« Hier soir, un agent IA a pratiqué une opération du cerveau sur une souris. » Posté sur X le 28 octobre 2026, ce message a fait le tour du monde en quarante-huit heures, escorté de titres aussi pressés qu’inexacts : l’IA aurait opéré « sans aide humaine », certains ont même transformé la souris en rat.
Admettons-le, l’emballement ne vient pas de rien : l’auteur du message est loin d’être un charlatan. Gabriel Ocana-Santero, est un neuroscientifique titulaire d’un doctorat de pharmacologie d’Oxford, passé par la Gatsby Unit de l’University College London. Il dirige Exin Therapeutics, une start-up issue de Y Combinator qui développe des thérapies géniques contre les maladies neurologiques.
Qu’est-ce que Exin a vraiment fait ?
L’équipe a fourni à un agent IA un modèle d’épilepsie chez la souris, un tableur listant 19 vecteurs de thérapie génique, l’accès à un banc chirurgical motorisé équipé de caméras (qui ressemble à une imprimante 3D), et un seul objectif : réduire les crises chez la souris sur le billard. Personne ne lui a indiqué quel vecteur choisir ni où l’injecter, assure le chercheur.
Selon son fil, l’agent a d’abord raisonné sur le mécanisme des crises dans le modèle qui lui a été fourni, puis retenu une thérapie qui renforce la signalisation GABA, principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau, sous un promoteur qui limite son expression aux neurones GABAergiques. Il a choisi une région cérébrale, tiré les coordonnées d’injection depuis trois articles scientifiques sur le sujet, puis piloté lui-même les bras stéréotaxiques : une aiguille descendue à 4,3 mm de profondeur, 250 nanolitres injectés en cinq minutes, et 32 consultations de la caméra pour surveiller un éventuel saignement.

La petite souris cobaye (bayebayebayebayebayebayebayebaye !) s’est réveillée et s’est bien remise, selon l’auteur.
Le modèle aux commandes est Claude Sonnet 5, d’Anthropic et c’est là que l’histoire devient encore plus intéressante.
D’après le chercheur, Claude Opus 5.5, le modèle le plus avancé d’Anthropic, a refusé dès qu’il a détecté qu’il s’agissait de biologie. Opus 5 a déroulé toute la répétition à blanc, puis s’est arrêté au moment de passer à l’animal vivant. C’est finalement Sonnet 5, modèle intermédiaire de la gamme, qui a accepté.
Cela signifie d’une part que les garde-fous fonctionnent : les modèles les plus capables refusent d’agir sur du vivant sans cadre explicite. Mais cela dit d’autre part qu’ils sont incohérents : trois modèles d’une même entreprise donnent trois réponses différentes au même protocole, et il suffit de descendre d’une gamme pour passer les limites. Anthropic n’avait pas réagi publiquement au moment où nous écrivons.
Un autre moment, rapporté par les résumés du fil, mérite l’attention. En pleine procédure, l’agent a repéré une erreur de positionnement du banc et refusé d’avancer l’aiguille, y compris quand l’opérateur a tenté de passer outre. L’équipe a réparé le matériel à la main avant de reprendre, et le refus s’est avéré justifié.

Ce que l’IA n’a pas fait et où elle peut devenir meilleure
Précisons ce que recouvre le mot « chirurgie ». La craniotomie, l’ouverture du crâne, a été pratiquée par un chirurgien humain : l’agent n’y est pas encore autorisé, pour des raisons de sécurité, écrit l’auteur. Ce que l’IA a exécuté est une injection stéréotaxique, un geste pratiqué chaque jour dans des milliers de laboratoires de neurosciences, guidé par des coordonnées issues d’atlas du cerveau de la souris. Ne faisons pas les chagrins : c’est remarquable pour un modèle généraliste à qui j’ai demandé ce matin la météo du 8 novembre, une génération de vidéo et de corriger ce texte que vous lisez, mais très loin d’un neurochirurgien.
L’encadrement, lui, était serré : validation humaine de chaque action irréversible, limites fixes codées hors du modèle (sur le volume injecté, par exemple), chaque approbation liée à une commande précise, et un arrêt d’urgence physique coupant l’alimentation de tous les moteurs, tenu par un vétérinaire. L’auteur parle lui-même d’un « interrupteur anti-IA », avant de conclure : « Personne n’a dit à cet agent quoi administrer ni où. Il a reçu un phénotype et une étagère de candidats, et il a dû déterminer seul la thérapie et les coordonnées. À ma connaissance, aucun agent n’avait encore choisi un traitement et une cible cérébrale avant de l’administrer à un mammifère vivant. C’est ce que nous entendons par « lab in the loop » in vivo : connecter PLEINEMENT les agents à nos capacités expérimentales. On vous en dit plus très bientôt. »
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