La WWDC d’Apple a promis des changements profonds pour Siri grâce à Apple Intelligence. Mais derrière les annonces, une grande déception s’est installée pour les utilisateurs européens : ces fonctions ne traverseront pas l’océan Atlantique pour le moment. En direct de l’Apple Park de Cupertino et en communication avec Bruxelles, Numerama a pu s’entretenir directement avec les dirigeants de la marque à l’origine de ces décisions, de part et d’autre du spectre.
Regardez notre vidéo explicative pour comprendre l’intégralité du blocage et les raisons avancées par Apple et la Commission Européenne.
Le nœud du problème, l’index sémantique et le DMA

Contrairement aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, Apple n’agit pas par simple posture politique et les modèles d’intelligence artificielle d’Apple de troisième génération tournent déjà très bien, y compris en version bêta, sur les iPhone européens. Le blocage principal concerne uniquement Siri AI et sa capacité à interagir avec vos données personnelles.


Pour fonctionner de manière intelligente et sécurisée, l’assistant Siri AI s’appuie sur un index sémantique local. Ce système classe vos messages, vos photos et vos notes directement sur l’appareil, tout en les chiffrant. C’est une des promesses produit d’Apple : la sécurité des données leur est chevillée au corps.
Or, avec le Digital Markets Act (DMA), la Commission européenne impose à iOS de s’ouvrir à la concurrence. Dans une lecture stricte, Bruxelles demande qu’Apple donne l’accès à cet index sémantique à des outils tiers, comme ChatGPT ou Gemini, afin d’éviter tout traitement de faveur pour Siri.
Une demande jugée dangereuse par l’entreprise californienne, qui invoque bien entendu des raisons de sécurité et de confidentialité des données.
Deux visions irréconciliables entre Bruxelles et Cupertino
La situation semble bloquée car les deux acteurs défendent des priorités opposées. D’un côté, Apple place la protection de la vie privée au centre de son argumentaire, expliquant qu’ouvrir les données locales à des tiers poserait des risques majeurs. De l’autre, la Commission européenne défend le libre choix des consommateurs et refuse qu’Apple verrouille son système, même si les clients d’Apple sont parfaitement conscients de ce qu’ils achètent. Les régulateurs estiment d’ailleurs que la marque à la pomme cherche surtout à imposer ses propres règles et s’est auto-congratulée de faire plier le géant américain.
Et pourtant Apple ne l’avait pas fait à l’envers cette fois : l’entreprise a tenté de proposer un compromis sous la forme d’un système d’accès sécurisé pour les concurrents, mais Bruxelles a opposé un refus catégorique si l’ouverture n’était pas totale dès le départ. Quant à l’idée de proposer en Europe un Siri simplifié, dépouillé de son contexte personnel pour simplement répondre à des questions générales, Apple la refuse. La marque préfère priver l’Europe de sa technologie plutôt que de distribuer une version dégradée de son assistant.
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