Emmanuel Macron a clôturé une semaine très dense pour la tech française par un discours dédié aux 10 ans de VivaTech. Coupure de Claude Fable en Europe, déploiement de l’Assistant IA dans la fonction publique, nouvel investissement français et appel à développer des alternatives aux États-Unis et à la Chine, notamment en s’appuyant sur l’open source… Le président de la République donne un cahier des charges à quelques mois de son départ.

Il est rare que la France parle autant de nouvelles technologies et d’intelligence artificielle. L’annonce surprise des États-Unis, qui ont ordonné à Anthropic de couper l’accès à Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 pour tout non-Américain, a provoqué un premier séisme politico-médiatique en début de semaine. Mais ces derniers jours ont surtout été marqués par la 10ᵉ édition du salon VivaTech : les sujets IA se sont retrouvés au centre des discussions nationales. Le 16 juin, l’État a notamment annoncé l’Assistant, un outil IA déployé à environ un million d’agents qui vise à accélérer la modernisation de l’administration avec des modèles français et un hébergement français. On a aussi beaucoup entendu parler de Mistral ces derniers jours : le groupe français a confirmé qu’il lancera un nouveau modèle cet été.

Le 19 juin, Emmanuel Macron a réuni l’écosystème tech à l’Élysée pour un discours sur les dix ans de VivaTech. Pas d’annonce fracassante, ni de promesse de dépasser les États-Unis ou la Chine, mais des vœux sur ce qu’il faut faire dans les prochaines années à quelques mois de la fin de son mandat. Le président livre d’ailleurs un avertissement à ses successeurs potentiels. Si la France renonce au cadre bâti depuis 2017, « on repart 10 cases en arrière ».

Emmanuel Macron appelle l’Europe à choisir des solutions européennes et plaide en faveur de l’open source

« La bonne échelle, c’est l’échelle européenne », plaide Emmanuel Macron. Le président appelle à élargir le programme French Tech à l’ensemble du continent sous le nom de « Choose European Tech ». Son objectif est d’offrir aux startups un marché domestique à l’échelle de l’Union, des financements européens et une « préférence européenne ». Emmanuel Macron constate que la France est « la meilleure en Europe » grâce à Mistral, seul acteur non-américain et non-chinois à proposer des modèles de langage, mais constate quand même que l’Europe est « encore loin des Américains ou des Chinois ». Son but n’est pas de prétendre pouvoir les rattraper, mais d’offrir une alternative.

À la course aux grands modèles propriétaires, Emmanuel Macron fait le pari de l’open source. « Il faut aller sur ces deux jambes, modèles frontières et open source ». Le président voit en l’épisode Claude Mythos la preuve que l’on doit accélérer en matière de souveraineté : « on peut pas faire comme si rien ne s’était passé il y a huit jours ». Emmanuel Macron semble néanmoins confiant sur l’avenir de Claude en Europe : « On négocie avec les Américains pour qu’ils rouvrent », mais appelle la France à aller plus vite, notamment en donnant des clients à Mistral, des marchés gouvernement et de grandes entreprises européennes, pour l’aider à se développer.

Emmanuel Macron lors de la réception VivaTech à l'Élysée.
Emmanuel Macron lors de la réception VivaTech à l’Élysée. // Source : Numerama

Comment expliquer l’avance des Américains avec leurs modèles propriétaires ? Emmanuel Macron considère qu’il s’agit d’une question de moyens : « Ce n’est pas une rupture technologique. Ce n’est pas qu’ils sont plus intelligents. Ils ont mis beaucoup plus d’argent. Ils ont mobilisé 15 fois plus de puissance de calcul. » Le président annonce le plan Tibi 3 pour financer les startups avec déjà 13 milliards d’euros engagés et, idéalement, 15 milliards très bientôt.

Si la France et l’Europe n’ont pas leurs propres solutions « de l’IA, du quantique, des grandes technologies de défense, du cloud », alors Emmanuel Macron craint que les Européens deviendront « des consommateurs d’une technologie faite par d’autres ». Un de ses gros chantiers des prochains mois est de relancer la production de puces sur le sol européen, notamment en s’appuyant sur le savoir-faire d’ASML, pour ne pas importer seulement des puces taïwanaises ou américaines. Les centres de données et l’énergie nucléaire ont aussi été dans son discours : le président pense que la France dispose d’avantages nets qui lui donnent une chance dans la course à l’IA.

Emmanuel Macron appelle la French Tech à ne pas se faire écraser par la prochaine élection présidentielle

Enfin, Emmanuel Macron a aussi évoqué son départ, alors que cette dixième édition de VivaTech était sa dernière. « Ne lâchez rien sur ce qu’on a acquis durant ces 10 ans », lance-t-il aux startups. « Il ne faut pas se faire détricoter dans les débats budgétaires des prochains mois ou dans les débats aux prochaines présidentielles. »

Si le pouvoir bascule dans les mains d’un président qui « qui a honte du risque, qui pointe du doigt celui qui réussit et qui stigmatise celui qui a perdu », Emmanuel Macron dit craindre que l’« on reparte 10 cases en arrière. » Une manière comme une autre de s’immiscer dans la campagne présidentielle devant un public qu’il sait majoritairement acquis à sa cause.

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