La pilote de drone Lexie Janson était l'invitée d'une conférence du Web2Day le 13 juin 2018. Sur place, nous avons parlé à cette développeuse polonaise, soucieuse d'encourager les femmes intéressées par cette technologie.

Dans cet univers de la tech où les femmes sont minoritaires, Lexie Janson est devenue une figure reconnue du pilotage en immersion dans son pays. La jeune femme de 25 ans, originaire de la ville de Gdynia, est membre d’Infinity Spin, une équipe de pilotes spécialisés dans la course de drones. Le drone n’est pas, à l’origine, sa vocation professionnelle : elle est avant tout programmeuse et développeuse.

A l’occasion de sa présence lors d’une table ronde du Web2Day, pour la 10è édition du festival nantais consacré au web et aux innovations, où Numerama était présent, Lexie Janson nous a raconté comment, en 2014, elle s’est découverte une passion pour cette technologie. Et comment depuis, elle constate quotidiennement les difficultés d’être une femme dans ce métier largement trusté par les hommes.

Lexie Janson / Facebook Maionhigh

Son premier drone : un tricopteur

Voici comment tout a commencé. « C’est une histoire de circonstances, sourit-elle. Un de mes amis avait un drone, l’un des tous premiers. Il a mis les lunettes de protection sur ma tête. La première fois qu’il m’a montré ça, je me suis dit, ‘mais qu’est-ce que c’est que ça ? Ça a l’air bizarre, il se moque de moi, comme d’habitude‘. Il m’a dit : ‘attends, et regarde’. Il a volé en hauteur, avant de descendre. C’était en décembre 2014, j’étais vraiment très impressionnable à ce moment. »

La jeune femme, alors âgée de 21 ans, est fascinée par l’expérience — bien qu’elle s’amuse, avec le recul, d’avoir été impressionnée par cette démonstration simple. « Je me suis dit, c’est fantastique, je vais faire ça toute ma vie », se remémore Lexie Janson.

Son expérience en tant que pilote commence avec un drone doté de trois moteurs. « Mon premier drone était un tricopteur, et je lui avais mis plusieurs branches. Il avait vraiment l’air drôle. À chaque fois que je raconte à des filles, pendant des ateliers, à quoi ressemblait mon premier drone, je leur assure que les leurs auront l’air bien mieux que le mien », plaisante-t-elle.

« Je suis heureuse d’avoir vu cette technologie progresser »

Elle poursuit : « J’ai pu voir la manière dont cette technologie a grandi. Nous avons commencé avec des logiciels qui ne nous permettaient pas de bouger énormément. Maintenant, tous ces logiciels permettent de faire des choses incroyables. Je suis heureuse d’avoir vu ces progrès au cours des années. »

La Polonaise, qui vit aujourd’hui à Hambourg en Allemagne, explique que son pays d’origine a lui aussi sa petite communauté d’amatrices et amateurs de drones. « En Pologne, c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de spectateurs lors des courses. Mais je pense que les Polonais sont au courant, et la plupart d’entre eux trouvent les courses de drone intéressantes quand ils en voient », note notre interlocutrice.

La barrière du sexisme

Sur sa chaîne YouTube MaiOnHigh, Lexie Janson publie régulièrement des vidéos pour raconter ses expériences et encourager chacune et chacun à découvrir la pratique du drone. La vidéaste met un point d’honneur à toujours construire elle-même ses drones.

« Mon premier drone m’a pris deux semaines, se souvient-elle. Maintenant ça me demande deux ou trois heures. C’est la première barrière que j’ai dû franchir, dans la communauté des dronistes. J’ai eu des remarques comme, ‘Oh une fille, vous n’y connaissez rien’. Je me rappelle aussi ces fois où quelqu’un me posait une question, j’y répondais, et quelqu’un d’autre répondait la même chose que moi : c’était un homme. Et là, instantanément la réponse était, ‘Merci, enfin on m’a répondu‘, et je disais, ‘vraiment ?’  »

« J’ai décidé que j’aiderais autant de filles que possible à s’intéresser aux drones »

Lexie Janson nous explique qu’avec le temps et l’expérience, elle est parvenue à se faire une place ; elle obtient désormais le plus souvent le soutien du reste la communauté des dronistes. « Je commence à être connue. En 2014, c’était le début pour moi, et je me battais vraiment contre le sexisme ambiant. J’ai décidé que j’aiderais autant de filles que possible à s’intéresser aux drones et aux technologies. Je suis allée à beaucoup d’ateliers comme Geek Girls Carrots, Women in tech, Hackerspaces. Sans me limiter aux drones, j’ai essayé de faire passer le message que, si quelqu’un vous dit que vous ne pouvez pas faire quelque chose, vous devriez lui dire : ‘je peux le faire, je vais le faire, et regarde-moi  », s’enflamme la pilote.

Evidemment, sur la scène du Web2Day, Lexie Janson était la seule femme.

Un commentaire, dix demandes en ami

La droniste nous explique comment elle a été souvent confrontée à des comportements sexistes, notamment en ligne. « Quand on me demande pourquoi les femmes ne commentent jamais rien en ligne, ou ne publient rien sur les drones, je me rappelle de cette fois où j’avais fait un commentaire, et où j’ai reçu au moins dix demandes d’amis, des photos et des messages », nous précise Lexie Janson.

Ces mauvaises expériences lui donnent d’autant plus envie d’encourager les femmes qui partagent sa passion des drones sur YouTube ou Instagram. « Elles savent désormais qu’elles peuvent venir vers moi, m’envoyer une capture d’écran, me prévenir qu’un homme leur laisse des commentaires… Je suis devenue une sorte d’avocate des femmes dans l’univers du drone ! », s’étonne la développeuse.

Présentée comme une amatrice de freestyle lors de la conférence du Web2Day, Lexie Janson s’en étonne, car elle nous explique avoir commencé par les courses de drones : « On me disait que tout le monde pouvait le faire, mais je ne voyais que des hommes le faire. J’ai commencé à faire des courses pour envoyer ce message, pour que des petites filles, ou des femmes adultes, se disent qu’elles pouvaient y prendre part. »

« J’ai encore beaucoup à apprendre »

Mais la droniste tempère immédiatement la portée de ses actions : « Je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre, je suis loin d’être la meilleure pilote du monde. Mais je suis reconnaissante de pouvoir montrer à des femmes et de filles qu’elles peuvent le faire aussi. Car c’est l’intérêt des drones : peu importe votre âge, votre religion, vous pouvez le faire. Même si le prix à l’entrée reste une barrière, car vous devez acheter le matériel », concède-t-elle.

Avant de quitter Nantes pour de nouvelles aventures et courses de drones, Lexie Janson nous fait une dernière confidence : « Depuis quatre ans, je garde une petite boite dans laquelle j’ai mis tous les commentaires, toutes les photos et les messages privés que je reçois de filles, de femmes, mais aussi de pères ou de grands-pères. Quand je reçois des messages haineux, car cela arrive souvent malheureusement, je regarde ces commentaires et je me dis que je le fais pour ces personnes. »

Facebook Maionhigh

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