Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a menacé de détruire les câbles sous-marins, les centres de données et les sites d’IA liés aux États-Unis dans le Golfe si la guerre reprend.

Bientôt huit mois de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, et la prochaine étape du conflit pourrait être une attaque contre les câbles Internet sous-marins qui passent dans le détroit d’Ormuz, voire, ceux qui transitent au large de Bab-el-Mandeb, entre le Yémen et Djibouti. C’est la menace faite par l’Iran au cours du week-end.

Dans un entretien publié le dimanche 11 octobre par Press TV, la chaîne d’État iranienne qui diffuse en anglais, Mohsen Rezaei prévient que des câbles « seront détruits » si les combats avec les États-Unis reprennent. Il vise aussi les centres de données et les sites d’IA de la région, en citant les « actifs extrêmement coûteux » des USA aux Émirats arabes unis.

Mohsen Rezaei a commandé les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime iranien. Depuis le 9 août, il est le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, l’organe que préside le chef de l’État, Massoud Pezeshkian, et qui coordonne la politique de sécurité et la politique étrangère du pays.

Il affirme que ces sites ne font « pas encore » partie des cibles iraniennes, mais que cela peut changer.

cable sous marin
Un câble sous-marin. // Source : Norimoto

Dans la soirée, la déclaration a circulé sur X, entre autres sur le compte The Hormuz Letter, qui suit la crise du détroit d’Ormuz au jour le jour.

La menace n’arrive pas par hasard : elle tombe en pleine négociation. Washington et Téhéran discutent, par l’intermédiaire de médiateurs, d’une réouverture du détroit. Mohsen Rezaei affirme que les États-Unis ont accepté une partie des sept conditions posées par l’Iran, mais juge leur dernière réponse « insuffisante », rapporte CBS News.

Pour appuyer sa menace, le responsable iranien a estimé ces infrastructures à plus de 2 000 milliards de dollars. Il les a présentées comme « le pouls de l’économie américaine » dans la région. Les câbles qui passent sous le Golfe font circuler une partie du trafic Internet entre l’Asie et l’Europe. S’ils étaient coupés, les connexions ralentiraient bien au-delà de la région.

À Ormuz, des câbles autant que des pétroliers

On connaît surtout le détroit d’Ormuz pour le pétrole, et les effets néfastes que tout blocage provoque sur le prix à la pompe. Mais des câbles en fibre optique sont posés au fond de l’eau et relient l’Asie à l’Europe en passant par les pays du Golfe et l’Égypte. Par exemple, le câble AAE-1 dessert le Qatar et les Émirats arabes unis, puis arrive à Marseille.

Une dizaine de câbles traversent ce détroit. À son point le plus étroit, les eaux territoriales revendiquées par l’Iran et par Oman se chevauchent entièrement : les câbles reposent donc sur un fond que Téhéran considère comme le sien. Les câbles arrivent à terre dans des stations d’atterrissage au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, à Oman et aux Émirats. Ces sites pourraient eux aussi être sabotés ou frappés directement.

L’Iran connaît très bien l’existence de ces câbles. En avril, des responsables iraniens avaient averti que ces infrastructures constituaient un point vulnérable pour l’économie numérique de la région. Les pays du Golfe misent justement sur les centres de données et l’IA pour moins dépendre du pétrole. Sans câbles, ces serveurs sont coupés du reste du monde.

En mer Rouge, des coupures restées sans coupable

La mer Rouge, de l’autre côté de la péninsule arabique, a déjà connu ce type de coupures.

Fin février 2024, trois câbles, dont AAE-1, ont été endommagés au large du Yémen. Les soupçons se sont portés sur les Houthis, une milice soutenue par l’Iran. Ils avaient nié toute implication, sans vraiment convaincre. Pour la Maison-Blanche, la cause la plus probable reste l’ancre du Rubymar, un cargo touché par un missile houthi puis abandonné par son équipage, qui a raclé le fond en dérivant.

cable mer rouge
L’autre détroit à risque. // Source : Capture d’écran

En septembre 2025, de nouvelles coupures près de Djeddah, en Arabie saoudite, avaient ralenti Internet en Inde, au Pakistan et aux Émirats. Peu après, un avion de patrouille américain a survolé la zone. Là encore, ce qui s’est passé n’a pas pu être établi avec certitude.

Quand un câble est coupé, les opérateurs font passer le trafic par d’autres liaisons : Internet ralentit sans s’arrêter. La réparation demande un navire spécialisé et prend plusieurs semaines, bien plus en zone de guerre. En mer Rouge, AAE-1 n’a été réparé qu’en juillet 2024, près de cinq mois après la coupure, faute d’autorisation du gouvernement yéménite.

Si plusieurs câbles sont coupés dans le même couloir, il reste beaucoup moins de routes de secours.

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