non de logiciels malveillants, risques d’escroquerie, etc.) Ces évaluations sont réalisées par les internautes, dans une logique de production participative.

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