Selon The Information, Google a conclu un accord avec le Pentagone pour permettre l’usage de ses modèles d’IA dans des opérations classifiées. Un partenariat sensible, qui intervient après la rupture entre le gouvernement américain et Anthropic.

Après son bras de fer avec Anthropic, le Pentagone se tourne une nouvelle fois vers la concurrence. Début 2026, l’entreprise à l’origine du LLM Claude s’est brouillée avec le département de la Défense américain, refusant que sa technologie soit utilisée pour la surveillance de masse des citoyens ou dans le cadre d’armes entièrement autonomes. L’affaire a finalement été tranchée au sommet de l’État : Donald Trump a ordonné à l’ensemble des agences fédérales de cesser d’utiliser les solutions d’Anthropic.

Le contrat a aussitôt été récupéré par OpenAI (ChatGPT), dont le patron Sam Altman assure pourtant défendre des lignes rouges similaires à celles d’Anthropic. Désormais, c’est Google et son IA Gemini qui seraient étroitement liés au Pentagone. Le 27 avril 2026, le média The Information (relayé par Reuters) a révélé, en s’appuyant sur une source proche du dossier, la signature d’un accord entre l’entreprise et le ministère de la Défense.

L’objectif : permettre au Pentagone d’utiliser les modèles d’IA de Google dans le cadre d’opérations classifiées, avec un champ d’application très large — à savoir « toute finalité gouvernementale légale ».

Sam Altman et Dario Amodei au Sommet indien sur l'impact de l'IA // Source : Bloomberg
Sam Altman et Dario Amodei au Sommet indien sur l’impact de l’IA // Source : Bloomberg

Un contrat entre Google et le Pentagone… qui existait déjà

Concrètement, cet accord ne date pas d’hier. Selon le média, il s’agirait en réalité d’un amendement à un contrat existant. En clair, Google entretenait déjà une relation officielle avec le gouvernement américain autour de services liés à l’IA, désormais étendue à des usages classifiés.

Ces derniers couvrent des informations sensibles — secret défense, opérations militaires, renseignement — ainsi que des données classifiées à différents niveaux (confidentiel, secret, top secret…), accessibles uniquement à des personnels habilités.

Le contrat précise toutefois que l’IA de Google ne doit pas être utilisée « pour la surveillance de masse intérieure ou les armes autonomes (y compris la sélection des cibles) sans supervision et contrôle humains appropriés ». Une clause qui ne suffit visiblement pas à calmer la fronde en interne.

Selon le Washington Post, plusieurs centaines d’employés ont adressé, le 27 avril 2026, une lettre au patron Sundar Pichai pour exiger l’interdiction de tout usage de l’IA de Google dans des travaux classifiés. Parmi les quelque 600 signataires figurent notamment des membres du laboratoire d’IA DeepMind.

Dans cette lettre, ils affirment que ce type de contrats empêcherait concrètement les équipes de savoir comment leur technologie est utilisée : « Nous voulons que l’IA soit au service de l’humanité, et non qu’elle soit utilisée de manière inhumaine ou extrêmement nuisible. Cela inclut les armes autonomes létales et la surveillance de masse, mais va bien au-delà. » Avant d’ajouter : « Le seul moyen de garantir que Google ne soit pas associé à de tels préjudices est de refuser toute charge de travail classifiée. Autrement, de tels usages pourraient se produire à notre insu ou sans que nous ayons la possibilité de les empêcher. »

Gemini, l'IA de Google.  // Source : Google
Gemini, l’IA de Google. // Source : Google

Google change de cap

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte particulier. En 2018, Google avait déjà renoncé au Project Maven — un programme impliquant l’analyse d’images de drones pour le Pentagone — après une mobilisation massive de ses employés. La firme avait ensuite publié des principes d’IA très restrictifs concernant les usages militaires.

Mais en 2025, elle a assoupli sa position, en supprimant la mention explicite interdisant l’usage de l’IA pour les armes et la surveillance de masse, au profit d’un cadre plus général axé sur « l’innovation responsable ». Le récent accord avec le Pentagone s’inscrit ainsi dans ce revirement : Google s’ouvre de nouveau aux contrats militaires, tout en tentant de préserver des garde-fous contractuels ciblés.

Plus largement, sous la présidence Trump, la réglementation américaine sur l’IA a été assouplie, avec un discours très offensif sur la nécessité de garder un avantage technologique face à la Chine et la Russie, notamment dans le domaine militaire. Mais le Pentagone a, dans le même temps, durci le ton avec certains acteurs : il a ainsi classé Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement », et mène actuellement une bataille juridique contre la firme de Dario Amodei.

Pendant ce temps, d’autres géants comme Microsoft, Amazon ou OpenAI travaillent déjà avec le secteur militaire, en particulier sur du cloud sécurisé, des outils d’analyse ou des assistants IA internes pour l’armée américaine. Dans ce paysage, Google est en train de récupérer une place de choix : le Pentagone cherche des partenaires jugés fiables politiquement et contractuellement.













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