Trois mois après leur présentation à l’Augmented World Expo, les lunettes Snap Specs ont eu droit à leur propre keynote. Ce mercredi 16 septembre, à Los Angeles, Evan Spiegel a enchaîné les démonstrations en direct pendant près d’une heure.
Le patron de Snap présente son produit comme un « ordinateur que l’on porte » sur le nez, capable de remplacer une partie des usages du smartphone. Snap est convaincu que ce produit est le premier d’une nouvelle ère, mais il va falloir convaincre le grand public de dépenser entre 2 295 et 2 495 euros pour une catégorie d’appareils pour l’instant boudée par les consommateurs.
Un étui 5G et une distribution chez Orange en France
Le patron de Snap étant amoureux de la France et détenteur de la nationalité française, les Specs sortiront chez nous en même temps qu’aux États-Unis. Les lunettes fonctionnent sans smartphone, mais une partie de leurs usages (streaming, navigation, IA) nécessite une connexion Internet. Le partage de connexion depuis le téléphone sera obligatoire pour accéder à certains services, puisqu’il n’est pas possible de mettre une antenne 5G dans des lunettes avec les technologies actuelles de batterie.
Pour régler ce problème, Snap annonce un étui de recharge qui intègre une connexion cellulaire. Il peut recharger quatre fois les lunettes et diffuse un réseau Wi-Fi aux lunettes. Snap s’appuie sur des opérateurs : Verizon aux États-Unis, EE au Royaume-Uni et… Orange en France. L’opérateur vendra les Specs dans une sélection de boutiques dès leur sortie, mais le prix de la version cellulaire est de 2 495 euros en France au lieu de 2 295 euros pour la version Wi-Fi.

Specs Intelligence : l’IA de Snap veut vous répondre avant que vous lui posiez la question
Autre annonce du jour : après s’être appuyé sur ChatGPT pour développer des fonctions IA dans Snapchat, le groupe Snap lance Specs Intelligence. Il s’agit d’un assistant IA qui fonctionne sur les lunettes, mais aussi dans des applications dédiées sur ordinateur et smartphone. Son rôle : afficher des rappels, des informations contextuelles ou des notifications au bon moment, sans que l’utilisateur ait besoin de formuler une demande.
Pour y parvenir, Specs Intelligence s’appuie sur les données des applications connectées. Snap évoque une synchronisation avec l’iPhone et l’ordinateur pour comprendre les habitudes, les objectifs et les contacts de l’utilisateur. L’idée est qu’un assistant connaisse votre emploi du temps et voit ce que vous regardez sur votre écran, afin de vous faire gagner du temps. Reste la question de la vie privée : Snap assure que ses équipes n’ont pas accès aux contenus personnels et qu’ils ne servent pas à entraîner ses modèles.
Des lunettes qui se pilotent avec les mains
Evan Spiegel a fait le choix risqué de tout montrer en direct, en précisant qu’il ne portait rien au poignet (une pique au bracelet neuronal des Meta Ray-Ban Display). Les Specs se pilotent uniquement avec les mains, grâce à leurs caméras :
- Le menu principal s’ouvre en tournant la paume de la main vers soi.
- Un claquement de doigts suffit pour prendre une photo et l’envoyer sur Snapchat.
- Les appels vidéo fonctionnent directement depuis les lunettes, filtres Snapchat compris.
- Le navigateur permet de regarder YouTube ou HBO Max dans une fenêtre redimensionnable, jusqu’à l’équivalent d’un écran de 115 pouces.
Côté applications, Snap mise sur des partenariats avec Shopify, la NBA ou Harry Potter pour proposer des applications sur ses lunettes… mais reste loin d’iOS, Android ou même Meta.
Snap a un problème : qui va acheter des lunettes à 2 295 euros ?
Snap a passé onze ans et plus de 3 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d’euros) sur ce projet. Les premiers retours de la presse sont plutôt positifs sur le système d’exploitation, le suivi des mains et l’utilité de certaines applications. Mais les limites restent visibles : 132 grammes sur le nez (presque deux fois le poids des Ray-Ban Display de Meta), quatre heures d’autonomie et des branches qui tiédissent après une dizaine de minutes d’utilisation, selon Engadget.
Le positionnement est, lui aussi, délicat. Snap vise le grand public avec une campagne publicitaire portée par des célébrités, mais le prix, le poids et le look des Specs les destinent pour l’instant aux passionnés de réalité augmentée et aux entreprises. Face à Meta, qui domine le marché avec des lunettes discrètes, et à Google ou Samsung, qui préparent des lunettes Android XR, Snap parie sur une réalité augmentée complète plutôt que sur un petit écran d’appoint. La réalité est que le grand public n’est certainement pas prêt et que Snap devra être solide pour résister le temps que la technologie se développe.
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